{"id":4788,"date":"2024-02-03T16:55:07","date_gmt":"2024-02-03T15:55:07","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/?p=4788"},"modified":"2024-04-04T11:41:40","modified_gmt":"2024-04-04T09:41:40","slug":"enfer-cest-etre-seul-absolument-et-pour-toujours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/enfer-cest-etre-seul-absolument-et-pour-toujours\/","title":{"rendered":"L&rsquo;enfer ? C&rsquo;est \u00eatre seul, absolument et pour toujours"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Mourir en p\u00e9ch\u00e9 mortel sans s\u2019en \u00eatre repenti et sans accueillir l\u2019amour mis\u00e9ricordieux de Dieu, signifie demeurer s\u00e9par\u00e9 de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c\u2019est cet \u00e9tat d\u2019auto-exclusion d\u00e9finitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu\u2019on d\u00e9signe par le mot \u00ab\u00a0enfer\u00a0\u00bb. \u00bb (Cat\u00e9chisme de l&rsquo;Eglise Catholique 1033).<\/p>\n<p>De toutes les religions invent\u00e9es par les hommes \u2013 leur permettant d&rsquo;aller au-del\u00e0 des \u00e9toiles et ainsi de regarder le visage de Dieu \u2013 seul le christianisme a la capacit\u00e9 d&rsquo;y parvenir, r\u00e9alisant cette m\u00eame transcendance de soi que les hommes ont toujours recherch\u00e9e mais n&rsquo;ont jamais pu atteindre par eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est parce que le christianisme n&rsquo;est pas une invention de l&rsquo;homme. Ce n&rsquo;est m\u00eame pas non plus, \u00e0 proprement parler, une religion, du fait qu&rsquo;elle est un don gratuit de Dieu. L\u2019initiative vient toujours d\u2019en-haut, voyez-vous, m\u00eame si l\u2019horizon vers lequel nous nous dirigeons restera \u00e9galement une finalit\u00e9 hors de notre port\u00e9e.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit donc pas ici d\u2019une entreprise d\u2019auto-assistance, que chacun peut choisir de lancer.\u00a0Mais un \u00e9v\u00e9nement salvateur offert par Dieu seul, dont l&rsquo;origine est un autre monde, infiniment et n\u00e9cessairement au-del\u00e0 de celui-ci.\u00a0En d\u2019autres termes, l\u2019ab\u00eeme qui nous s\u00e9pare de Dieu n\u2019est pas accessible aux machines humaines, aussi adroites soient-elles.\u00a0Et c\u2019est de cet autre monde, o\u00f9 Dieu vit et se d\u00e9place au milieu de la plus pure f\u00e9licit\u00e9, que tout d\u00e9pend dans ce monde.<\/p>\n<p>Parce que le christianisme est avant tout l&rsquo;\u0153uvre de Dieu, qu&rsquo;il accomplit en notre faveur, deux choses restent toujours en jeu : la gr\u00e2ce divine et la libert\u00e9 humaine.\u00a0Et dans le mouvement entre les deux \u2013 la pure tension g\u00e9n\u00e9r\u00e9e entre la volont\u00e9 finie de l\u2019un et la volont\u00e9 infinie de l\u2019autre \u2013 la vie devient vraiment tr\u00e8s int\u00e9ressante.\u00a0Compl\u00e8tement et merveilleusement dramatique m\u00eame.\u00a0Bref, une belle histoire.<\/p>\n<p>Et pourquoi est-ce dramatique ? Car c\u2019est dans le drame seul que l\u2019\u00e9l\u00e9ment humain r\u00e9sonne le mieux, l\u2019exaltant par-dessus tout. Surtout dans la relation que nous entretenons avec le Christ, qui introduit Dieu, l\u2019Autre Infini, jusque dans les d\u00e9tails les plus compliqu\u00e9s de notre vie finie. Quoi de plus dramatique que cela ? Il n\u2019y a donc pas de place pour l\u2019ennui ou la futilit\u00e9. Comment la vie peut-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme d\u00e9nu\u00e9e de sens alors que la Parole elle-m\u00eame, qui n\u2019est qu\u2019un autre nom pour le Sens, entre si profond\u00e9ment dans la condition humaine qu\u2019elle devient enti\u00e8rement l\u2019un des n\u00f4tres ?