{"id":2180,"date":"2014-10-02T10:00:00","date_gmt":"2014-10-02T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/en-notre-ame-et-conscience\/"},"modified":"2024-03-05T15:07:12","modified_gmt":"2024-03-05T14:07:12","slug":"en-notre-ame-et-conscience","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/en-notre-ame-et-conscience\/","title":{"rendered":"En notre \u00e2me et conscience"},"content":{"rendered":"<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Ce petit livre de 90 pages est un plaidoyer en faveur de l\u2019euthanasie. En le parcourant, on per\u00e7oit d\u2019embl\u00e9e une difficult\u00e9 fr\u00e9quente dans les d\u00e9bats contemporains\u00a0: la confusion s\u00e9mantique. On y cherche par exemple vainement une d\u00e9finition de la libert\u00e9, m\u00eame si on devine qu\u2019elle r\u00e9side dans le devoir de respect de l\u2019autonomie d\u2019autrui. Pour le Dr Lossignol, la conscience ne fait pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019agir moral\u00a0: elle est r\u00e9duite \u00e0 une simple facult\u00e9 psychologique. Les mots de \u00ab\u00a0morale\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0autod\u00e9termination\u00a0\u00bb sont \u00e9voqu\u00e9s, mais jamais d\u00e9finis. La dignit\u00e9 est ramen\u00e9e \u00e0 sa cons\u00e9quence\u00a0: le respect de l\u2019autonomie. Celle-ci serait le fondement du consentement libre et \u00e9clair\u00e9, la capacit\u00e9 et le droit de d\u00e9cider pour soi. Les notions de \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0mal\u00a0\u00bb sont rejet\u00e9es au profit de celle de justice, entendue au sens rawlsien du terme, comme une tentative de r\u00e9gulation harmonieuse des \u00ab\u00a0autonomies\u00a0\u00bb individuelles.<\/p>\n<h3>Trois conceptions de l\u2019autonomie<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">L\u2019autonomie se trouve donc au centre de la r\u00e9flexion de l\u2019auteur. Tentons de l\u2019analyser. Pour simplifier, il nous semble qu\u2019on peut la comprendre de trois mani\u00e8res\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">un degr\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendance dans le fonctionnement de la personne, comme on pourrait parler de \u00ab\u00a0l\u2019autonomie\u00a0\u00bb d\u2019un avion, capable de voler sans ravitaillement sur telle ou telle distance. C\u2019est l\u2019autonomie comme \u00ab\u00a0capacit\u00e9 d\u2019agir par soi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">dans un sens \u00e9tymologique, l\u2019autonomie est la revendication d\u2019\u00eatre la norme pour soi. Je d\u00e9termine souverainement le bien. C\u2019est l\u2019autonomie comme \u00ab\u00a0capacit\u00e9 de d\u00e9cider pour soi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">dans un troisi\u00e8me sens, l\u2019autonomie est la capacit\u00e9, face au bien, de le discerner sans erreur, de le r\u00e9aliser sans faille (libert\u00e9), et de choisir soi-m\u00eame la voie pour le r\u00e9aliser (libre arbitre). C\u2019est l\u2019autonomie comme \u00ab\u00a0capacit\u00e9 de r\u00e9aliser le bien par soi-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<h3><span lang=\"FR\">L\u2019autonomie comme \u00ab\u00a0capacit\u00e9 d\u2019agir par soi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/span><\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">On suppose que le Dr Lossignol ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 cette compr\u00e9hension de l\u2019autonomie, puisque l\u2019acte d\u2019euthanasie est motiv\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019agir par soi-m\u00eame. Le malade n\u2019est pas \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb au sens o\u00f9 il doit faire ex\u00e9cuter sa d\u00e9cision par un tiers.<\/p>\n<h3>L\u2019autonomie comme \u00ab\u00a0capacit\u00e9 de d\u00e9cider pour soi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est la vision de l\u2019auteur de \u00ab\u00a0En notre \u00e2me et conscience\u00a0\u00bb. Elle inclut l\u2019id\u00e9e qu\u2019autrui ne peut m\u2019imposer ses r\u00e8gles, et donc d\u00e9cider pour moi.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de l\u2019euthanasie, cette d\u00e9finition butte sur une s\u00e9rie de contradictions\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">celui qui d\u00e9cide en derni\u00e8re instance de donner la mort n\u2019est pas le patient, mais le m\u00e9decin<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">ce dernier jouit aussi de son \u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb\u00a0: il d\u00e9cide pour lui, sans se laisser imposer les r\u00e8gles de l\u2019autre et certainement pas la r\u00e8gle du bien et du mal puisque <em>\u00ab\u00a0l\u2019euthanasie ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e en terme de <\/em>bien <em>ou de <\/em>mal<em>\u00a0\u00bb<\/em> (p. 87). Par ailleurs, on ne voit pas tr\u00e8s bien pourquoi il devrait se laisser imposer les crit\u00e8res d\u2019une loi comme celle qui d\u00e9p\u00e9nalise l\u2019euthanasie.