{"id":2205,"date":"2015-12-13T13:52:34","date_gmt":"2015-12-13T12:52:34","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/souffrance-psychologique-la-mort-comme-therapie\/"},"modified":"2024-02-20T18:07:40","modified_gmt":"2024-02-20T17:07:40","slug":"souffrance-psychologique-la-mort-comme-therapie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/souffrance-psychologique-la-mort-comme-therapie\/","title":{"rendered":"Souffrance psychologique: la mort comme th\u00e9rapie?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour la premi\u00e8re fois depuis l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur de la loi sur l\u2019euthanasie en 2002, une d\u00e9cision d\u2019euthanasie \u2014 le cas De Moor\/Van Hoey \u2014 a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e par la commission d\u2019\u00e9valuation et renvoy\u00e9e \u00e0 la justice. Il existe un documentaire t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de la cha\u00eene australienne SBS de cette euthanasie ainsi que des conversations entre le patient et le m\u00e9decin. De m\u00eame, r\u00e9cemment \u2018The Economist\u2019 a diffus\u00e9 un reportage vid\u00e9o incisif sur une jeune fille brugeoise de 24 ans, qui a renonc\u00e9 en derni\u00e8re instance \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de son euthanasie, qui lui avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e pour motif de souffrance psychique (<em>24 &amp; Ready to Die<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans notre lettre ouverte du 11 septembre 2015 (<em>Le Soir<\/em>), nous avions \u00e9pingl\u00e9 l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 juridique dans laquelle se trouvent les m\u00e9decins pratiquant l&rsquo;euthanasie pour seul motif de souffrance psychique. Avec cette deuxi\u00e8me carte blanche, nous voulons \u00e0 nouveau attirer l&rsquo;attention du public sur la difficult\u00e9 sp\u00e9cifique que pose l\u2019euthanasie pour seul motif de souffrance psychique, notamment l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019en objectiver l&rsquo;incurabilit\u00e9. L\u2019id\u00e9e que cette incurabilit\u00e9 puisse \u00eatre attest\u00e9e, par exemple, par des indications de l\u00e9sions organiques ou de dommage des tissus, en d&rsquo;autres termes, sur la base de crit\u00e8res d\u00e9montrant la maladie, ind\u00e9pendamment de ce qui est ressenti ou pens\u00e9 subjectivement, est probl\u00e9matique pour la souffrance mentale. Soyons clairs: la souffrance psychique est r\u00e9elle et peut \u00eatre au moins aussi s\u00e9v\u00e8re que la souffrance physique. Cependant, ce qui la caract\u00e9rise, est qu\u2019on ne peut se baser que sur la parole de celui qui souffre pour l&rsquo;estimer. Et c\u2019est une bonne chose, parce que seul celui qui souffre sait combien \u00e7a fait mal au moment m\u00eame. Au moment m\u00eame&#8230; puisque, quand nous souffrons mentalement, nous sommes le plus souvent convaincus que notre avenir est sombre. C\u2019est m\u00eame pr\u00e9cis\u00e9ment cette pens\u00e9e qui pr\u00e9cipite notre d\u00e9tresse, puisque, tant que nous voyons des perspectives, nous arrivons g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 supporter beaucoup.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9pression est aujourd&rsquo;hui la maladie mentale la plus r\u00e9pandue: on estime qu\u2019une personne sur sept sera confront\u00e9e \u00e0 une grave d\u00e9pression dans sa vie (OMS, 2011). Si nous mettons ces chiffres en rapport avec le fait que le d\u00e9sespoir est l&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments centraux d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif, il appara\u00eet clairement que le sentiment d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 est sans rapport avec le caract\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d\u2019une situation. A la diff\u00e9rence de maladies qui sont la cons\u00e9quence de dommages organiques, la souffrance psychique est associ\u00e9e \u00e0 un changement de fonctionnement \u2013 et non \u00e0 une l\u00e9sion \u2013 des tissus. Cette diff\u00e9rence est essentielle car, par d\u00e9finition, ces changements dynamiques peuvent se renverser, et parfois m\u00eame subitement. Nous voyons, par exemple, comment certaines personnes qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es