{"id":2312,"date":"2021-07-16T12:43:42","date_gmt":"2021-07-16T10:43:42","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/lhistoire-des-pensionnats-du-canada\/"},"modified":"2024-01-24T17:20:02","modified_gmt":"2024-01-24T16:20:02","slug":"lhistoire-des-pensionnats-du-canada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/lhistoire-des-pensionnats-du-canada\/","title":{"rendered":"L\u2019histoire des pensionnats du Canada"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Au cours des quinze derniers jours, une douzaine d\u2019\u00e9glises au Canada, dont beaucoup \u00e9taient au service des populations autochtones, ont \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9es. Une douzaine d\u2019autres, la plupart dans des contextes non autochtones, ont \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9es. \u00ab Br\u00fblez tout \u00bb, a tweet\u00e9 le directeur de l\u2019Association des libert\u00e9s civiles de Colombie-Britannique, sous les acclamations de la communaut\u00e9 juridique elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le chaos s\u2019est install\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9couverte des restes de centaines de jeunes autochtones, enterr\u00e9s pr\u00e8s des pensionnats dans lesquels ils \u00e9taient inscrits en vertu d\u2019une politique soutenue par la Loi sur les Indiens de 1876, dont les amendements de 1894 et 1920 ont rendu obligatoire la fr\u00e9quentation des pensionnats ou des \u00e9coles industrielles pour ceux qui n\u2019avaient pas acc\u00e8s aux \u00e9coles de jour. La derni\u00e8re de ces \u00e9coles, dont beaucoup \u00e9taient g\u00e9r\u00e9es par l\u2019\u00c9glise catholique, a ferm\u00e9 ses portes en 1996. Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, environ 140.000 enfants sont pass\u00e9s par ces \u00e9coles. Plus de quatre mille d\u2019entre eux \u2014 peut-\u00eatre jusqu\u2019\u00e0 dix mille \u2014 sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s pendant qu\u2019ils les fr\u00e9quentaient ou sont morts peu apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comment cela est-il possible ? Qui est responsable ? Les organisations religieuses qui administraient les pensionnats sont-elles les v\u00e9ritables coupables, comme beaucoup le supposent ? Un examen attentif montre que cette supposition est erron\u00e9e. Comme nous le verrons, la trag\u00e9die et les crimes qu\u2019elle a entra\u00een\u00e9s \u2014 des crimes que certains qualifient \u00e0 tort de g\u00e9nocide \u2014 ont commenc\u00e9 par la violation des droits parentaux impos\u00e9e par le gouvernement, une erreur qui se r\u00e9pand \u00e0 nouveau aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une politique progressiste<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Au moment de sa mise en place, la politique des pensionnats \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une politique progressiste. Un ministre m\u00e9thodiste, Egerton Ryerson (1803-1882), a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 surintendant principal de l\u2019\u00e9ducation pour le Haut-Canada en 1844. Il a introduit les commissions scolaires, les manuels scolaires standardis\u00e9s et l\u2019\u00e9ducation gratuite pour tous. Le minist\u00e8re des Affaires indiennes a rapidement fait appel \u00e0 ses conseils et a commenc\u00e9 \u00e0 utiliser ses m\u00e9thodes afin d\u2019int\u00e9grer les enfants autochtones dans le nouveau monde dans lequel ils allaient vivre. Il soutenait que les peuples autochtones devaient recevoir une \u00e9ducation dans des pensionnats confessionnels exclusivement anglais, un syst\u00e8me qui impliquait de d\u00e9raciner les enfants de leurs foyers et de leurs coutumes tribales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le premier pensionnat, le <em>Mohawk Institute<\/em> de Brantford, en Ontario, avait ouvert ses portes en 1831. Il \u00e9tait encore impr\u00e9gn\u00e9 de l\u2019esprit du premier \u00e9v\u00eaque de la Nouvelle-France, saint Fran\u00e7ois de Laval (mort en 1708), qui s\u2019\u00e9tait efforc\u00e9, bien