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">on nous r\u00e9pondra que la loi tire sa l\u00e9gitimit\u00e9 du vote d\u00e9mocratique. Mais, dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 pr\u00e9vaut la r\u00e8gle de l\u2019\u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb, la loi sera vot\u00e9e par des individus qui se consid\u00e8rent chacun la norme pour eux-m\u00eames. Elle na\u00eetra donc d\u2019un consensus qui ne surgit pas d\u2019une recherche commune du bien, mais d\u2019un jeu de pouvoir entre \u00ab\u00a0autonomies\u00a0\u00bb individuelles o\u00f9 la force de la loi c\u00e8de le pas \u00e0 la loi du plus fort.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>L\u2019autonomie comme \u00ab\u00a0capacit\u00e9 de r\u00e9aliser le bien par soi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La conscience morale n\u2019est pas une pseudo-boussole, dont la seule propri\u00e9t\u00e9 serait de tourner par elle-m\u00eame dans toutes les directions. L\u2019autonomie ou la libert\u00e9 ne peuvent se r\u00e9duire \u00e0 pouvoir d\u00e9cider par soi-m\u00eame, car cette conception conduit \u00e0 une boucle autor\u00e9f\u00e9rentielle\u00a0: je pr\u00e9tends \u00e0 l\u2019euthanasie pour le simple motif que je suis en droit d\u2019y pr\u00e9tendre. Notre libert\u00e9 ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la revendication d\u2019\u00eatre libre.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">L\u2019exp\u00e9rience commune de l\u2019humanit\u00e9, \u00e0 travers le temps et l\u2019espace, r\u00e9v\u00e8le l\u2019existence d\u2019une vraie boussole dans la conscience humaine, qui nous indique le \u00ab\u00a0nord\u00a0\u00bb de l\u2019agir humain. Ce \u00ab\u00a0nord\u00a0\u00bb est appel\u00e9 classiquement \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Tout art et toute investigation, et pareillement toute action et tout choix tendent vers quelque bien, \u00e0 ce qu\u2019il semble. Aussi a-t-on d\u00e9clar\u00e9 avec raison que le Bien est ce \u00e0 quoi toutes choses tendent\u00a0\u00bb (Aristote).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">L\u2019homme est un \u00eatre moral, un \u00eatre qui a une boussole, un \u00eatre qui \u00ab\u00a0agit\u00a0\u00bb\u00a0: son action r\u00e9sulte d\u2019une autod\u00e9termination face au bien. L\u2019animal, par contre, \u00ab\u00a0est agi\u00a0\u00bb, si l\u2019on peut dire, par son instinct, ses pulsions, les lois physico-chimiques de son m\u00e9tabolisme. Affirmer que l\u2019homme est un \u00eatre moral n\u2019est pas un postulat de l\u2019intelligence, mais un constat, fruit d\u2019une exp\u00e9rience originaire, commune \u00e0 tous les hommes, quel que soit leur degr\u00e9 d\u2019intelligence.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">On objectera\u00a0: si seul le bien peut mobiliser notre volont\u00e9, pourquoi faisons-nous le mal\u00a0? Le mal moral est le fruit de la faiblesse ou de la malice, ou encore de l\u2019ignorance coupable, qui travestissent le mal en faux bien, pour qu\u2019il nous attire.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Selon cette conception classique, la libert\u00e9 ne r\u00e9side jamais dans l\u2019option pour le mal, qui est contradictoire. Elle r\u00e9side dans la capacit\u00e9 de discerner le vrai bien et de se d\u00e9terminer en sa faveur, ce qui suppose un apprentissage et un combat int\u00e9rieur. C\u2019est pourquoi la raison est cause de la libert\u00e9, car elle permet de discerner le \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb bien\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Vous conna\u00eetrez la v\u00e9rit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 vous rendra libres\u00a0\u00bb<\/em> (<em>Jn<\/em> 8, 32). A l\u2019inverse, faire le mal r\u00e9v\u00e8le une d\u00e9ficience de la libert\u00e9.<\/p>\n<h3>Justice et morale<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9 a toujours consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il y a une s\u00e9rie d\u2019actes qui sont immoraux, toujours et partout, et pour tous\u00a0: la torture, le viol, le mensonge, le vol, l\u2019inceste, le meurtre de l\u2019innocent, etc. Toutes les civilisations reconnaissent cette r\u00e9alit\u00e9, et les peuples qui les rejettent sont qualifi\u00e9s de barbares. A l\u2019inverse, l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9 civilis\u00e9e reconna\u00eet une s\u00e9rie de droits communs \u00e0 tous les hommes, tels qu\u2019ils ont par exemple \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9s dans la D\u00e9claration Universelle des Droits de l\u2019Homme en 1948.