{"id":5957,"date":"2024-06-07T07:54:27","date_gmt":"2024-06-07T05:54:27","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/?p=5957"},"modified":"2024-06-07T07:54:27","modified_gmt":"2024-06-07T05:54:27","slug":"revendiquer-la-pudeur-pour-exalter-la-chair","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/revendiquer-la-pudeur-pour-exalter-la-chair\/","title":{"rendered":"Revendiquer la pudeur pour exalter la chair"},"content":{"rendered":"<p>Jos\u00e9 F. Pel\u00e1ez affirme que l\u2019hiver est plus \u00e9l\u00e9gant que l\u2019\u00e9t\u00e9, et moi qui aime beaucoup les temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es et les bouff\u00e9es de chaleur estivales, je dois me ranger \u00e0 son avis, \u00e0 mon grand regret. Si la civilisation, comme l\u2019a \u00e9crit quelqu\u2019un, consiste moins \u00e0 montrer qu\u2019\u00e0 cacher, moins \u00e0 affirmer qu\u2019\u00e0 insinuer, l\u2019\u00e9t\u00e9, la saison o\u00f9 on se d\u00e9couvre, n\u2019est pas tr\u00e8s civilis\u00e9 : l\u2019exhibitionnisme esth\u00e9tique, les v\u00eatements transparents, les d\u00e9bardeurs et les pieds nus abondent \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e. Et les optimistes qui c\u00e9l\u00e8brent tout cela ne manquent pas : enfin lib\u00e9r\u00e9s des religions qui m\u00e9prisent la chair, nous c\u00e9l\u00e9brons finalement le corps comme beaut\u00e9 ! L\u2019\u00e9t\u00e9 serait ainsi l\u2019apoth\u00e9ose d\u2019une chair autrefois refoul\u00e9e, le d\u00e9passement d\u00e9finitif d\u2019une gnose qui identifiait corps et p\u00e9ch\u00e9. Il n\u2019y a plus rien \u00e0 cacher !<\/p>\n<p>Je comprends l\u2019euphorie de certains, mais j\u2019ajouterai qu\u2019elle repose sur une id\u00e9e fausse. Elle repose sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019origine de la pudeur se trouve dans le rejet de la chair. Je ne suis pas d\u2019accord. Seuls ceux qui b\u00e9nissent les corps peuvent envisager quelque chose d\u2019aussi \u00e9trange que de les couvrir. Je soup\u00e7onne que nous ne nous habillons pas pour cacher quelque chose de d\u00e9shonorant, mais pour prot\u00e9ger quelque chose de sacr\u00e9\u00a0; pas pour couvrir notre honte, mais pour sauvegarder notre intimit\u00e9. Plut\u00f4t que du m\u00e9pris du corps, l\u2019acte de s\u2019habiller d\u00e9coule de son exaltation. Le v\u00eatement n\u2019est pas un cercueil, mais un tabernacle. Il ne cache pas la poussi\u00e8re sous la moquette, mais il prot\u00e8ge la puret\u00e9, comme les coffres.<\/p>\n<p>Je peux accepter que l\u2019on impute \u00e0 la pudeur le p\u00e9ch\u00e9 de donner trop d\u2019importance \u00e0 la chair\u00a0; mais je r\u00e9pondrai avec col\u00e8re \u00e0 celui qui dira qu\u2019elle l\u2019enl\u00e8ve. La pudeur, cette vieille vertu que les peuples du Nord, ivres de puritanisme, ont pervertie au point de la rendre odieuse, repose sur le postulat que les corps ne sont pas apparence, mais apparition\u00a0; pas superficialit\u00e9, mais profondeur\u00a0; pas \u00e9piderme, mais int\u00e9riorit\u00e9. S\u2019habiller est donc un jeu d\u2019ombre et de lumi\u00e8re, de d\u00e9voilement et de dissimulation. Nous partageons une partie de notre intimit\u00e9, qui est charnelle, mais nous la gardons aussi pour nous et pour ceux qui nous aiment. Nous la mettons \u00e0 l\u2019abri des regards indiscrets ou lascifs\u00a0; nous la prot\u00e9geons d\u2019une hypoth\u00e9tique profanation. Nous refusons l\u2019exhibitionnisme pour la m\u00eame raison que nous refusons la burqa\u00a0: il annule la tension, il modifie les r\u00e8gles du jeu. Dans un cas, on masque \u00e0 peine, dans l\u2019autre, c\u2019est tout juste si on se montre.<\/p>\n<p>Mais, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9, la pudeur n\u2019est pas seulement une question d\u2019habillement, c\u2019est aussi une question de regard. La saison o\u00f9 on se d\u00e9couvre, avec nos quatre membres \u00e0 l\u2019air, est en fait une occasion sp\u00e9ciale de la purifier. L\u2019impudicit\u00e9 de certains n\u2019est donc qu\u2019une occasion pour la pudeur de tous. L\u2019homme modeste \u00e9vite la tentation de consid\u00e9rer le corps comme une simple superficialit\u00e9\u00a0; il r\u00e9siste, comme un Quichotte contre les signes des temps, \u00e0 le rabaisser au rang de simple amas de cellules, de tissus, d\u2019organes. Et il conna\u00eet, gr\u00e2ce \u00e0 sa hardiesse, des plaisirs que l\u2019homme surexcit\u00e9 ne peut pas m\u00eame imaginer. Il d\u00e9couvre une beaut\u00e9 physique, je dirais strictement charnelle, m\u00eame chez la femme la moins gracieuse, car il appr\u00e9cie dans l\u2019ext\u00e9rieur une int\u00e9riorit\u00e9 qui transpara\u00eet, un moi qui d\u00e9borde. Son regard \u00e9l\u00e8ve et n\u2019abaisse pas, rehausse et ne d\u00e9shabille pas, sanctifie et ne souille pas. L\u2019homme modeste aiguise son regard et entrevoit dans le corps une \u00e2me qui se tr\u00e9mousse. Il investit l\u2019exhibitionniste de la dignit\u00e9 sacr\u00e9e dont lui-m\u00eame, sans vergogne et contre toute logique, se d\u00e9poss\u00e8de. Higinio Mar\u00edn dit que \u00ab\u00a0la superficie de nos corps est tout sauf superficielle\u00a0\u00bb. Les gens modestes c\u00e9l\u00e8brent son aphorisme et habillent g\u00e9n\u00e9reusement de leur regard tous ceux qui profitent de la chaleur pour s\u2019exhiber.<\/p>\n<p>Qu\u2019on ne s\u2019y trompe donc pas. Si nous devons mener pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 une guerre pour la dignit\u00e9, ce n\u2019est pas parce que nous ha\u00efssons la chair, loin de l\u00e0, mais parce que nous l\u2019aimons. Parce que, comme nos anc\u00eatres, nous appr\u00e9cions en elle l\u2019expression d\u2019une int\u00e9riorit\u00e9 qui ne doit pas s\u2019exhiber \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p><em>Julio Llorente est journaliste. Source\u00a0: <a href=\"https:\/\/alfayomega.es\/reivindicar-el-pudor-para-exaltar-la-carne\/\">https:\/\/alfayomega.es\/reivindicar-el-pudor-para-exaltar-la-carne\/<\/a>. Ce texte a \u00e9t\u00e9 traduit de l\u2019espagnol par St\u00e9phane Seminckx.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Est-ce que la pudeur a encore un avenir\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":5958,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[56,66],"tags":[354],"class_list":["post-5957","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-papers-fr","category-societe","tag-pudeur"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5957","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5957"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5957\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5958"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}