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Laïc et saint dans l’Eglise

27 août 2026

Les laïcs, qui forment l’immense majorité des fidèles dans l’Eglise, sont appelés à la sainteté, dans et à travers la sanctification des réalités du monde présent.

Il existe des articles qui, dès leur publication, semblent accablants car ils regorgent de données, de dates, de citations, de témoignages, de notes de bas de page, de comparaisons, d’analyses minutieuses, d’arguments alambiqués… Le lecteur finit par se sentir submergé et convaincu d’avoir assisté à une autopsie scientifique. Pourtant, il suffit que le médecin qui dissèque se soit trompé d’organe — qu’il ait pris par exemple, le cerveau au lieu du cœur — pour que le diagnostic soit pour le moins erroné.

C’est ce qui se produit avec certaines analyses récentes publiées dans des forums et des revues numériques au sujet de certaines réalités ecclésiales apparues au 20ème siècle.

Non pas parce que certains faits sont faux. Ni parce qu’il n’y a pas eu, au sein de l’Église, d’abus d’autorité extrêmement graves — le nier serait une injustice envers les victimes —, mais parce qu’on prétend expliquer un certain type de réalités spirituelles en confondant la partie et le tout, en négligeant la nécessaire vision surnaturelle et en utilisant des catégories inadaptées. C’est un peu comme mesurer la température en kilomètres.

Bien sûr, il y a des défaillances, toutes les défaillances humaines possibles : excès de zèle, orgueil intellectuel, conception erronée de l’autorité, désir d’une bonne image aux yeux du supérieur, affectivités malsaines… Rien de nouveau sous le soleil.

Mais juger des réalités spirituelles qui portent des fruits reconnaissables tant au niveau personnel qu’institutionnel sur la base d’erreurs humaines ponctuelles est, pour le moins, injuste.

Nous en venons alors à généraliser et à confondre une chose avec une autre.

La direction spirituelle avec la manipulation de la conscience. L’obéissance avec le chantage émotionnel. La formation avec l’endoctrinement. L’unité avec l’uniformité. Le charisme et le culte du fondateur. La famille spirituelle et le sectarisme. L’engagement libre et l’enlèvement forcé… Et c’est précisément là que commence l’erreur.

Car il existe une question préalable qui est rarement posée : d’où un religieux vit-il sa relation avec Dieu ? Et une autre, radicalement différente : d’où un laïc la vit-il ? Évidemment, la réponse n’est pas la même.

Pendant des siècles, la vie contemplative a été liée presque exclusivement au monastère. Celui qui souhaitait se consacrer totalement à Dieu abandonnait le monde. Il abandonnait sa profession, son patrimoine, sa famille d’origine et la possibilité d’en fonder une nouvelle dans la chair, ainsi que son autonomie, pour entrer dans un couvent.

Là, il était tout à fait logique qu’il y ait une obéissance très stricte, une règle commune, une autorité très proche, une organisation à la fois quasi familiale et hiérarchisée. Tout cela répondait à une manière très concrète de vivre l’Évangile.

Cependant, au 20ème siècle, comme l’Esprit souffle où il veut, recherchant toujours ce qu’il y a de mieux pour le salut des âmes, une intuition radicalement différente s’éveille au sein de l’Église. Une intuition qui n’invite pas à se détourner d’un monde voulu par Dieu mais qui, livré à lui-même, finit par se décomposer.

Elle invite, au contraire, à y rester, tout comme le sang qui ne quitte pas le corps pour que celui-ci ne meure pas. Elle invite à rencontrer Dieu précisément là où n’importe qui d’autre ne voit qu’un bureau, un laboratoire, un atelier, un hôpital, une université ou une cuisine. Alors, la contemplation ne se déroule plus principalement au sein du cloître. Désormais, son cadre naturel devient la circulation, le cabinet médical, la salle de cours, le bureau, l’usine, le potager, le bar du coin ou la décharge municipale. Cela change absolument tout.

Mais cela ne s’obtient pas par science infuse. Celui qui tente d’être contemplatif au milieu du monde et de l’effervescence de la foule a besoin d’une vie intérieure intense. Intense, car personne autour de lui ne partage cet esprit et l’environnement le tire, parfois violemment, vers le bas.

Il n’y a pas de cloches pour vous avertir. Il n’y a pas d’horaires monastiques routiniers à respecter. Il n’y a pas de lectures « élevées » pendant le repas. Il n’y a pas de silence conventuel ni d’abbé à proximité pour vous guider.

Il y a les réunions, les prêts à rembourser, les jeunes enfants ou les adolescents, les gardes, les clients, les factures, les embouteillages, le salaire qui tarde à arriver, les divers problèmes familiaux, la télévision, le portable, Internet, les tentations, le péché et le désordre…

Et c’est précisément pour cela qu’il a besoin d’une formation continue, d’une orientation spirituelle, d’un examen de conscience, des sacrements et d’un accompagnement.

Non pas parce que quelqu’un voudrait dominer sa conscience, le contrôler ou le soumettre, mais parce qu’il entend lui offrir les moyens nécessaires pour mener une vie ordinaire avec une aspiration extraordinaire : aimer Dieu et son prochain jusqu’à l’épuisement, en aimant le monde passionnément.