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Ce n\u2019est pas la loi qui fait la justice, mais la justice qui d\u00e9termine la loi. Si l\u2019apartheid a finalement \u00e9t\u00e9 abolie en Afrique du Sud, alors qu\u2019elle \u00e9tait l\u00e9gale, c\u2019est parce qu\u2019elle \u00e9tait fonci\u00e8rement injuste. Il en va de m\u00eame pour l\u2019esclavage et pour d\u2019autres comportements indignes de l\u2019homme.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">De m\u00eame, ce n\u2019est pas la justice qui fonde la morale, mais la morale qui sous-tend la justice. L\u2019homme est capable de discerner les notions de bien et de mal et de se d\u00e9terminer personnellement en faveur du bien (morale). Ces caract\u00e9ristiques fondent sa dignit\u00e9 et sous-tendent des droits et des devoirs fondamentaux que les lois ou les d\u00e9clarations internationales se chargent de codifier (justice l\u00e9gale).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, la justice n\u2019est pas r\u00e9duite \u00e0 un plan \u00ab\u00a0horizontal\u00a0\u00bb de r\u00e9gulation des \u00ab\u00a0autonomies\u00a0\u00bb individuelles. Elle poss\u00e8de un sens bien plus profond, un sens \u00ab\u00a0vertical\u00a0\u00bb qui confronte chaque homme \u00e0 sa conscience, et en d\u00e9finitive \u00e0 Dieu. C\u2019est ce qui explique le remords de conscience face \u00e0 certains actes qui ne l\u00e8sent apparemment personne.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Suffit-il de \u00ab\u00a0d\u00e9cider pour soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, sans que cela l\u00e8se autrui, pour que cet acte soit moral, et donc licite\u00a0? Qu\u2019il nous soit permis d\u2019en douter. Un acte priv\u00e9 et consenti de sadomasochisme (pour reprendre un exemple de l\u2019auteur), ou la pratique du \u00ab\u00a0voyeurisme\u00a0\u00bb, ou encore tous les actes strictement int\u00e9rieurs de haine, de ranc\u0153ur ou de jalousie \u2014\u00a0qui ne semblent faire de tort \u00e0 personne\u00a0\u2014 heurtent le sens moral, blessent la dignit\u00e9 de celui qui les commet et le corrompent int\u00e9rieurement. Car \u2014\u00a0faut-il le rappeler\u00a0?\u00a0\u2014 faire le mal rend mauvais, et le mauvais finit toujours par faire du mal aux autres (on con\u00e7oit difficilement qu\u2019un sadomasochiste en priv\u00e9 devienne une s\u0153ur de la charit\u00e9 en public&#8230;).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Selon Dominique Lossignol, le fait de \u00ab\u00a0d\u00e9cider pour soi-m\u00eame\u00a0\u00bb suffit \u00e0 l\u00e9gitimer le suicide. S\u2019il en est ainsi, nous ne pouvons rien faire pour emp\u00eacher cet acte, car ce serait une intromission dans la conscience du suicidaire, une atteinte \u00e0 sa dignit\u00e9, une tentative de lui imposer nos conceptions. Il faudrait peut-\u00eatre m\u00eame l\u2019applaudir pour son courage \u00e0 l\u2019heure d\u2019assumer ses propres d\u00e9cisions.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Dans le cas de l\u2019euthanasie, cette pratique pr\u00e9tendument priv\u00e9e poss\u00e8de une immense r\u00e9percussion publique\u00a0: la loi de d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019euthanasie bouleverse toute une soci\u00e9t\u00e9, en d\u00e9truisant l\u2019une de ses bases, qui est l\u2019interdit de tuer. La publicit\u00e9 faite \u00e0 l\u2019euthanasie de personnalit\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres ou \u00e0 des cas d\u2019euthanasie qui ne respectent en rien la loi, trouble les consciences. Que reste-t-il de la coh\u00e9sion sociale, si la loi permet \u00e0 l\u2019autre de me tuer\u00a0? Et pourquoi se limiter aux cas pr\u00e9vus par la loi, si c\u2019est la soi-disant autonomie qui pr\u00e9vaut\u00a0?<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La loi et la d\u00e9mocratie existent parce qu\u2019il y a des valeurs universelles qui les pr\u00e9c\u00e8dent et qui les fondent. L\u2019interdit de tuer est une exigence qui na\u00eet de la valeur fondamentale de l\u2019amour, dont le principe r\u00e9side dans une r\u00e9action d\u2019\u00e9merveillement qui fait dire\u00a0: \u00ab\u00a0Il est bien que tu sois\u00a0\u00bb. On ne sert jamais la dignit\u00e9 de l\u2019autre en lui disant\u00a0: \u00ab\u00a0Il vaut mieux que tu ne sois pas\u00a0\u00bb, m\u00eame si l\u2019autre, \u00e0 un certain moment et pour des raisons compr\u00e9hensibles, peut \u00eatre tent\u00e9 de ne plus \u00eatre.