avant l\u2019\u00e8re Ryerson, de fournir un syst\u00e8me complet d\u2019\u00e9ducation aux peuples dont il avait la charge, et de les prot\u00e9ger contre le commerce de l\u2019alcool et d\u2019autres menaces \u00e0 leur bien-\u00eatre. (\u00c0 cette \u00e9poque, on amenait les \u00e9coles aux autochtones plut\u00f4t que les autochtones aux \u00e9coles). Au moment de la Conf\u00e9d\u00e9ration en 1867, il y avait huit \u00e9tablissements de ce genre, mais les choses commen\u00e7aient \u00e0 changer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le soutien de l\u2019\u00c9tat aux \u00e9coles de mission, catholiques et protestantes, est devenu possible en 1874. Avec l\u2019av\u00e8nement de l\u2019enseignement obligatoire, les \u00e9coles se multiplient. En 1931, il y en avait quatre-vingts en activit\u00e9. Le financement \u00e9tait bas\u00e9 sur les inscriptions et (\u00e9tant donn\u00e9 l\u2019\u00e9tat pr\u00e9caire de l\u2019\u00e9conomie) tr\u00e8s parcimonieux. Les conditions de vie se ressentaient de la surpopulation et devenaient moins saines. Les enfants arrivaient d\u00e9j\u00e0 atteints de tuberculose ou d\u2019autres maladies. Lorsque les enfants meurent dans les \u00e9coles, ils sont rarement renvoy\u00e9s chez eux pour \u00eatre enterr\u00e9s correctement. Le gouvernement ne voulait pas \u2014 et les \u00e9glises ne pouvaient pas \u2014 payer pour cela, pas plus que les familles. Au lieu de cela, il y avait des tombes peu profondes et des croix en bois dans les champs \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des \u00e9coles. Et m\u00eame si l\u2019\u00e9ducation \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement bonne et re\u00e7ue avec gratitude par certains, la tenue des registres (ou la conservation r\u00e9ussie des registres) \u00e9tait remarquablement mauvaise. Les petites croix en bois et les cl\u00f4tures des cimeti\u00e8res, bien s\u00fbr, ont disparu depuis longtemps. D\u2019o\u00f9 l\u2019incertitude quant au nombre, au nom et m\u00eame \u00e0 l\u2019emplacement des personnes enterr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9cemment, cependant, des dispositifs de balayage du sol ont commenc\u00e9 \u00e0 fournir des emplacements et des num\u00e9ros. Le 28 mai, nous avons appris qu\u2019il y avait 215 tombes non marqu\u00e9es sur le site du pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique ; le 25 juin, qu\u2019en Saskatchewan, il y en avait 751 \u00e0 l\u2019emplacement du pensionnat de Marieval ; le 30 juin, que 182 tombes avaient \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9couvertes \u00bb \u00e0 la mission St-Eug\u00e8ne, pr\u00e8s de Cranbrook, o\u00f9 j\u2019ai grandi.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une campagne irresponsable<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">(\u2026) Comment ces enfants sont-ils morts ? Qui \u00e9tait responsable de leur mort et pourquoi leurs tombes (ce ne sont pas des fosses communes) ne sont-elles pas marqu\u00e9es ? Quelles tentatives de r\u00e9paration ont \u00e9t\u00e9 faites ? Que font ou ne font pas les \u00e9glises et les gouvernements ? (\u2026)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, la campagne actuelle semble plus int\u00e9ress\u00e9e par la manipulation de l\u2019opinion publique que par la clarification de la situation. Les informations sur les tombes locales ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es au compte-gouttes dans la psych\u00e9 collective, comme si ces d\u00e9couvertes repr\u00e9sentaient des connaissances nouvelles et choquantes plut\u00f4t que la confirmation de choses d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablies. Peu d\u2019efforts ont \u00e9t\u00e9 faits pour expliquer que ce que le professeur Scott Hamilton a demand\u00e9 il y a six ans, lors des audiences de la Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation (CVR), est enfin en train d\u2019\u00eatre entrepris. En effet, les ignorants sont amen\u00e9s \u00e0 penser que nous d\u00e9couvrons seulement maintenant que de nombreux enfants sont