{"id":2257,"date":"2018-06-23T15:34:28","date_gmt":"2018-06-23T13:34:28","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/quel-sens-donner-aux-frontieres-de-vie-et-de-mort\/"},"modified":"2024-02-12T21:27:40","modified_gmt":"2024-02-12T20:27:40","slug":"quel-sens-donner-aux-frontieres-de-vie-et-de-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/quel-sens-donner-aux-frontieres-de-vie-et-de-mort\/","title":{"rendered":"Quel sens donner aux fronti\u00e8res de vie et de mort ?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s les nombreux d\u00e9bats sur la loi de l\u2019avortement ponctu\u00e9s par un signe soci\u00e9tal fort lors de l\u2019abdication temporaire du roi Baudouin (3 avril 1990) et l\u2019explication simple et respectueuse \u00e0 tous de son objection de conscience en m\u00eame temps que du droit souverain de son peuple, la Belgique a appliqu\u00e9 cette loi au sens \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb du terme. Pr\u00e9sente dans le code p\u00e9nal comme un rappel symbolique de l\u2019innocence meurtrie, sans applications de sanctions pour les m\u00e8res, cette loi, selon la plupart des partis politiques belges, devrait aujourd\u2019hui sortir du code afin de respecter le statut de la femme. Le contexte politique belge est \u00e0 nouveau conflictuel sur ce th\u00e8me du respect de l\u2019enfant. Mais comment r\u00e9fl\u00e9chir avec bont\u00e9 en respectant \u00e0 la fois l\u2019enfant et sa m\u00e8re ? Comment ne pas nier l\u2019impact d\u2019une loi et des faits : plus de 22000 avortements par an ? Comment ne pas \u00eatre aveugle sur la violence et le d\u00e9sir de mort qui retentit sur toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 dans un tel contexte ? Telle est la port\u00e9e de cet \u00e9crit qui accompagne avec d\u2019autres le d\u00e9bat actuel. L\u2019auteur montre clairement le lien entre les fronti\u00e8res d\u2019une nation vis-\u00e0-vis de l\u2019ext\u00e9rieur (migration) et en son propre sein. Les fronti\u00e8res peuvent exister aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une nation par le rejet de certains de ses membres de droit. Le rejet de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 des migrants est la parabole du rejet des plus petits d\u2019une nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui vient de se passer en Irlande \u00ab donne aussi \u00e0 penser \u00bb en profondeur : ce vote massif pour le droit \u00e0 l\u2019avortement n\u2019est-il qu\u2019une revanche sur le pass\u00e9 catholique de ce pays ou bien un vote qui exprime une d\u00e9sesp\u00e9rance par rapport \u00e0 la vie ? Une c\u00e9cit\u00e9 par rapport au renouvellement de g\u00e9n\u00e9ration ? Pour un peuple dont les migrants ont essaim\u00e9 dans le nouveau Monde et lui ont donn\u00e9 vie, est-ce une continuit\u00e9 historique ou une brisure de l\u2019identit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sans \u00eatre juriste et expert, pouvons-nous parler avec le c\u0153ur ou avec un peu de bon sens de l\u2019enjeu civil de l\u2019avortement ? Que suppose pour chaque citoyen l\u2019hypoth\u00e8se de sortir l\u2019avortement du code p\u00e9nal ? Tout simplement qu\u2019une loi nouvelle pourrait r\u00e9soudre ext\u00e9rieurement des probl\u00e8mes de vie et de mort pour chacun d\u2019entre nous. D\u00e9p\u00e9naliser totalement l\u2019avortement, c\u2019est l\u00e9galiser le droit de donner la mort \u00e0 <em>un \u00eatre vivant<\/em>, le droit de d\u00e9truire, de tuer <em>un \u00eatre vivant dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, sans proc\u00e8s, sans jugement, de mani\u00e8re aseptis\u00e9e<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Droit n\u2019est-il pas au contraire ce qui construit le bien commun, le prot\u00e8ge, le fortifie, rend justice dans une soci\u00e9t\u00e9 qui veut \u00eatre une \u00ab maison commune \u00bb, comme dirait le pape Fran\u00e7ois ? Si l\u2019Etat d\u00e9finit ou d\u00e9fend ses fronti\u00e8res ext\u00e9rieures (les migrants), ce ne peut \u00eatre ni par \u00e9go\u00efsme, ni par souci \u00e9conomique, mais pour dessiner un bien commun et des valeurs qui constituent le \u00ab bien vivre \u00bb d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Mais quand une loi interne \u00e0 l\u2019Etat enracine dans les c\u0153urs et dans la culture qu\u2019une vie d\u2019enfant dans le sein maternel ne vaut pas, cette loi dessine une fronti\u00e8re pour ceux qui peuvent vivre ou pas dans son sein : elle