<\/p>\n<h3>Le n\u0153ud du probl\u00e8me<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Reconna\u00eetre qu\u2019il y a un bien qui me pr\u00e9c\u00e8de \u00e9voque une source de ce bien, qui est bien par lui-m\u00eame et bien sans limite, c\u2019est-\u00e0-dire le Bien absolu, \u00e0 savoir Dieu. Cette th\u00e8se est intol\u00e9rable pour une pens\u00e9e dite libre. Ce courant ne parvient pas \u00e0 d\u00e9passer l\u2019antagonisme autonomie-h\u00e9t\u00e9ronomie\u00a0: ou bien nous d\u00e9cidons pour nous-m\u00eames et nous sommes libres, ou bien une croyance d\u00e9cide pour nous, et nous sommes esclaves.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb pens\u00e9e ne per\u00e7oit pas que notre libert\u00e9 est une libert\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, une libert\u00e9 re\u00e7ue, inscrite dans une nature, qui nous incline au bien. Notre dignit\u00e9, c\u2019est d\u2019avoir une boussole et de la suivre, pas de la trafiquer. Cette \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb pens\u00e9e succombe \u00e0 la plus vieille des tentations, celle de vouloir s\u2019extraire de soi-m\u00eame, de sortir de sa propre nature humaine, d\u2019aller \u00e0 rebours de ses inclinations, pour se r\u00e9inventer et d\u00e9cider elle-m\u00eame du bien et du mal <em>(\u00ab\u00a0vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal\u00a0\u00bb<\/em> [<em>Gn <\/em>3, 5]).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0L\u2019autonomie\u00a0\u00bb absolue asservit la raison \u00e0 une pr\u00e9tention d\u2019auto-affirmation toute-puissante. Elle est un moloch qui d\u00e9pouille les mots de leur sens et broie les valeurs universelles lentement forg\u00e9es par la civilisation. Elle est un monstre d\u2019individualisme, qui atomise le tissu social \u2014\u00a0\u00ab\u00a0chacun (d\u00e9cide) pour soi\u00a0\u00bb\u00a0\u2014 et brise les liens de solidarit\u00e9. Elle ne conna\u00eet ni bien commun, ni compassion, car tout est r\u00e9duit au moi.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Tous les hommes \u2014\u00a0aussi les incroyants\u00a0\u2014 sont dot\u00e9s d\u2019une vraie boussole, au plus intime d\u2019eux-m\u00eames. Elle s\u2019appelle conscience morale. Elle signale le Bien. Elle n\u2019alt\u00e8re pas notre dignit\u00e9, mais la fonde, en faisant de nous des \u00eatres qui savent o\u00f9 il convient d\u2019aller, qui y vont parce qu\u2019ils le veulent et qui choisissent le chemin qu\u2019ils d\u00e9sirent pour l\u2019atteindre. Elle nous rend attentifs au bien des autres, nous unit et nous rend solidaires de tous les hommes de bonne volont\u00e9, qui s\u2019orientent avec la m\u00eame boussole, au-del\u00e0 des fronti\u00e8res des religions.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Nous ne pouvons agir \u00ab\u00a0en notre \u00e2me et conscience\u00a0\u00bb que si nous avons une \u00e2me et une conscience.<\/p>\n<p class=\"pied\">St\u00e9phane Seminckx est pr\u00eatre, Docteur en M\u00e9decine et en Th\u00e9ologie. R\u00e9f\u00e9rences du livre\u00a0: Dominique Lossignol, <span style=\"font-style: normal\">En notre \u00e2me et conscience<\/span>, Editions \u00ab\u00a0Espaces de libert\u00e9\u00a0\u00bb, Editions du Centre d\u2019Action La\u00efque, Bruxelles 2014<span style=\"font-style: normal\">. <\/span>L\u2019auteur est Chef de clinique \u00e0 l\u2019Institut Jules Bordet \u00e0 Bruxelles (ULB), o\u00f9 il dirige l\u2019unit\u00e9 des soins \u00ab\u00a0supportifs\u00a0\u00bb et dits palliatifs. Ce texte a subi une retouche le 24-9-15.<\/p>\n<p class=\"pied\" style=\"margin-bottom: 0pt\">A propos de ce sujet, le lecteur pourra tirer profit d\u2019autres articles de didoc\u00a0:<\/p>\n<ul class=\"pied\">\n<li>sur la culture et l\u2019\u00e9thique relativistes : <a href=\"https:\/\/didoc.be\/fr\/comprendre-le-monde-contemporain-8-10\/\">Comprendre le monde contemporain (8\/10)<\/a><\/li>\n<li>sur la loi naturelle : <a href=\"https:\/\/didoc.be\/fr\/a-la-recherche-dune-ethique-universelle\/\">A la recherche d&rsquo;une \u00e9thique universelle<\/a><\/li>\n<li>sur les absolus moraux : <a href=\"https:\/\/didoc.be\/fr\/y-a-t-il-des-absolus-moraux\/\">Y a-t-il des absolus moraux?<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"pied\">Les personnes int\u00e9ress\u00e9es trouveront <a href=\"#Lossignol\">ici<\/a> un r\u00e9sum\u00e9 du livre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt\"><a name=\"Lossignol\"><\/a>Dominique Lossignol, <em>En notre \u00e2me et conscience<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt\"><strong>Editions \u00ab\u00a0Espaces de libert\u00e9\u00a0\u00bb, Editions du Centre d\u2019Action La\u00efque, Bruxelles 2014<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"Auteurdidoc\"><strong>St\u00e9phane Seminckx<\/strong><\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Dans \u00ab\u00a0En notre \u00e2me et conscience\u00a0\u00bb, Dominique Lossignol se propose de r\u00e9pondre aux opposants \u00e0 l\u2019euthanasie. Pour lui, <em>\u00ab\u00a0s\u2019il existe des d\u00e9rives <\/em>[dans la pratique de l\u2019euthanasie]<em>, elles sont surtout le fait des opposants qui ne savent plus tr\u00e8s bien par quels moyens emp\u00eacher cette ouverture citoyenne qui permet \u00e0 chacun de d\u00e9cider pour lui-m\u00eame (\u2026)\u00a0\u00bb<\/em> (p. 7).