morts au cours de leur \u00e9ducation dans les pensionnats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les fronti\u00e8res sont floues, les cat\u00e9gories confuses. Le terme adopt\u00e9 par la commission pour d\u00e9crire le contexte et les effets de cette \u00e9ducation, \u00ab g\u00e9nocide culturel \u00bb, a commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre sans son adjectif. M\u00eame la d\u00e9claration prudente faite le 24 juin par le chef national Perry Bellegarde, qui a sagement \u00e9vit\u00e9 le nom lui-m\u00eame, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sous le titre \u00ab Les d\u00e9couvertes horribles de tombes non marqu\u00e9es exigent une action urgente \u00bb. Cet en-t\u00eate laissait plus qu\u2019un soup\u00e7on de destruction gratuite et, en fait, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de jeunes vies. En revanche, le chef Sophie Pierre (qui m\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 notre lyc\u00e9e local apr\u00e8s avoir fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019\u00e9cole St. Eug\u00e8ne et qui conna\u00eet les forces et les faiblesses de chacun) a dit la v\u00e9rit\u00e9 toute crue : \u00ab Il n\u2019y a pas de d\u00e9couverte, nous savions que c\u2019\u00e9tait l\u00e0, c\u2019est un cimeti\u00e8re. Le fait qu\u2019il y ait des tombes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cimeti\u00e8re ne devrait \u00eatre une surprise pour personne. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Peut-\u00eatre l\u2019intention de l\u2019exercice est-elle de capitaliser sur le projet de loi C-15 (la loi sur la D\u00e9claration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones qui a re\u00e7u la sanction royale le 21 juin), en faisant comprendre que le pays doit maintenant agir de mani\u00e8re plus concert\u00e9e pour apporter des changements. Si tel est le cas, la fin ne justifie pas les moyens. Les incendies que cette campagne a provoqu\u00e9s et la haine des chr\u00e9tiens (en particulier des catholiques) qu\u2019elle a attis\u00e9e ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme de malheureux dommages collat\u00e9raux. Le sentiment est une chose dangereuse. La v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9conciliation souffrent lorsqu\u2019il est utilis\u00e9 comme arme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Prenez, par exemple, l\u2019appel \u00e0 des excuses papales. La Convention de r\u00e8glement relative aux pensionnats indiens a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e en 2006. Le processus d\u2019excuses officielles qu\u2019elle appelle de ses v\u0153ux avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 en 1991. Il a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9, observe Raymond de Souza, par le premier ministre Harper en 2008 et par le pape Beno\u00eet XVI en 2009, lorsqu\u2019il a re\u00e7u une d\u00e9l\u00e9gation autochtone et \u00ab a exprim\u00e9 son chagrin et son angoisse pour la conduite \u201cd\u00e9plorable\u201d des catholiques qui ont caus\u00e9 d\u2019immenses douleurs et souffrances \u00e0 ceux qui ont fr\u00e9quent\u00e9 les pensionnats indiens \u00bb. Selon le p\u00e8re de Souza, \u00ab qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une contrepartie appropri\u00e9e aux excuses du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 compris par tout le monde \u2014 m\u00e9dias autochtones, m\u00e9dias catholiques, m\u00e9dias la\u00efques. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(\u2026)<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une temp\u00eate parfaite<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Revenons \u00e0 notre histoire. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des pensionnats, la m\u00e9decine \u00e9tait relativement primitive et les pand\u00e9mies \u00e9taient courantes. La variole \u00e9tait mortelle. La grippe espagnole a emport\u00e9 des personnes dans la fleur de l\u2019\u00e2ge avec un taux de mortalit\u00e9 de 10 %. La tuberculose \u00e9tait plus lente, mais encore plus mortelle pour les autochtones. Selon le <em>Globe and Mail<\/em>, des documents des Archives nationales r\u00e9v\u00e8lent que les enfants en mouraient \u00ab \u00e0 un rythme alarmant \u00bb. Le minist\u00e8re des Affaires indiennes a envoy\u00e9 son m\u00e9decin en chef, Peter Bryce, pour enqu\u00eater. Ses visites dans quinze \u00e9coles de l\u2019Ouest canadien ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019\u00ab au moins 24 % des \u00e9l\u00e8ves \u00e9taient morts de la tuberculose sur une p\u00e9riode de 14 ans \u00bb. Il a inform\u00e9 le minist\u00e8re en 1907 que les \u00e9coles ne parvenaient pas \u00e0 s\u00e9parer les biens portants des malades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux ans plus tard, Bryce soumet un deuxi\u00e8me rapport, recommandant que le gouvernement prenne en charge l\u2019administration des \u00e9coles. En raison de ses probl\u00e8mes, son poste est supprim\u00e9 ; ce n\u2019est qu\u2019en 1969 que ses conseils seront suivis. Apr\u00e8s avoir pris sa retraite en 1922, il a \u00e9crit <em>The Story of a National Crime<\/em>. Les plaidoyers des autres m\u00e9decins sont \u00e9galement ignor\u00e9s. \u00ab De toute \u00e9vidence, quelqu\u2019un a confondu notre pensionnat avec un sanatorium pour tuberculeux \u00bb, se plaignait le Dr MacInnis dans une lettre de la Nouvelle-\u00c9cosse aux Affaires indiennes. Il trouvait cela \u00ab tr\u00e8s injuste pour les enfants qui sont propres et en bonne sant\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, dans le cadre de notre propre pand\u00e9mie, il semble que nous prenions tout cela \u00e0 l\u2019envers, en traitant les personnes en bonne sant\u00e9 comme si elles \u00e9taient malades plut\u00f4t que les malades comme s\u2019ils \u00e9taient en bonne sant\u00e9, ce qui conduit \u00e0 de nouveaux crimes nationaux. Mais ce que je veux dire, c\u2019est que l\u2019ancien crime national \u00e9tait effectivement national, c\u2019est-\u00e0-dire politique et \u00e9conomique, et non principalement religieux. L\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement beaucoup plus faible et la mortalit\u00e9 infantile beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e. Bryce a toutefois fait comprendre aux Affaires indiennes que le taux de mortalit\u00e9 \u00e9tait beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 chez les autochtones que dans la population en g\u00e9n\u00e9ral et qu\u2019il fallait prendre des mesures imm\u00e9diates pour r\u00e9gler le probl\u00e8me. En 1914, comme le souligne le <em>Globe<\/em>, \u00ab le haut fonctionnaire des Affaires indiennes le plus influent de l\u2019\u00e9poque \u00bb, Duncan Campbell Scott, a admis qu\u2019\u00ab il est tout \u00e0 fait possible de dire que cinquante pour cent des enfants qui sont pass\u00e9s par ces \u00e9coles n\u2019ont pas v\u00e9cu pour b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019\u00e9ducation qu\u2019ils y avaient re\u00e7ue \u00bb. Pourtant, aucune mesure efficace n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise avant la Seconde Guerre mondiale, alors que les mesures m\u00e9dicales s\u2019\u00e9taient consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9valuation de Scott ne peut \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019histoire des \u00e9coles, ni limit\u00e9e aux \u00e9coles d\u2019ailleurs. Elle rend compte des perspectives pitoyables de la population indig\u00e8ne en tant que telle. Les \u00e9coles, cependant, se trouvaient au c\u0153ur de ce que Hamilton d\u00e9crit avec justesse comme une temp\u00eate parfaite : \u00ab une infrastructure de sant\u00e9 publique tr\u00e8s, tr\u00e8s mal d\u00e9velopp\u00e9e \u00bb ; une population vuln\u00e9rable sur le plan \u00e9pid\u00e9miologique ; des enfants issus de communaut\u00e9s disparates, apportant la maladie avec eux, puis entass\u00e9s dans des b\u00e2timents mal chauff\u00e9s et mal ventil\u00e9s, tout en b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une alimentation inad\u00e9quate. Bien s\u00fbr, dit Hamilton, dans de telles conditions, les maladies \u00ab vont exploser comme une tra\u00een\u00e9e de poudre \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La question qu\u2019il faut se poser est de savoir pourquoi on a laiss\u00e9 cette temp\u00eate, qui allait et venait, durer pendant pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle, au d\u00e9triment de tant de jeunes vies. Et pourquoi ni l\u2019\u00c9tat ni l\u2019\u00c9glise n\u2019ont eu le courage d\u2019y faire face, ou de s\u2019en extraire.