Dans ce contexte, il n’est pas non plus étonnant que, par exemple, une épouse ordinaire, mère de plusieurs enfants, employée dans un magasin, ait plus de sens catholique et connaisse mieux la théologie que son curé. Cela peut faire mal.

Pour ceux qui ne le comprennent toujours pas, se confesser à un prêtre qui vit dans le même esprit ou recevoir une direction spirituelle leur semble être une forme de détournement de la conscience. Or, cette conclusion est aussi absurde que de soutenir que, lorsque l’on a des problèmes de vue, il faut consulter un traumatologue, ou qu’un sportif professionnel de haut niveau, parce qu’il a un entraîneur exigeant, est victime d’exploitation au travail.

Bien sûr, toute réalité humaine peut dégénérer. La direction spirituelle aussi. L’obéissance aussi. L’amitié aussi. La famille aussi. Le mariage aussi. Le journalisme aussi, lorsqu’il devient sensationnaliste, partial et, bien souvent, inexact. Mais l’abus ne définit pas la nature de ce dont on a abusé (abusus non tollit usum).

Un mari peut devenir un agresseur. Cela ne fait pas du mariage une forme de maltraitance. Un médecin peut devenir un criminel. Cela ne fait pas de la médecine un art du crime organisé.

Il y a certainement eu quelques fondateurs qui ont brisé des vies. Cela demande justice. Réparation. Purification. Mais utiliser ces cas pour porter des jugements rétrospectifs sur toute réalité ecclésiale dont le but, d’une manière ou d’une autre, est de promouvoir la sainteté parmi les laïcs, présuppose que toute forme d’autorité spirituelle aboutit inévitablement à un autoritarisme envahissant la vie privée. C’est un raisonnement généralisateur et, par conséquent, faux.

Ceux qui partagent cette erreur sont convaincus qu’une vie spirituelle intense transforme automatiquement un laïc ou une laïque en moine ou nonne déguisé(e) en citoyen ordinaire, autrement c’est impossible.

Alors que c’est exactement le contraire qui se produit. Plus cette vocation est authentique, plus celui qui la vit devient profondément laïc. Il ne fuit pas le monde, il le consacre. Il n’abandonne pas les réalités temporelles, il les sanctifie de l’intérieur. Il ne change pas de décor, il change de regard. Ce qui était plat et en noir et blanc est désormais en 3D et en couleur. Ce qui était un obstacle est désormais la matière.

Peut-être que le défaut fondamental de cette analyse est tout autre. Pendant des siècles, l’Église a parfaitement su ce qu’était un moine. Ce qu’était un frère. Ce qu’était une religieuse. Ce qu’était un prêtre. Mais nous sommes encore en train d’apprendre ce que signifie être un laïc pleinement contemplatif sans cesser d’être pleinement laïc.

Et tant que cette nouveauté ne sera pas pleinement comprise, beaucoup continueront d’interpréter cette vocation avec une vision mondaine ou à travers des catégories héritées du couvent. Ils verront des religieux là où il n’y en a jamais eu. Ils y verront de l’intrusion ou un détournement de vocations, parce qu’on ne laisse pas Dieu être libre.

Ils verront des sectes ou des obédiences monastiques obscures là où il n’y a qu’un engagement en toute liberté. Ils verront des mécanismes de contrôle pervers là où d’autres trouvent une aide pour vivre l’Évangile au sein d’une société qui, justement, pousse de façon agressive dans la direction opposée.

Ce n’est pas étonnant. Il est toujours tentant d’interpréter une réalité nouvelle à l’aide de catégories anciennes. Mais ce serait précisément contraire à l’horizon ouvert par le Christ : réduire la sainteté à une caste rassemblée autour du temple tandis que le monde succombe.

« À vin nouveau, outres neuves ». Il a voulu la conversion et la sainteté de tout et de tous. C’est pour cela qu’il a revêtu notre chair et nos plaies, non pas comme un fantôme revêt son drap, ni comme un roi investit son trône, mais comme un Dieu qui s’incarne dans le sein d’une femme, travaille dans un atelier de menuiserie et meurt comme un criminel sur une croix.

Peut-être que le problème n’est pas que certains, surtout de l’extérieur mais aussi de l’intérieur, n’aient pas compris un charisme particulier, mais qu’ils n’aient pas encore saisi clairement ce que signifie « l’appel universel à la sainteté ».

Car peut-être que la grande redécouverte spirituelle du 20ème siècle n’a pas consisté à éloigner davantage de personnes du monde afin qu’elles puissent ainsi être plus saintes, mais, à l’instar des premiers chrétiens, à comprendre que le monde peut être sanctifié de l’intérieur, en vivant pour faire de la création une offrande à Dieu telle qu’Il l’a conçue.

José Carlos Súbtil est médecin spécialiste en gastro-entérologie. Source : https://www.religionenlibertad.com/opinion/260804/epica-laicado-fiel-siempre-entiende_119478.html. Titre original : « L’épopée du laïcat fidèle… qu’on ne comprend pas toujours ». Cet article a été traduit de l’espagnol par Stéphane Seminckx.