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Libert\u00e9 et conscience<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Le livre compte cinq chapitres. Le premier se propose d\u2019analyser les notions de libert\u00e9 et de conscience. Le lecteur cherchera en vain des d\u00e9finitions claires et rigoureuses. Au milieu de consid\u00e9rations diverses, on pourrait peut-\u00eatre retenir cette \u00ab\u00a0d\u00e9finition\u00a0\u00bb de la libert\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La libert\u00e9 est ce que nous devons vouloir respecter chez les autres, en luttant contre la tension qui existe entre le fait de vouloir imposer nos r\u00e8gles et en m\u00eame temps de se d\u00e9sint\u00e9resser de ce que les autres font, d\u00e8s lors qu\u2019ils n\u2019interf\u00e8rent pas avec notre libert\u00e9, quand bien m\u00eame leurs comportements n\u2019entrent pas dans le syst\u00e8me de valeurs que nous avons choisi et que nous respectons\u00a0\u00bb<\/em> (p. 13).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La libert\u00e9 est donc quelque chose (<em>\u00ab\u00a0ce que\u2026\u00a0\u00bb<\/em>). Elle est une chose <em>\u00ab\u00a0que nous devons vouloir\u00a0\u00bb<\/em> respecter chez autrui. Cette chose emp\u00eache d\u2019imposer des r\u00e8gles aux autres et, quoi qu\u2019on fasse, elle est sauve si on n\u2019interf\u00e8re pas avec la m\u00eame chose qu\u2019on doit vouloir respecter chez autrui. (sur ce dernier point, l\u2019auteur cite l\u2019exemple du sadomasochisme pratiqu\u00e9 en priv\u00e9 entre personnes majeures et consentantes, qui, selon lui, dans ces conditions, n\u2019est pas condamnable). Cependant, si nous <em>\u00ab\u00a0<span style=\"text-decoration: underline\">devons<\/span> vouloir respecter chez les autres\u00a0<\/em>\u00bb, n\u2019est-ce pas l\u00e0 tomber dans la tentation <em>\u00ab\u00a0de vouloir imposer nos r\u00e8gles\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 la conscience, sur un plan dit philosophique, elle est <em>\u00ab\u00a0la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre conscient de sa propre existence, de sa personnalit\u00e9 propre, de ses propres actes et pens\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em> (p. 15). Un peu plus loin, elle est d\u00e9finie comme <em>\u00ab\u00a0la capacit\u00e9 de d\u00e9cider pour soi\u00a0\u00bb<\/em> qui ne peut s\u2019exprimer que par le langage. Selon cette approche, la conscience est circonscrite \u00e0 une facult\u00e9 psychologique. Elle ne poss\u00e8de aucune dimension morale et ne se r\u00e9f\u00e8re donc en rien aux notions de bien et de mal.<\/p>\n<h3>Dignit\u00e9, morale, autonomie et autod\u00e9termination<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Ce second chapitre commence par une d\u00e9claration de principe qu\u2019il nous semble important de citer <em>in extenso\u00a0<\/em>: <em>\u00ab\u00a0Bien qu\u2019aucun m\u00e9decin ne soit oblig\u00e9 de pratiquer une euthanasie, mettre la personne qui la demande dans une impasse revient \u00e0 attenter au respect de cette personne et \u00e0 son autonomie, l\u2019\u201cinstrumentaliser\u201d au nom de sa propre morale, de sa propre conscience, \u00e0 \u201cnier\u201d la dignit\u00e9 de la personne. Cet argument est \u00e0 mon sens fondamental pour que l\u2019on consid\u00e8re l\u2019acte d\u2019euthanasie, non seulement comme un geste respectueux, empli d\u2019humanit\u00e9, mais \u00e9galement comme reconnaissance de la dignit\u00e9 du patient.\u00a0\u00bb<\/em> (p. 22).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Qu\u2019entend le Dr Lossignol par le mot \u00ab\u00a0dignit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Il reconna\u00eet que c\u2019est un terme difficile \u00e0 cerner. Il situe cette notion dans ce que l\u2019homme \u00ab\u00a0est\u00a0\u00bb, plut\u00f4t que dans ce qu\u2019il \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0subit\u00a0\u00bb. Etant de l\u2019ordre de l\u2019\u00eatre, elle ne peut \u00eatre perdue, elle pr\u00e9sente un caract\u00e8re absolu, inconditionnel et ne peut \u00eatre bless\u00e9e que par l\u2019atteinte \u00e0 ce qui en d\u00e9coule\u00a0: l\u2019autonomie, m\u00eame si, ici et maintenant, le patient a perdu cette autonomie (par ex., lorsqu\u2019il est d\u00e9ment ou en coma). C\u2019est pourquoi <em>\u00ab\u00a0le caract\u00e8re inconditionnel de la dignit\u00e9 <\/em>[entendez\u00a0: de ce qui en d\u00e9coule, \u00e0 savoir l\u2019autonomie]<em>,<\/em> <em>est ce qui permet de fonder la demande d\u2019euthanasie\u00a0\u00bb<\/em> (p. 25). La dignit\u00e9 s\u2019exprime aussi dans le fait que la vie humaine <em>\u00ab\u00a0n\u2019a que la valeur que l\u2019individu lui conf\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em> (p. 26). En pratique, dans ce discours, dignit\u00e9 et autonomie se confondent.