La méthode Billings et les pauvres

Écrit par Sabine et Jean-Baptiste Laignelot et al. le .


Pour certains, la doctrine de l'Eglise sur la paternité responsable est impraticable dans les zones surpeuplées du Tiers-Monde. Il y a peu, cinq couples ont contesté cette thèse dans un article. Ils y défendent une méthode naturelle de maîtrise de la fertilité qu'ils connaissent bien.

 

Dans La Libre Belgique du 12 mai dernier, un article du Père Bouchaud met en doute l'efficacité des méthodes naturelles de maîtrise de la fécondité, en particulier la méthode Billings qui serait « compliquée, inefficace et inaccessible » aux pauvres. A ce propos, connaissant la méthode Billings, nous aimerions fournir quelques données importantes pour le débat.

La Méthode de l'Ovulation Billings (MOB) est un moyen naturel de maîtrise de la fertilité. Elle n'est aucunement liée à une quelconque religion, ayant été mise au point par des scientifiques. Si l'Eglise catholique fait la promotion des méthodes naturelles, c'est parce que ces méthodes respectent la femme et peuvent être utilisées en toute conformité avec les préceptes évangéliques, mais ce n'est pas l'Eglise qui en est à l'origine.

La MOB repose sur l'observation d'une substance produite par le col de l'utérus et indispensable à la conception d'un enfant, la glaire cervicale. Elle permet de déterminer avec précision les périodes de fécondité. Elle n'utilise aucune forme de comptage des jours, de prise de la température, de prise de médicaments ou d'utilisation d'appareils d'aucune sorte.

Cette méthode parfaitement écologique a pour caractéristique qu'elle permet au couple de connaître, prévoir et donc maîtriser sa fécondité. Elle peut aider soit à différer une grossesse, soit au contraire à favoriser la conception d'un enfant chez les couples qui connaissent des difficultés à ce niveau.

Lorsqu'elle est utilisée comme moyen de différer une grossesse, elle repose sur 4 règles. Ces règles sont enseignées par des moniteurs agréés. Elles sont faciles à mettre en œuvre et accessibles à toute femme quelle que soit sa culture, sa religion et son niveau d'éducation ou de ressources, puisque la méthode repose uniquement sur l'observation de symptômes que la femme voit et sent sur elle-même, ce qui est à la portée de toutes. La méthode est scientifiquement reconnue comme particulièrement fiable, avec un taux d'efficacité comparable à celui de la pilule (oscillant entre 97 % et 100 %, selon la manière dont la méthode a été enseignée).

La méthode Billings a été officiellement conseillée en 1995 par le Ministère chinois de la Santé , qu'on ne peut qualifier ni de pro-life ni de pro-catholique. Une étude publiée dans une revue scientifique réputée, menée en Inde parmi 3.003 femmes analphabètes ou peu scolarisées et portant sur une méthode Billings simplifiée, a donné un taux de grossesses non désirées total de 2,04 %  [1]. Mère Teresa a pris position en faveur de cette méthode avec force et conviction, et l'a mise à profit parmi les familles des bidonvilles de Calcutta. Elle a reçu de Rajiv Gandhi une des plus hautes distinctions du pays parce qu'à Calcutta, elle avait réussi là où les techniques de la « contraception moderne » avaient échoué  [2].

Loin d'être une méthode spécifiquement destinée aux élites des pays riches, qui le plus souvent la fustigent sans la connaître car elle les renvoie à un certain mal-être devant tout ce qui est simple et naturel, c'est au contraire dans les pays les moins avancés que cette méthode est enseignée et pratiquée avec le plus de succès. Curieux constat dont l'explication réside peut-être dans le fait que le respect des rythmes naturels de la femme pour gérer sa fécondité s'inscrit dans la même logique que le respect des rythmes saisonniers pour les choix alimentaires : c'est dans les pays pauvres, où l'on est peut-être plus proche de la nature et où on n'a pas accès aux technologies modernes, qu'elles soient alimentaires ou contraceptives, qu'on y fait le plus attention.

Cet article est paru dans La Libre Belgique du 26-5-09 sous le titre « Pourquoi l'Eglise promeut Billings ? » (cf.  http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=505178) et a été signé par Sabine et Jean-Baptiste Laignelot, Oriane et Christophe de Hemptinne, Marina et Giampiero Bramé, Carmen et Patrick de Livois, Andréa et Mathieu Soubry .

[1] Dorairaj K ., The modified mucus method in India , American Journal of Obstetrics and Gynecology, 1991 ; 165 : 2066-7.

[2] M. Schooyans , Bioéthique et Population : le choix de la vie , Le Sarment-Fayard, Paris 1994, p. 220.