<\/p>\n<p>Mais en m\u00eame temps, parce que l&rsquo;homme reste toujours et partout libre, ce qui est sa caract\u00e9ristique la plus fondamentale et la plus d\u00e9terminante, il est toujours libre de refuser l&rsquo;offre de gr\u00e2ce de Dieu. Pour le dire de la mani\u00e8re la plus directe possible, il peut choisir de cracher dans les yeux de Dieu, d\u00e9cidant de mani\u00e8re perverse de br\u00fbler tous les ponts possibles vers la b\u00e9atitude. Appelez cela l&rsquo;<em>option infernale<\/em>, si vous voulez, dont l&rsquo;exercice entra\u00eenera un homme directement en enfer, o\u00f9 il dira sans cesse \u00e0 Dieu :\u00a0<em>\u00ab Je ne veux pas aimer. Je ne veux pas \u00eatre aim\u00e9. Je veux juste qu\u2019on me laisse tranquille. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Et Dieu, ayant fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019homme pour qu\u2019il soit libre, n\u2019annulera pas l\u2019exercice, ne le videra pas de son caract\u00e8re ultime, car le r\u00e9sultat enverra l\u2019homme en enfer, le plongeant dans un \u00e9tat de mis\u00e8re et de d\u00e9sespoir sans fin.\u00a0Apr\u00e8s tout, c\u2019est le prix que Dieu savait d\u2019avance lorsque, comme nous le rappelle CS Lewis, nous avons re\u00e7u pour la premi\u00e8re fois \u00ab le compliment terrifiant \u00bb de sa prise au s\u00e9rieux de notre libert\u00e9.<\/p>\n<p>N&rsquo;est-ce pas pour cela que l&rsquo;enfer est enferm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur ? Personne n&rsquo;est oblig\u00e9 d&rsquo;y aller ; ce n\u2019est pas comme une prison dont il est interdit de sortir. Les damn\u00e9s ne veulent pas sortir. Pas m\u00eame s&rsquo;ils \u00e9taient arm\u00e9s de la certitude de savoir que ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, sous le soleil radieux de la gr\u00e2ce divine, que le bonheur pourra \u00eatre trouv\u00e9. Parce qu\u2019ils le savent s\u00fbrement d\u00e9j\u00e0, c\u2019est pourquoi, avec mes excuses \u00e0 Platon, la vertu n\u2019est pas la connaissance.<\/p>\n<p>On pense \u00e0 ce magnifique tableau de Holman Hunt, repr\u00e9sentant J\u00e9sus alors qu&rsquo;il se tient devant la porte, frappant avec une douce insistance pour que quelqu&rsquo;un l&rsquo;ouvre.\u00a0Mais la porte, d\u00e9pourvue de toute poign\u00e9e, ne peut s&rsquo;ouvrir que de l&rsquo;int\u00e9rieur.\u00a0Il ne forcera pas la serrure, m\u00eame s&rsquo;il esp\u00e8re \u2014 car Dieu est espoir, comme nous le dit le po\u00e8te P\u00e9guy \u2014 que quelqu&rsquo;un vienne lui ouvrir la porte et inviter le Seigneur de l&rsquo;Univers chez nous comme h\u00f4te d&rsquo;honneur. .<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait une porte \u00bb , crie le mari sans amour et qui se tourmente lui-m\u00eame \u00e0 sa femme sans amour dans C<em>ocktail Party<\/em> de TS Eliot,<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">Et je n&rsquo;ai pas pu l&rsquo;ouvrir.\u00a0Je ne pouvais pas toucher la poign\u00e9e.<br \/>\nPourquoi ne pouvais-je pas sortir de ma prison ?<br \/>\nQu&rsquo;est-ce que l&rsquo;enfer?\u00a0L&rsquo;enfer c&rsquo;est soi,<br \/>\nL&rsquo;enfer est seul, les autres n&rsquo;y figurent que de<br \/>\nSimples projections. Il n&rsquo;y a rien \u00e0 quoi \u00e9chapper<br \/>\nNi rien vers quoi \u00e9chapper. On est toujours seul.