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Respecter l\u2019autonomie individuelle, c\u2019est respecter le fondement du consentement libre et \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>(p. 26). Le patient doit avoir le dernier mot. C\u2019est lui, et lui seul, qui pr\u00e9cise <em>\u00ab\u00a0ses conceptions d\u2019une existence valable en ce qui concerne son corps et son maintien en vie\u00a0\u00bb<\/em> (p. 28). Le m\u00e9pris de cette autonomie constitue, dans le chef du m\u00e9decin, un manque de compassion (ce qui est un peu confus sur le plan logique, car la compassion [<em>cum pati<\/em>] \u00e9tant la capacit\u00e9 de partager la souffrance d\u2019autrui, on comprend mal comment le fait de donner la mort \u00e0 l\u2019autre favorise la compassion).<\/p>\n<h3>Clause de conscience<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Ce chapitre commence par une discussion sur la r\u00e9gulation <em>a priori <\/em>ou <em>a posteriori<\/em> de l\u2019acte euthanasique. Le Dr Lossignol est un fervent partisan de la deuxi\u00e8me option, retenue par la loi belge de d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019euthanasie. Selon lui, cette option respecte tant le caract\u00e8re souverain de la d\u00e9cision pr\u00e9cise par le patient et son m\u00e9decin que la relation de confiance instaur\u00e9e entre eux. Elle \u00e9vite la \u00ab\u00a0tribunalisation\u00a0\u00bb de l\u2019acte, qui ajouterait un <em>\u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ment normatif suppl\u00e9mentaire\u00a0\u00bb<\/em> (p. 30). De toute fa\u00e7on, <em>\u00ab\u00a0s\u2019il n\u2019y a pas de contr\u00f4le juridique <\/em>a priori<em>, le \u201ccontr\u00f4le\u201d \u00e9thique, soci\u00e9tal et moral est effectif de par le fait m\u00eame de la transparence de la proc\u00e9dure en amont\u00a0\u00bb <\/em>(note 19, p. 30).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">L\u2019auteur analyse ensuite la pr\u00e9tention de reconna\u00eetre une clause de conscience \u00ab\u00a0institutionnelle\u00a0\u00bb (la possibilit\u00e9, par ex. pour une institution hospitali\u00e8re ou un home, de s\u2019opposer par principe au geste euthanasique). Il la d\u00e9nonce comme une nouvelle tentative de r\u00e9gulation <em>a priori<\/em> et comme <em>\u00ab\u00a0la d\u00e9monstration que m\u00eame au sein d\u2019un \u00e9tat de droit, une loi d\u00e9mocratique peut \u00eatre contourn\u00e9e sans trop de scrupules\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Mais qu\u2019est-ce que la clause de conscience individuelle\u00a0? <em>\u00ab\u00a0Pour un catholique, la libert\u00e9 de conscience repr\u00e9sente essentiellement la v\u00e9rit\u00e9 de la foi, ce qui en d\u2019autres termes signifie que la croyance l\u2019emporte sur la connaissance\u00a0\u00bb<\/em> (p. 34). Cette d\u00e9finition met le catholique d\u2019embl\u00e9e en porte \u00e0 faux avec l\u2019exigence de <em>\u00ab\u00a0respecter la libert\u00e9 de conscience d\u2019autrui quand bien m\u00eame ses croyances ou valeurs pourraient \u201cheurter, choquer ou inqui\u00e9ter\u201d\u00a0\u00bb <\/em>(p. 34).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La seule clause de conscience reconnue par Dominique Lossignol est celle qui est invoqu\u00e9e quand une demande d\u2019euthanasie ne respecte pas les termes de la loi. Pour arriver \u00e0 cette conclusion, l\u2019auteur passe par une s\u00e9rie de consid\u00e9rations telles que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0le principe du respect absolu du caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie n\u2019est pas soutenable\u00a0\u00bb<\/em>, car il faudrait alors interdire les m\u00e9tiers \u00e0 risque et les sports dangereux (p. 36) (l\u2019auteur semble m\u00e9conna\u00eetre la diff\u00e9rence entre donner la mort et risquer sa vie, ce dernier geste pouvant se justifier \u2014\u00a0et m\u00eame relever de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme\u00a0\u2014 dans certaines circonstances)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">il n\u2019est pas pertinent de s\u2019interroger sur la distinction morale entre \u00ab\u00a0laisser mourir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0faire mourir\u00a0\u00bb, puisque ce qui importe au patient, c\u2019est de mourir (p. 37) (ce raisonnement contredit l\u2019adage largement reconnu que \u00ab\u00a0la fin ne justifie pas les moyens\u00a0\u00bb)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">la souffrance du patient a plus de poids que les valeurs morales du soignant (pp. 40-41) (et que dire de la souffrance d\u2019un acteur de la sant\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019agir contre sa conscience\u00a0?)