incurables et qui, sur cette base, ont obtenu le droit \u00e0 une euthanasie, y renoncent parfois quand de nouvelles \u2013 et fragiles \u2013 perspectives se font jour. Ceci prouve paradoxalement que la maladie ne pouvait \u00eatre qualifi\u00e9e d\u2019incurable. L&rsquo;\u00e9valuation subjective de ses propres perspectives, en cas de souffrance psychique, ne permet donc pas d\u2019en \u00e9tayer le caract\u00e8re incurable. La conclusion est claire : la loi actuelle suppose \u00e0 tort qu\u2019en cas de souffrance psychique, il peut y avoir des crit\u00e8res cliniques objectifs qui permettent d\u2019appuyer l\u2019euthanasie. C\u2019est pour cette raison que l\u2019euthanasie pour seul motif de souffrance psychique ne peut \u00eatre r\u00e9gl\u00e9e par la loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, d\u2019aucuns d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e que (seule) la mort comme option peut induire un renversement vers un r\u00e9tablissement et que pour cette raison cette option peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme faisant partie de soins de qualit\u00e9. A notre avis, ceci \u00e9quivaut \u00e0 une faillite radicale du secteur des soins de sant\u00e9 mentale. L\u2019option de \u2018la mort comme th\u00e9rapie\u2019, y compris son application effective par euthanasie dans certains cas, implique a priori le renoncement \u00e0 ce qu\u2019une th\u00e9rapie peut et doit \u00eatre dans tous les cas: l\u2019ouverture in\u00e9puisable de nouvelles perspectives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En tant que repr\u00e9sentants des diff\u00e9rents groupes professionnels directement impliqu\u00e9s par la question, dans les diverses r\u00e9gions du pays et au-del\u00e0 des lignes de fracture id\u00e9ologiques classiques, nous sommes alarm\u00e9s par la banalisation croissante de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;euthanasie pour seul motif de souffrance psychique. Nous sommes convaincus de ce que cette situation est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019asseoir une l\u00e9gislation sur une \u00e9valuation subjective. Voil\u00e0 pourquoi nous insistons pour que soit retir\u00e9e de la l\u00e9gislation actuelle la possibilit\u00e9 d\u2019une euthanasie au seul motif de souffrance psychique.<\/p>\n<p class=\"pied\">Arian Bazan est psychologue clinique \u00e0 l\u2019ULB. Avec Gertrudis Van de Vijver (Philosophe \u00e0 l\u2019UGent) et Willem Lemmens (\u00e9thicien \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Anvers), elle a \u00e9crit cette lettre au nom de 65 professeurs, psychiatres et psychologues. La liste compl\u00e8te des signataires se trouve sur <a href=\"http:\/\/www.demorgen.be\/opinie\/schrap-euthanasie-op-basis-van-louter-psychisch-lijden-uit-de-wet-b277b650\/.\">http:\/\/www.demorgen.be\/opinie\/schrap-euthanasie-op-basis-van-louter-psychisch-lijden-uit-de-wet-b277b650\/.<\/a> Le texte original se trouve sur <a href=\"http:\/\/www.lalibre.be\/debats\/opinions\/la-mort-comme-therapie-la-difficulte-de-l-euthanasie-pour-seul-motif-de-souffrance-psychique-5666ec92357004acd0fe76a6#comments\/\/.\">http:\/\/www.lalibre.be\/debats\/opinions\/la-mort-comme-therapie-la-difficulte-de-l-euthanasie-pour-seul-motif-de-souffrance-psychique-5666ec92357004acd0fe76a6#comments\/\/<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"intro\">&nbsp;<\/p>\n<p class=\"intro\">\u00ab Rayez de la loi la possibilit\u00e9 de l\u2019euthanasie sur base de la seule souffrance psychologique \u00bb : sous ce titre, 65 sp\u00e9cialistes ont \u00e9crit une lettre ouverte publi\u00e9e dans <em>La Libre Belgique<\/em> du 8-12-15.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5349,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[71],"tags":[147],"class_list":["post-2205","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bioethique","tag-euthanasie"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2205","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2205"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2205\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5349"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2205"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2205"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2205"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}