<\/p>\n<p>Jean Paul Sartre avait compl\u00e8tement tort : l&rsquo;enfer, ce n&rsquo;est pas les autres, comme le montre sa pi\u00e8ce\u00a0<em>No Exit<\/em> . L&rsquo;enfer, c&rsquo;est \u00eatre seul, absolument et pour toujours, pr\u00e9f\u00e9rant une vie de complet repli sur soi \u00e0 toute connexion avec Dieu ou avec autrui. Ni Dieu, qui est partout, ni le prochain, qui est \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ne permettront \u00e0 l&rsquo;\u00e2me damn\u00e9e de s&rsquo;engager. Et parce qu\u2019\u00eatre, c\u2019est toujours \u00eatre en relation avec un autre, un tel acte d\u2019\u00e9loignement de soi d\u00e9chire le c\u0153ur m\u00eame de ce que signifie \u00eatre humain. Cela sugg\u00e8re, dit Josef Pieper dans son livre <em>About Love<\/em> , la posture radicale de ceux qui insistent litt\u00e9ralement sur le fait qu&rsquo;ils ne sont pr\u00eats \u00ab \u00e0 se damner \u00bb pour rien, ce qui n&rsquo;est rien de moins qu&rsquo;une invitation \u00e0 \u00eatre damn\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Dans le roman <em>Les Fr\u00e8res Karamazov<\/em> de Dosto\u00efevski, \u00e9crit-il, le p\u00e8re Zosime dit : \u00ab\u00a0P\u00e8res et professeurs, je r\u00e9fl\u00e9chis : Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;enfer ? Je maintiens que c&rsquo;est la souffrance de ne pas pouvoir aimer. Autrefois dans une existence infinie, incommensurable dans le temps et dans l&rsquo;espace, une cr\u00e9ature spirituelle a re\u00e7u, lors de sa venue sur terre, le pouvoir de dire : je suis et j&rsquo;aime.\u00a0\u00bb \u00bb<\/p>\n<p>Refuser avec la plus grande obstination d&rsquo;aimer, enraciner tout son <em>eros\u00a0<\/em>en soi seul, telle est la philosophie sur laquelle repose la vie en enfer.\u00a0Et Dieu nous a pris au mot.\u00a0Telle est la nature du \u00ab compliment terrifiant \u00bb rendu \u00e0 la cr\u00e9ature \u00e0 qui, d\u00e8s le d\u00e9but, avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e la libert\u00e9 de refuser le bonheur.\u00a0Dieu ne nous arr\u00eatera pas.\u00a0Ainsi, nous restons libres, ce qui est le plus terrifiant, \u00e0 la toute fin, de d\u00e9clarer devant Dieu, dans des mots qui reviennent tout au long du magnifique fantasme de CS Lewis,\u00a0<em>Le Grand Divorce<\/em> : \u00ab \u00ab\u00a0que ce ne soit pas ta volont\u00e9 qui soit faite, mais la mienne\u00a0\u00bb. Et ainsi c\u2019est fait, pour toujours. Et \u00e0 cause du poids de toute cette volont\u00e9 propre accumul\u00e9e, l\u2019\u00e2me sombrera in\u00e9luctablement dans un enfer \u00e9ternel. \u00bb<\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/www.ncregister.com\/author\/regis-martin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.ncregister.com\/author\/regis-martin&amp;source=gmail&amp;ust=1707045096266000&amp;usg=AOvVaw3AkVCiM5fk64V31CrCHNNE\">Regis Martin<\/a>, STD, est professeur de th\u00e9ologie et professeur associ\u00e9 au Centre <\/em>Veritas <em>pour l&rsquo;\u00e9thique de la vie publique de l&rsquo;Universit\u00e9 franciscaine de Steubenville, Ohio. Source: <a href=\"https:\/\/www.ncregister.com\/blog\/grace-freedom-necessary-nexus\">Hell Is Being Alone, Absolutely and Forever<\/a>. Traduction : <a href=\"http:\/\/www.belgicatho.be\/archive\/2024\/02\/02\/l-enfer-c-est-etre-seul-absolument-et-pour-toujours-6483386.html\">Belgicatho<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;enfer?<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":4791,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[67,56],"tags":[112,111],"class_list":["post-4788","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-foi","category-papers-fr","tag-enfer","tag-fins-dernieres"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4788","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4788"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4788\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4791"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4788"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4788"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4788"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}