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">le m\u00e9decin ne peut s\u2019opposer par principe \u00e0 l\u2019euthanasie, tout en d\u00e9l\u00e9guant le probl\u00e8me \u00e0 d\u2019autres, plut\u00f4t que de l\u2019assumer pleinement\u00a0: ce serait manquer \u00e0 sa responsabilit\u00e9 (p. 39)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">il est <em>\u00ab\u00a0inqui\u00e9tant\u00a0\u00bb<\/em> que des convictions religieuses interviennent dans le processus d\u00e9cisionnel d\u2019un m\u00e9decin (p. 39)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">la clause de conscience institutionnelle est un int\u00e9grisme, puisqu\u2019elle impose aux membres d\u2019une communaut\u00e9 ou d\u2019une institution une \u00ab\u00a0pens\u00e9e unique\u00a0\u00bb, n\u00e9gation de la libert\u00e9 de conscience individuelle, de la libert\u00e9 th\u00e9rapeutique et du sens moral, pour ensuite l\u2019imposer \u00e0 ceux qui font appel \u00e0 cette institution. Selon l\u2019auteur, c\u2019est la position du clerg\u00e9 et constitue une menace pour un \u00e9tat la\u00efque (pp. 41-42 et 44). Cette m\u00eame clause revient \u00e0 une <em>\u00ab\u00a0prise d\u2019otage\u00a0\u00bb<\/em> (p. 50) et \u00e0 un <em>\u00ab\u00a0d\u00e9ni de l\u2019\u00e9quit\u00e9 qui va \u00e0 l\u2019encontre du principe m\u00eame de justice\u00a0\u00bb<\/em>, selon la th\u00e9orie de la justice de John Rawls (p. 50) (signalons que la Cour Supr\u00eame des Etats-Unis [qui n\u2019est pas contr\u00f4l\u00e9e par le clerg\u00e9] n\u2019est pas du m\u00eame avis puisque, le 30-6-14, elle a reconnu une clause de conscience institutionnelle pour deux entreprises qui refusaient une disposition de l\u2019<em>Obamacare<\/em>, \u00e0 savoir l\u2019obligation, sous peine de fortes amendes, d\u2019offrir \u00e0 leurs employ\u00e9s une assurance maladie couvrant le financement de certains contraceptifs [cas <em>Burwell v Hobby Lobby Stores<\/em>])<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019euthanasie refl\u00e8te l\u2019\u00e9volution des choses (mais alors pourquoi ne pas tenir en compte la plus grande \u00e9volution dans ce domaine, \u00e0 savoir les formidables progr\u00e8s de la m\u00e9decine dans la lutte contre la douleur\u00a0?)<\/li>\n<\/ul>\n<h3>\u00ab\u00a0L\u2019euthanasie n\u2019est ni une exception ni une transgression \u00e9thique\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Le chapitre 4 \u00e9voque le rapport de l\u2019Institut Europ\u00e9en de Bio\u00e9thique (IEB) sur dix ans de pratique de l\u2019euthanasie en Belgique, publi\u00e9 en 2012 (r\u00e9sum\u00e9 <a href=\"https:\/\/didoc.be\/fr\/dix-ans-deuthanasie-un-heureux-anniversaire\/\">ici<\/a>). Curieusement, le commentaire se limite \u00e0 une r\u00e9probation g\u00e9n\u00e9rale et \u00e0 une attaque <em>ad hominem<\/em> (p. 53), mais ne r\u00e9pond pas aux faits assez interpellants mis en lumi\u00e8re par ce rapport.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, le Dr Lossignol critique durement l\u2019avis du Comit\u00e9 Consultatif National d\u2019Ethique (CCNE), en France, publi\u00e9 en 2013, et qui se caract\u00e9rise, selon lui, par le <em>\u00ab\u00a0manque d\u2019objectivit\u00e9, l\u2019esprit partisan et hypocrite\u00a0\u00bb<\/em> (p. 55) (cf. un autre article publi\u00e9 <a href=\"https:\/\/didoc.be\/fr\/mourir-dans-la-dignite\/\">ici<\/a>)<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">L\u2019auteur \u00e9num\u00e8re ensuite 17 arguments des opposants \u00e0 l\u2019euthanasie et y r\u00e9pond. Pour \u00eatre brefs, nous nous limiterons ici \u00e0 quelques passages\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">l\u2019adage \u00ab\u00a0Tu ne tueras pas\u00a0\u00bb <em>\u00ab\u00a0convainc fort peu\u00a0\u00bb<\/em>, car il n\u2019a jamais emp\u00each\u00e9 quiconque de tuer son prochain (p. 61)\u00a0; pourtant, \u00e0 la page 67, parlant de la loi de d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019euthanasie, dont les dispositions sont viol\u00e9es par certains, l\u2019auteur \u00e9crira\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Que des personnes ne respectent pas loi ne signifie pas que cette derni\u00e8re est inad\u00e9quate\u00a0\u00bb<\/em><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">l\u2019argument