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Responsabilit\u00e9 et repentir<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Soyons clairs : tous ceux qui ont le pouvoir de pr\u00e9venir les abus physiques ou mentaux dont sont victimes les personnes dont ils ont la charge sont responsables, au m\u00eame titre que ceux qui les commettent (m\u00eame si ce n\u2019est pas de la m\u00eame mani\u00e8re). Pour les politiques qui s\u00e9duisent ou obligent les communaut\u00e9s \u00e0 envoyer leurs enfants dans des \u00e9coles o\u00f9 la maladie fait rage ou o\u00f9 leur culture est injustement supprim\u00e9e, tous ceux qui les produisent ou les perp\u00e9tuent sont responsables. Aucune partie n\u2019est responsable de tout, et le bl\u00e2me ne peut \u00eatre distribu\u00e9 de mani\u00e8re \u00e9gale. La r\u00e9partition \u00e9quitable est une chose dont seul Dieu est capable en d\u00e9finitive, mais l\u2019homme a l\u2019obligation d\u2019essayer. Cela fait partie de l\u2019apprentissage de la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ceux qui pr\u00e9tendent que nous disposons d\u2019un nouvel instrument pour le faire sont toutefois beaucoup trop optimistes, ou du moins beaucoup trop h\u00e2tifs. Ce que nous apprenons actuellement des balayages du sol n\u2019est nouveau que dans certains d\u00e9tails modestes. Des sites fun\u00e9raires sp\u00e9cifiques ont \u00e9t\u00e9 cartographi\u00e9s ou le seront. Mais nous ne savons pas encore, et nous ne le saurons peut-\u00eatre jamais, quels sont les restes qu\u2019ils contiennent ou lesquels ont \u00e9t\u00e9 bien trait\u00e9s et lesquels ont \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9s. Ce que nous savons, c\u2019est que nous sommes d\u00e9sormais en meilleure position, non pas pour bl\u00e2mer les vivants, mais pour honorer les morts. Et c\u2019est ce que nous devons faire, en gardant \u00e0 l\u2019esprit que, si la plupart ont \u00e9t\u00e9 victimes de la maladie, tous ne l\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 au sens moral du terme. Certains se trouvaient au bon endroit au mauvais moment, et d\u2019autres, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00e9l\u00e8ves ou de membres du personnel, \u00e9taient l\u00e0 de leur plein gr\u00e9. (Le fait que la scolarit\u00e9 \u00e9tait obligatoire ne prouve pas le contraire ; on ne peut pas non plus affirmer avec certitude que les histoires de souffrance l\u2019emportent sur les histoires de bienfaits, puisque ces derni\u00e8res n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 recherch\u00e9es et que les premi\u00e8res sont parfois compromises par l\u2019exploitation du syst\u00e8me de r\u00e9paration).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Honorer les morts \u00e9tait et reste la raison d\u2019\u00eatre des cimeti\u00e8res, une tradition fun\u00e9raire introduite en Am\u00e9rique du Nord par les chr\u00e9tiens et accueillie favorablement par les peuples autochtones. Les cimeti\u00e8res en question \u00e9taient un lieu de repos final non seulement pour les enfants des \u00e9coles mais aussi pour d\u2019autres personnes pauvres de la communaut\u00e9 locale. Pourtant, la fum\u00e9e des \u00e9glises en feu nous emp\u00eache d\u2019honorer les morts, ce qui nous indique que la question de la responsabilit\u00e9 de cette \u00ab temp\u00eate parfaite \u00bb prolong\u00e9e n\u2019a pas re\u00e7u la r\u00e9ponse qu\u2019elle m\u00e9ritait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aucune r\u00e9ponse \u00e0 la question de la responsabilit\u00e9 ne peut se soustraire aux aveux