ouvre la br\u00e8che \u00e0 une violence interne et \u00e0 long terme \u00e0 la mort de l\u2019Etat. La fronti\u00e8re entre la vie et la mort est une valeur racine, fondamentale, qui permet de vivre d\u2019autres valeurs. Si le petit et le pauvre ne sont plus prot\u00e9g\u00e9s par la loi, l\u2019Etat s\u2019\u00e9vanouit et promeut une nouvelle \u00ab loi de la jungle \u00bb dans laquelle le plus fort a toujours raison et o\u00f9 le plus bless\u00e9 peut toujours se faire justice ou se venger. Si cette fronti\u00e8re n\u2019est pas prot\u00e9g\u00e9e, comment pourrons-nous vivre ensemble en assumant les drames de la vie humaine ? Une loi civile n\u2019est pas toujours ni automatiquement \u00e9thique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Personne n\u2019avoue avec le sourire que l\u2019avortement est un acte banal. La culpabilit\u00e9 issue des actes abortifs est rude \u00e0 porter pour tous : femmes, m\u00e9decins, psychologues, institutions diverses\u2026Il existe une culpabilit\u00e9 mortif\u00e8re dont il nous faut nous garder car elle engendre \u00e0 court terme une violence certaine ! Mais la vraie culpabilit\u00e9, lourde \u00e0 porter \u00e0 long terme, est aussi le sentiment profond d\u2019hommes et de femmes, qui, souvent, se sont sentis comme oblig\u00e9s de passer \u00e0 l\u2019acte d\u2019avorter, mais qui sont d\u00e9sireux de mieux faire ou de se faire pardonner. Si toute r\u00e9f\u00e9rence p\u00e9dagogique de la loi s\u2019efface, si la loi nouvelle anesth\u00e9sie les consciences et dit le contraire de ce qu\u2019une conscience sensible peut voir na\u00eetre en elle, il ne restera plus dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019une culpabilit\u00e9 morbide, permanente, \u00e9paisse comme un brouillard d\u2019hiver qui enveloppe des fant\u00f4mes qui ne seront que des survivants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La souffrance et la responsabilit\u00e9 de ceux et de celles qui sont proches de l\u2019avortement ne peut \u00eatre \u00ab refoul\u00e9e \u00bb par la n\u00e9gation de ce qui fait le fondement d\u2019une vie ensemble : le d\u00e9sir, inscrit dans une Constitution, d\u2019accueillir tout \u00eatre humain pour ce qu\u2019il est d\u00e8s le premier instant de sa visibilit\u00e9. La loi n\u2019est pas d\u2019abord coercitive : elle est symbolique d\u2019une valeur. Quelle est la loi qui nous permettrait d\u2019aimer la vie et de respecter l\u2019\u00eatre humain dans sa valeur incontournable ? M\u00eame s\u2019il est fragile, malade, mourant, handicap\u00e9, n\u2019est-il pas, comme E. Levinas le disait souvent, un \u00ab visage \u00bb qui nous appelle \u00e0 la responsabilit\u00e9 ? Si les lois civiles ne nous disent plus du tout qui nous sommes en profondeur, comment pourraient-elles \u00eatre \u00ab \u00e9thiques \u00bb et \u00eatre reconnues comme lumi\u00e8re par ce qui est le sanctuaire de tout \u00eatre humain : sa conscience ? Sa conscience d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois unique au monde et en d\u00e9pendance fraternelle d\u2019autres \u00eatres humains ?<\/p>\n<p class=\"pied\">Alain Mattheeuws est pr\u00eatre depuis 1985, j\u00e9suite. Il est Ma\u00eetre en th\u00e9ologie morale de l&rsquo;Universit\u00e9 Gr\u00e9gorienne.\u00a0 Docteur en th\u00e9ologie de l&rsquo;Institut Catholique de Toulouse. Il enseigne la morale sexuelle et la th\u00e9ologie sacramentaire \u00e0 l&rsquo;IET, Facult\u00e9 de Th\u00e9ologie de la Compagnie de J\u00e9sus \u00e0 Bruxelles. Professeur invit\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 Notre-Dame de Paris. Membre correspondant de l\u2019Acad\u00e9mie Pontificale pour la vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"intro\">Dans <em>La Croix<\/em> du 18 juin dernier, Alain Mattheeuws r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la port\u00e9e des nouvelles initiatives l\u00e9gislatives autour de la question de l\u2019avortement.<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5142,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[71,66],"tags":[141],"class_list":["post-2257","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bioethique","category-societe","tag-avortement"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2257","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2257"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2257\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5142"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}