Une librairie de référence pour le lecteur chrétien Expédition dans toute la Belgique Papers sur des questions d’actualité
silhouette photo of six persons on top of mountain

Le vrai repos, selon saint Augustin

19 juillet 2026

A l’heure des vacances, saint Augustin livre quatre conseils pour redécouvrir le vrai sens du repos. Avec l’« otium sanctum », l’évêque d’Hippone rappelle que le véritable repos consiste à revenir à l’essentiel.

Entre le dernier mail professionnel et le premier jour des vacances, il y a parfois un décalage. Arrivés à la plage, à la montagne ou chez leurs proches, beaucoup gardent le téléphone allumé, l’esprit encore encombré par les dossiers laissés en suspens et cette impression tenace qu’il faudrait profiter de ce temps libre pour faire quelque chose d’utile. Le repos était pourtant au programme, mais il semble parfois difficile d’y entrer pleinement. Les vacances ont commencé, sans que l’esprit, lui, ait véritablement décroché.

Saint Augustin d’Hippone, au Ve siècle, avait déjà saisi ce paradoxe. Dans La Cité de Dieu, il donne un nom à ce qui manque si souvent au repos : « L’amour de la vérité recherche le saint loisir ; la nécessité de la charité assume une juste activité. » En latin, l’expression est encore plus précise : otium sanctum, le « saint loisir ». Non pas une simple oisiveté, ni un effondrement dû à l’épuisement, mais un repos habité, orienté vers quelque chose, qui possède un sens et une finalité. Pour Augustin, le repos n’est pas l’absence de travail, il en est l’accomplissement. Une invitation à redécouvrir, à travers quatre conseils inspirés de sa pensée, l’art de s’arrêter vraiment.

Le repos n’est pas une récompense

Saint Augustin le savait par expérience. À l’automne 386, fraîchement converti et épuisé par des années d’enseignement de la rhétorique à Milan, il accepte l’offre de son ami Verecundus de séjourner dans une villa à Cassiciacum, au nord de la ville. Il s’y retire avec quelques proches, dont sa mère Monique, son fils Adéodat, son ami Alypius et quelques étudiants. Pendant plusieurs mois, il y expérimente ce qu’il appellera plus tard l’otium philosophandi, le « loisir philosophique ». Un temps consacré aux discussions, à la lecture et à la réflexion sur le bonheur, le scepticisme ou encore l’ordre des choses. De ces échanges naissent quatre ouvrages : Contra Academicos, De Beata Vita, De Ordine et Soliloquia. Ces ouvrages ne sont pas écrits dans un bureau, mais dans une maison de campagne prêtée, au rythme des promenades, des repas partagés et même des passages au balneum, le bain, dont Augustin relève dans les Confessions qu’il « lave l’esprit des soucis ». Plus tard, il évoquera Cassiciacum comme ce lieu où il a trouvé le repos loin de « la fièvre du monde ». Ainsi, il ne s’agissait pas de vacances au sens moderne du terme, mais de quelque chose de plus profond. Un temps volontairement tourné vers la recherche de la vérité plutôt que vers les exigences du travail. Ce loisir, loin d’être une fuite ou une perte de temps, est devenu l’un des moments les plus féconds de sa vie.

Le premier conseil d’Augustin serait sans doute de cesser de considérer le repos comme une simple récompense. La logique moderne des vacances repose souvent sur une forme de transaction. Après avoir beaucoup travaillé, accumulé suffisamment d’argent et rempli ses obligations, il serait enfin permis de s’arrêter. L’otium sanctum d’Augustin s’inscrit dans une perspective différente. Le repos n’est pas seulement un dû accordé au terme de l’effort, mais un état dans lequel l’homme retrouve ce pour quoi il est fait. Un espace où l’amour de la vérité peut pleinement s’épanouir. Comme l’évêque d’Hippone l’écrit dès les premières lignes des Confessions, l’homme est fait pour Dieu et son cœur demeure inquiet tant qu’il ne repose pas en Lui. Une inquiétude que quinze jours au soleil ne suffisent pas toujours à apaiser, et qui invite plutôt à tourner son attention vers ce que le cœur cherche véritablement. Concrètement, le premier pas vers un été vécu selon cet esprit n’est donc pas seulement de choisir une destination ou de remplir un agenda, mais de s’interroger sur le sens donné à ce temps de repos. Non pas seulement ce qui sera fait pendant les vacances, mais ce qu’elles permettront d’accueillir.