officiels de culpabilit\u00e9 grave, que ce soit de la part du gouvernement ou des organisations religieuses qui g\u00e9raient les \u00e9coles. En d\u00e9pit de l\u2019attitude m\u00e9prisable du Premier ministre, c\u2019est \u00e0 lui que revient la responsabilit\u00e9 de tout autre bl\u00e2me. Car c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui a d\u00e9termin\u00e9 la politique d\u2019assimilation forc\u00e9e par l\u2019\u00e9ducation \u00e0 distance et qui a tenu les cordons de la bourse qui ont contr\u00f4l\u00e9 sa mise en \u0153uvre. Un plan fatalement d\u00e9fectueux, men\u00e9 avec une combinaison mortelle d\u2019ambition et de parcimonie, a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9 par le manquement au devoir des parties des deux c\u00f4t\u00e9s. M\u00eame la partie autochtone ne peut \u00e9chapper \u00e0 un examen minutieux. Mais le projet lui-m\u00eame a eu des effets d\u00e9vastateurs pour lesquels un repentir national \u00e9tait et est n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Repentir pour quoi ? Pour cela, pour nos \u00e9checs collectifs et particuliers. Pas pour la civilisation occidentale en tant que telle, bien qu\u2019elle soit devenue la cible des cyniques et de ceux qui se d\u00e9testent. Certainement pas pour le christianisme ou l\u2019\u00c9glise catholique en tant que telle, qui depuis l\u2019\u00e9poque des saints patrons du Canada \u2014 Jean de Br\u00e9beuf et ses coll\u00e8gues, qui ont vers\u00e9 leur sang de martyrs au nom des autochtones abandonn\u00e9s face au g\u00e9nocide tribal \u2014 a tant fait pour temp\u00e9rer nos exc\u00e8s et gu\u00e9rir nos maladies du corps et de l\u2019\u00e2me, comme elle doit le faire \u00e0 nouveau, malgr\u00e9 sa propre honte et son d\u00e9shonneur. Pas pour un g\u00e9nocide non plus, car il n\u2019y a pas eu ici de g\u00e9nocide, m\u00eame si la n\u00e9gligence, la cruaut\u00e9, le d\u00e9sastre et la mort pr\u00e9matur\u00e9e n\u2019ont pas manqu\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019accusation de g\u00e9nocide<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En conclusion, il faut dire quelque chose de plus sur cette accusation de g\u00e9nocide, qui suscite une haine irrationnelle. L\u2019article II de la Convention sur le g\u00e9nocide d\u00e9finit le g\u00e9nocide par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cinq types d\u2019actes \u00ab commis dans l\u2019intention de d\u00e9truire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel \u00bb. Ces actes sont les suivants :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;text-align: justify\">&#8211; Le meurtre de membres du groupe ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;text-align: justify\">&#8211; Causer une atteinte grave \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique ou mentale de membres du groupe ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;text-align: justify\">&#8211; Le fait de soumettre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le groupe \u00e0 des conditions d\u2019existence devant entra\u00eener sa destruction physique totale ou partielle ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;text-align: justify\">&#8211; Imposer des mesures destin\u00e9es \u00e0 emp\u00eacher les naissances au sein du groupe ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;text-align: justify\">&#8211; Le transfert forc\u00e9 d\u2019enfants du groupe \u00e0 un autre groupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le contexte actuel, la cinqui\u00e8me est celle qui est la plus fix\u00e9e par ceux qui emploient ce terme. Il faut cependant se rappeler que les cinq sont qualifi\u00e9s par la clause d\u2019intention, pour laquelle la preuve fait d\u00e9faut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019article susmentionn\u00e9 du <em>Globe<\/em> met en lumi\u00e8re le jugement de John Milloy, \u00ab le seul \u00e9tranger \u00e0 avoir acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la vo\u00fbte verrouill\u00e9e des dossiers des Affaires indiennes \u00bb et