de la \u00ab\u00a0pente glissante\u00a0\u00bb (selon lequel, une fois l\u2019euthanasie permise, sa pratique se r\u00e9pandra sans possibilit\u00e9 de contr\u00f4le) est contraire \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience belge qui <em>\u00ab\u00a0d\u00e9montre qu\u2019il n\u2019y a pas de pente et que rien ne glisse\u00a0\u00bb <\/em>(p. 61)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">le terme \u00ab\u00a0tuer\u00a0\u00bb ne s\u2019applique pas \u00e0 l\u2019euthanasie\u00a0: on ne peut pas l\u2019employer dans ce contexte, car il est <em>\u00ab\u00a0charg\u00e9 de sens\u00a0\u00bb<\/em> (p. 61 et 62) (c\u2019est bien l\u00e0 le probl\u00e8me\u2026)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">le serment d\u2019Hippocrate est d\u00e9pass\u00e9 par la m\u00e9decine moderne et doit \u00eatre actualis\u00e9 (pp. 61-62)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Etre en vie est un engagement non souscrit et d\u00e8s lors, pouvoir choisir sa mort est en quelque sorte une fa\u00e7on de se d\u00e9gager de cela. C\u2019est une fa\u00e7on d\u2019assumer sa libert\u00e9. Il n\u2019y a de ce fait aucune raison morale intangible qui puisse contredire ce choix\u00a0\u00bb<\/em> (pp. 65-66).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Exercices de pens\u00e9e morale (et fin de vie)<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Dans ce dernier chapitre, le Dr Lossignol \u00e9tudie le principe des actions \u00e0 double effet \u2014\u00a0qu\u2019il ne comprend pas\u00a0\u2014 et l\u2019applique \u00e0 la s\u00e9dation palliative \u2014\u00a0avec laquelle il n\u2019a rien \u00e0 voir. Il entend \u00e9galement d\u00e9montrer, au moyen d\u2019un test aupr\u00e8s de personnes confront\u00e9es \u00e0 un dilemme, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019absolus moraux puisque le jugement moral peut \u00eatre influenc\u00e9 par l\u2019\u00e9motion (ce raisonnement ne fait que rappeler une \u00e9vidence et fournir un argument contre l\u2019euthanasie, car le fait d\u2019\u00e9voquer la mort ou d\u2019y \u00eatre confront\u00e9 suscite une \u00e9motion qui peut alt\u00e9rer un jugement moral sain). Par ailleurs, il pr\u00e9tend tirer de ce m\u00eame exercice le constat que le cadre l\u00e9gal belge, qui autorise l\u2019euthanasie, <em>\u00ab\u00a0encourage la responsabilisation du soignant\u00a0\u00bb <\/em>(p. 82), puisqu\u2019il lui fait pr\u00e9f\u00e9rer largement l\u2019euthanasie \u00e0 la s\u00e9dation palliative ou au refus d\u2019euthanasier (qui sont donc assimil\u00e9s \u00e0 des manques de responsabilit\u00e9).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Mais, selon la conclusion, <em>\u00ab\u00a0l\u2019euthanasie ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e en termes de <\/em>bien <em>ou de <\/em>mal<em>, de <\/em>moral<em> ou d\u2019<\/em>immoral<em> mais en terme de ce qui est juste, tant pour l\u2019individu que pour la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> (p. 87).<\/p>\n<p class=\"pied\">St\u00e9phane Seminckx est pr\u00eatre, Docteur en M\u00e9decine et en Th\u00e9ologie. R\u00e9f\u00e9rences du livre\u00a0: Dominique Lossignol, <span style=\"font-style: normal\">En notre \u00e2me et conscience<\/span>, Editions \u00ab\u00a0Espaces de libert\u00e9\u00a0\u00bb, Editions du Centre d\u2019Action La\u00efque, Bruxelles 2014<span style=\"font-style: normal\">. <\/span>L\u2019auteur est Chef de clinique \u00e0 l\u2019Institut Jules Bordet \u00e0 Bruxelles (ULB), o\u00f9 il dirige l\u2019unit\u00e9 des soins \u00ab\u00a0supportifs\u00a0\u00bb et dits palliatifs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"intro\">&nbsp;<\/p>\n<p class=\"intro\">Dans tout d\u00e9bat, il importe de bien comprendre la position de l\u2019interlocuteur. Dans le cas de l\u2019euthanasie, la lecture du livre du Dr Dominique Lossignol, \u00ab&nbsp;En notre \u00e2me et conscience&nbsp;\u00bb, est \u00e9clairante.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5488,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[71,69],"tags":[224,147,170],"class_list":["post-2180","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bioethique","category-recension-livre","tag-autonomie","tag-euthanasie","tag-liberte"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2180","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2180"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2180\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5488"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2180"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2180"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2180"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}