{"id":2284,"date":"2019-10-30T17:20:53","date_gmt":"2019-10-30T16:20:53","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/lavortement-restera-toujours-un-drame\/"},"modified":"2024-02-05T19:43:04","modified_gmt":"2024-02-05T18:43:04","slug":"lavortement-restera-toujours-un-drame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/lavortement-restera-toujours-un-drame\/","title":{"rendered":"L\u2019avortement restera toujours un drame"},"content":{"rendered":"<div><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce mercredi d\u00e9butaient \u00e0 la Chambre des d\u00e9bats pour \u00e9tendre le droit \u00e0 l\u2019avortement. L\u2019un des textes qui seront examin\u00e9s propose d\u2019augmenter le d\u00e9lai l\u00e9gal d\u2019une interruption volontaire de grossesse en le faisant passer de 12 \u00e0 18 semaines. Cette proposition nous interroge. En effet, existera-t-il jamais un cadre l\u00e9gislatif qui sera jug\u00e9 suffisant par les uns et les autres pour traiter de la question d\u00e9licate de l\u2019avortement ? \u00c0 nous, femmes jeunes et moins jeunes, il nous semble que cette course effr\u00e9n\u00e9e pour supprimer une \u00e0 une toutes les balises passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du v\u00e9ritable enjeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsque l\u2019on parle d\u2019avortement, on ne parle pas de chiffres ou d\u2019individus abstraits. Il est question de vies humaines, de leur infinie complexit\u00e9 ; il est question de notre condition charnelle d\u2019\u00eatres humains. Il s\u2019agit de femmes qui ressentent dans leur chair une nouvelle vie qui se cr\u00e9e. La rh\u00e9torique d\u00e9sincarn\u00e9e prononc\u00e9e par les uns et les autres \u00e9lude compl\u00e8tement cette r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, v\u00e9cue dans notre corpor\u00e9it\u00e9 intime. En se contentant de revendiquer des droits formels et symboliques, on \u00e9clipse de ce fait les souffrances des femmes qui avortent. Grav\u00e9es dans le marbre des lois et non v\u00e9cues comme telles dans nos corps, ces libert\u00e9s th\u00e9oriques appartiennent au registre de l\u2019id\u00e9ologie, d\u00e9connect\u00e9es qu\u2019elles sont de notre v\u00e9cu.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Aucune loi n\u2019\u00e9ludera le drame<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Voir en l\u2019avortement un choix, supposer dans l\u2019IVG une libert\u00e9, c\u2019est faire abstraction de cette r\u00e9alit\u00e9 charnelle que l\u2019on ne veut pas voir ; c\u2019est gommer les souffrances de toutes celles \u2014 et elles sont nombreuses, trop nombreuses \u2014 qui ont v\u00e9cu l\u2019avortement comme un drame, personnel et intime, comme un \u00e9chec dont elles ne se sont jamais remises parce qu\u2019il les a affect\u00e9es dans leur chair et dans leur \u00eatre-au-monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une autre femme l\u2019a dit en d\u2019autres temps, et nous le redisons encore : \u00ab L\u2019avortement est toujours un drame, et restera toujours un drame \u00bb (Discours de Simone Veil \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 26 novembre 1974), quel que soit le nombre de lois qui passeront, l\u00e9galisation ou d\u00e9p\u00e9nalisation, d\u00e9lai de r\u00e9flexion d\u2019une semaine ou de 48 h, \u00e0 12 semaines ou \u00e0 18. Et c\u2019est un drame parce qu\u2019il est question de notre corps et de ce qui s\u2019y joue, de la f\u00e9condit\u00e9 qu\u2019il abrite, de la vie qu\u2019il porte et \u00e0 laquelle l\u2019avortement mettra toujours un terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Que l\u2019\u00eatre humain soit capable de surmonter les drames, c\u2019est une \u00e9vidence. Mais il portera en lui, pour le restant de ses jours, chaque drame qu\u2019il a v\u00e9cu, chaque trag\u00e9die qu\u2019il a travers\u00e9e, comme une cicatrice que les lois et les beaux discours sur la libert\u00e9 des femmes n\u2019effaceront jamais. Ces blessures dans notre \u00eatre intime peuvent \u00eatre pr\u00e9venues et, quand elles sont l\u00e0, soign\u00e9es ; cela demande d\u2019abord et avant tout un regard vrai pos\u00e9 sur elles, et une aide \u00e0 la reconstruction de soi. Consid\u00e9rer l\u2019avortement comme un \u00ab acte de sant\u00e9 publique \u00bb comme le fait Sylvie Lausberg, c\u2019est nier la blessure qu\u2019il repr\u00e9sente, nier la souffrance des femmes qui le vivent, nier la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la personne humaine.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">O\u00f9 est-elle, la libert\u00e9 ?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En tant que femmes, nous h\u00e9bergeons la vie en nous et nous la donnons au monde, et c\u2019est une des choses les plus belles qu\u2019il peut nous \u00eatre donn\u00e9 de vivre. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la raison pour laquelle nous ne pouvons tol\u00e9rer que la question de l\u2019avortement soit r\u00e9duite \u00e0 une revendication de nouveaux \u00ab droits \u00bb. Il ne suffit pas de marteler le mot \u00ab libert\u00e9 \u00bb pour le rendre r\u00e9el. La libert\u00e9 ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un choix, elle est toujours plus qu\u2019un consentement : devoir choisir entre Charybde et Scylla n\u2019est jamais un choix libre, mais bien plut\u00f4t la fin de toute libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">O\u00f9 est-elle, la libert\u00e9, lorsque nous ressentons en notre sein la douleur insoutenable, physique et morale, d\u2019avoir perdu la vie qui en nous naissait ? De quel droit parlons-nous lorsqu\u2019une femme avorte parce qu\u2019elle n\u2019a plus d\u2019autre choix, parce qu\u2019elle n\u2019a plus les moyens ni la force d\u2019\u00e9lever seule un enfant dont le p\u00e8re, l\u2019entourage ou la soci\u00e9t\u00e9 ne veulent pas ? Une femme \u00e0 bout de force qui ne se sent pas le courage d\u2019assumer l\u2019\u00e9ducation d\u2019un enfant n\u2019est pas libre. Elle ne dispose pas d\u2019un droit d\u2019avorter, quoi qu\u2019on en dise : elle n\u2019a que sa d\u00e9tresse, et la vie qu\u2019elle abrite en elle qui ne verra jamais le jour parce que ce monde n\u2019est pas celui dont elle r\u00eavait pour son enfant.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Que l\u2019on travaille sur des alternatives<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">On ne peut l\u00e9gif\u00e9rer sur un tel sujet qu\u2019avec la plus extr\u00eame prudence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Que nos repr\u00e9sentants s\u2019interrogent d\u2019abord sur la situation de ces femmes en d\u00e9tresse \u2014 car oui, elles sont en d\u00e9tresse m\u00eame si l\u2019on cherche \u00e0 bannir ce mot du langage. Que nos politiques s\u2019interrogent sur les raisons pour lesquelles elles ne peuvent garder cet enfant, sur la mis\u00e8re qui est la leur : mis\u00e8re sociale, mis\u00e8re \u00e9conomique, mis\u00e8re morale. Nous attendons de nos repr\u00e9sentants qu\u2019ils se pr\u00e9occupent de cette mis\u00e8re avant toute chose, qu\u2019ils prennent en compte la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des femmes et des hommes de ce pays. Quand nos politiques examineront-ils de v\u00e9ritables aides et alternatives pour les femmes qui ne souhaitent pas avorter mais qui y sont contraintes pour des raisons \u00e9conomiques, sociales ou culturelles ? Qu\u2019ils s\u2019interrogent, enfin, quant \u00e0 leurs renoncements vis-\u00e0-vis des fragilis\u00e9s de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Proposer d\u2019\u00e9largir le d\u00e9lai d\u2019avortement de 12 \u00e0 18 semaines, c\u2019est ouvrir un faux d\u00e9bat. Nous souhaitons plut\u00f4t des partis qu\u2019ils m\u00e8nent en leur sein une vraie r\u00e9flexion, et qu\u2019ils cherchent \u00e0 \u00e9viter d\u2019autres drames aux femmes qui les vivent. Les moyens de contraception n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi nombreux et accessibles : alors pourquoi le nombre d\u2019avortements n\u2019a-t-il jamais baiss\u00e9 ? Voil\u00e0 une vraie question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On ne parle pas ici de quelques euros de plus ou de moins dans le portefeuille de la m\u00e9nag\u00e8re : on parle du corps humain et de la f\u00e9condit\u00e9 qu\u2019il abrite. On parle d\u2019une vie qui s\u2019interrompt dans le sein des femmes : cela ne pourra jamais \u00eatre simplement assimil\u00e9 \u00e0 \u00ab un acte de sant\u00e9 publique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En tant que personnes humaines, enracin\u00e9es dans un v\u00e9cu fait de don et de f\u00e9condit\u00e9, nous consid\u00e9rons que notre vraie libert\u00e9, la seule, c\u2019est de pouvoir vivre dans cette condition charnelle notre intime et irr\u00e9ductible dignit\u00e9 d\u2019\u00eatres humains. Notre conviction intime, c\u2019est qu\u2019augmenter le d\u00e9lai l\u00e9gal d\u2019avortement ne fera en rien grandir cette libert\u00e9.<\/p>\n<p class=\"pied\">Cette opinion a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 24-10-19 dans La Libre Belgique par Isaure De Clerck, Marie Dekkers, Clothilde Desaint, Wivine Muret, Dominique Richter, Sonia Samaan, Agathe Thiercelin, Marie Van Houtte, Brigitte Van Wymeersch, et Isaure Villiers, citoyennes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"intro\">Proposer d\u2019\u00e9largir le d\u00e9lai d\u2019avortement, c\u2019est ouvrir un faux d\u00e9bat. Pourquoi le monde politique ne cherche-t-il pas d\u2019abord \u00e0 soulager la d\u00e9tresse de nombreuses femmes qui ne souhaitent pas avorter, mais qui sont contraintes de le faire ?<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4935,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[71],"tags":[141,142],"class_list":["post-2284","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bioethique","tag-avortement","tag-respect-de-la-vie"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2284","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2284"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2284\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4935"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}