auteur d\u2019un livre qui rappelle celui de Bryce. Dans ce livre, intitul\u00e9 <em>A National Crime : The Canadian Government and the Residential School System<\/em>, Milloy \u00e9vite \u00e0 juste titre le langage du g\u00e9nocide, car personne n\u2019essayait r\u00e9ellement de rendre les enfants malades ou d\u2019effacer les peuples indig\u00e8nes. L\u2019agression inadmissible de leurs familles et de leur culture par l\u2019\u00c9tat, et la complicit\u00e9 des \u00e9glises (l\u2019apprendrons-nous jamais ?) avec l\u2019\u00c9tat, ont conduit \u00e0 la trag\u00e9die. Mais les d\u00e9c\u00e8s dans les \u00e9coles \u00ab \u00e9taient principalement dus \u00e0 la politique de paiement des \u00e9glises sur une base per capita \u00bb qui encourageait la surpopulation et l\u2019admission ou le maintien dangereux d\u2019\u00e9tudiants malades. C\u2019\u00e9tait inexcusable, mais ce n\u2019\u00e9tait pas un g\u00e9nocide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En outre, le simple fait de rendre obligatoire l\u2019enseignement \u00e0 distance ne correspond pas \u00e0 ce qui est sp\u00e9cifi\u00e9 dans le cinqui\u00e8me paragraphe, bien qu\u2019il tende dans cette direction. Je suis fermement oppos\u00e9 \u00e0 une telle \u00e9ducation. En effet, je suis contre la plupart des lois \u2014 aujourd\u2019hui, ironiquement, de telles lois prolif\u00e8rent \u00e0 nouveau, promues par de puissantes organisations internationales, dont les Nations Unies \u2014 qui permettent aux agents de l\u2019\u00c9tat de violer le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la famille, en faisant des choses \u00e0 l\u2019esprit ou au corps des enfants que leurs parents croient nuisibles. Mais je ne pense pas que le Canada soit coupable de g\u00e9nocide, ni que les \u00c9glises soient complices de g\u00e9nocide. Les \u00e9checs des uns et des autres, pass\u00e9s et pr\u00e9sents, sont suffisamment graves pour qu\u2019on n\u2019ait pas recours \u00e0 ce terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ceux qui parlent librement de g\u00e9nocide ne d\u00e9couragent pas, mais encouragent le genre d\u2019actes qui, au fil du temps, m\u00e8nent au g\u00e9nocide ; des actes qui ne font rien pour la repentance nationale et qui n\u2019honorent pas, mais plut\u00f4t d\u00e9shonorent, les morts. Honorer les morts devrait commencer par la pri\u00e8re, pour ceux qui sont encore capables de trouver une maison de pri\u00e8re. De l\u00e0, il faut passer \u00e0 l\u2019examen de conscience, \u00e0 la contrition et \u00e0 la p\u00e9nitence ou \u00e0 la r\u00e9paration, afin qu\u2019il y ait r\u00e9conciliation entre l\u2019homme et l\u2019homme et, par la mis\u00e9ricorde divine, entre Dieu et l\u2019homme.<\/p>\n<p class=\"pied\">Source : <a href=\"https:\/\/www.catholicworldreport.com\/2021\/07\/13\/the-history-of-canadas-residential-schools\/\">The History of Canada\u2019s Residential Schools \u2013 Catholic World Report<\/a>. Nous avons emprunt\u00e9 la traduction fran\u00e7aise au site www.belgicatho.be o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e le 13-7-21. Douglas Farrow est professeur de Th\u00e9ologie et d\u2019Ethique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 McGill.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"intro\">Les organisations religieuses qui ont g\u00e9r\u00e9 les pensionnats sont-ils les vrais coupables, comme beaucoup le supposent ? Un examen attentif montre que cette supposition est erron\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4588,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[70,56,66],"tags":[],"class_list":["post-2312","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-eglise","category-papers-fr","category-societe"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2312","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2312"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2312\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4588"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2312"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}