Découvrir la richesse du silence

Le deuxième conseil de saint Augustin serait sûrement de redécouvrir le silence et la richesse de la vie intérieure. Bien remplie, la vie du Père de l’Église était intense. Rhéteur, orateur puis évêque chargé d’un diocèse et sollicité par d’innombrables échanges, son œuvre revient sans cesse à l’image de l’intériorité comme un vaste espace où Dieu est déjà présent et attend l’homme. « Tu étais au-dedans de moi, et moi j’étais au-dehors », écrit-il dans les Confessions. L’été, avec ses longues journées et son rythme plus lent, offre justement l’occasion de retrouver ce chemin intérieur. Non pas dans notre quotidien, mais en apprenant à habiter ce silence. Éteindre le bruit, laisser de côté les distractions, savourer une longue soirée sans chercher à la meubler à tout prix. Accueillir le silence plutôt que de chercher à le combler.

Apprendre à perdre son temps

Le troisième conseil de saint Augustin serait de redécouvrir la valeur de ce qui ne sert apparemment à rien. L’évêque d’Hippone distinguait le negotium, le temps de la vie active et de l’utilité, de l’otium, ce temps consacré aux choses faites pour elles-mêmes. Une promenade sans but précis, un repas qui se prolonge, une conversation avec un vieil ami… Ces moments de vie ne sont pas nécessairement des heures perdues. Au contraire, pour saint Augustin ils comptent parmi les instants les plus humains, car ils échappent à la seule logique de l’utilité pour laisser place à la contemplation, à la rencontre et à la joie d’être simplement présent, essence même de l’être. Bien compris, le loisir devient alors comme un avant-goût de l’éternité, qui, Augustin l’avait compris, ne se mesure pas à l’agitation mais à la plénitude.

Se reposer autrement

Le quatrième conseil de saint Augustin pourrait être d’apprendre à réellement s’arrêter. Aujourd’hui, le repos est souvent perçu comme un moyen de récupérer des forces pour être ensuite plus efficace. Une vision que l’évêque d’Hippone aurait probablement jugée erronée. L’otium sanctum n’est pas un outil au service de la productivité. Il ne vise pas à rendre plus performant à la rentrée, mais existe parce que l’amour de la vérité demande du temps et de la disponibilité. Un cœur toujours en mouvement risque de passer à côté de ce qu’il recherche profondément. Cet été, l’attitude la plus augustinienne est peut-être aussi la plus simple. S’arrêter. Non pas seulement pour reprendre des forces, mais pour revenir à l’essentiel. Car le cœur humain, comme le savait Augustin, n’est pas fait pour une agitation permanente. Il est fait pour trouver enfin le repos auquel il aspire.

Une intuition que rejoignait le pape François qui, lors de l’audience générale du 5 septembre 2018 consacrée au troisième commandement, rappelait l’importance du repos dominical. Le souverain pontife relevait alors un paradoxe de notre époque. Alors que l’homme ne s’est jamais autant reposé qu’aujourd’hui, il semble pourtant n’avoir jamais connu autant de vide. Car le véritable repos, expliquait-il, n’est pas une fuite de la réalité. « C’est le moment de la contemplation, c’est le moment de la louange, pas de l’évasion », affirmait le pape François. Un temps pour redécouvrir, tout simplement, « comme la vie est belle ».

(…)

Source : https://fr.aleteia.org/2026/07/12/quatre-puissantes-reflexions-de-saint-augustin-pour-un-saint-repos-estival/.