Eglise et communication

Écrit par Vincent Delannoy le .


Une lettre à Jésus, écrite par un lecteur de La Libre Belgique, à la suite de la démission du porte-parole de Mgr Léonard.

 

 

À Jésus, rabbi de Nazareth,

Voici plusieurs mois que je vous ai rejoint pour vous conseiller dans votre communication. Il ne fait aucun doute que vous disposez de talents hors pair, je dirais même exceptionnels, à la fois d'orateur et de pédagogue. Toutefois, je dois constater votre manque de tact et de diplomatie dans vos relations publiques. Pourquoi indisposer inutilement les pharisiens en les traitant d'hypocrites et de sépulcres blanchis ? Ne savez-vous pas qu'ils dirigent notre nation et font la pluie et le beau temps ! Pourquoi se mettre à dos un parti si puissant ?

Quant aux sadducéens, vous savez pertinemment bien qu'ils ne croient pas en la résurrection des morts ! Alors ? Pourquoi les attaquer frontalement sur ce sujet qui fâche ? Et les gens qui vous suivent, vous les avez indisposés par votre discours à la synagogue de Capharnaüm : qui ne mange pas mon corps et ne boit pas mon sang n'aura point de part à la vie éternelle ! Comment prêcher l'anthropophagie et l'impureté légale !

Et vous vous croyez au-dessus de nos lois. N'est-il pas prescrit que la femme adultère doit être lapidée ? Qui êtes-vous pour remettre en cause la loi de Moïse ? Et répandre le laxisme ? Et fréquenter l'occupant et leurs collaborateurs, les publicains ? Qui peut suivre cet enseignement ? Qui peut assister à ce spectacle et ne pas tomber dans le scandale ? Qui plus est, vous avez un problème de leadership. Vos apôtres se disputent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand. Et ceux qui ne vous suivent pas se permettent de parler en votre nom. Tout cela fait désordre. Il faut rectifier le tir et dissiper tous ces malentendus.

Je me demande bien comment cette histoire finira. Je me demande aussi comment vous allez terminer. Vous avez outrepassé toutes mes mises en garde. Ce qui est certain, c'est que notre nation paisible est sens dessus dessous. Vous nous fatiguez. Nous en avons assez de ce tumulte. Les Romains finiront par nous châtier. Nous pensons que vous devriez vous taire, du moins durant un certain temps. En ce qui me concerne, malgré toute ma sympathie pour votre aimable personne, je ne puis poursuivre la tâche extrêmement ingrate qui a été la mienne depuis que nous nous sommes rencontrés.

5 ans plus tard

Mes craintes se sont malheureusement vérifiées. Jésus a été lamentablement trahi par les siens et condamné à mort. Ses disciples se sont enfuis. Jésus aurait dû se taire. En répondant au grand prêtre et à Pilate, il a procuré à ses juges le motif de sa condamnation ! Le silence aurait pu le sauver. C'est un incorrigible ! L'humiliation suprême qu'il a subie a rejailli sur les siens et sur ses disciples qui ne jouissent d'aucune sorte de considération. En Palestine et à travers l'empire, ils sont persécutés et sont tenus pour des fous et des moins que rien.

40 ans plus tard

On ne compte plus les chrétiens tués. Néron en a fait des torches vivantes, les a crucifiés et torturés de toutes les manières. Jacques a été décapité. Pierre et Paul ont trouvé le martyr à Rome. Être chrétien est un signe de honte et d'infamie. Les chrétiens sont la risée du monde.

Conclusion

Ou bien la communication de Jésus Christ est un échec épouvantable ou bien les voies de Dieu restent décidément impénétrables.

Ce texte est paru comme courrier des lecteurs dans La Libre Belgique du 5-11-10.