{"id":2163,"date":"2014-04-05T13:29:00","date_gmt":"2014-04-05T11:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/comprendre-le-monde-contemporain-5-10\/"},"modified":"2025-04-16T10:51:47","modified_gmt":"2025-04-16T08:51:47","slug":"comprendre-le-monde-contemporain-5-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/comprendre-le-monde-contemporain-5-10\/","title":{"rendered":"Comprendre le monde contemporain (5\/10)"},"content":{"rendered":"<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Tout homme cherche des r\u00e9ponses aux questions essentielles de l\u2019existence. Au risque de vivre dans l\u2019angoisse, il veut savoir d\u2019o\u00f9 il vient, o\u00f9 il va, et quel sens donner au temps qui passe, quelle direction suivre sur le chemin de l\u2019existence.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Les penseurs de la postmodernit\u00e9 remettent en cause le cadre classique h\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne\u00a0: la cr\u00e9ation, l\u2019irruption de Dieu dans le temps, notre destin\u00e9e \u00e9ternelle. A sa place, ils proposent une acceptation r\u00e9sign\u00e9e du pr\u00e9sent, qui n\u2019ouvre aucune perspective et s\u00e8me les germes du d\u00e9sespoir.<\/p>\n<h3>1. La compr\u00e9hension chr\u00e9tienne de l\u2019histoire<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 cette vision nihiliste, le christianisme proclame que seul Dieu donne un sens \u00e0 l\u2019histoire. D\u00e9j\u00e0, le monde juif, celui de l\u2019Ancien Testament, proposait une histoire qui a son origine en Dieu et qui s\u2019achemine vers une pl\u00e9nitude qui co\u00efncide avec la venue du Messie.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Pour saint Paul, cette pl\u00e9nitude, qui co\u00efncide avec la naissance du Fils de Dieu, est aussi \u00ab\u00a0pl\u00e9nitude du temps\u00a0\u00bb, que Jean-Paul II commente ainsi\u00a0: <em>\u00ab\u00a0En r\u00e9alit\u00e9, le temps s\u2019est accompli par le fait m\u00eame que Dieu, par l\u2019Incarnation, s\u2019est introduit dans l\u2019histoire de l\u2019homme. L\u2019\u00e9ternit\u00e9 est entr\u00e9e dans le temps\u00a0: peut-il y avoir un \u201caccomplissement\u201d plus grand que celui-l\u00e0\u00a0? Peut-il m\u00eame y avoir un autre \u201caccomplissement\u201d\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> (Lettre apostolique <em>Tertio Millenio adveniente, <\/em>10-11-94, n. 9). La \u00ab\u00a0pl\u00e9nitude du temps\u00a0\u00bb n\u2019est pas un simple moment favorable sur la ligne de l\u2019histoire\u00a0: elle est l\u2019Eternel Lui-m\u00eame qui vient racheter notre temps en lui donnant sa pl\u00e9nitude, sa dimension \u00e9ternelle.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Le temps pr\u00e9sente un paradoxe\u00a0: le temps que je pr\u00e9tends poss\u00e9der m\u2019\u00e9chappe continuellement, comme les grains du sablier qui s\u2019\u00e9coulent inexorablement. La vocation chr\u00e9tienne nous situe dans un temps v\u00e9cu dans le Christ, dans l\u2019Eternel. Ce temps n\u2019est plus rong\u00e9 par la finitude terrestre\u00a0: il devient un <em>\u00ab\u00a0tr\u00e9sor accumul\u00e9 dans le ciel\u00a0\u00bb <\/em>(cf. <em>Mt <\/em>6, 20). C\u2019est tout le sens de l\u2019esp\u00e9rance chr\u00e9tienne, qui poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0, bien qu\u2019imparfaitement, ce qu\u2019elle esp\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Notre vie se situe dans le temps qui nous est offert pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019amour de Dieu, ou le refuser, un temps de pr\u00e9paration et d\u2019\u00e9preuve, en vue de la seconde venue du Christ. L\u2019Eglise, dans l\u2019histoire, est le signe et le sacrement du salut (c\u2019est-\u00e0-dire le signe qui rend ce salut effectif).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La \u00ab\u00a0fin des temps\u00a0\u00bb verra le bien triompher pleinement sur le mal. Elle comblera notre absolu d\u2019esp\u00e9rance, transcendant toutes nos esp\u00e9rances relatives, purement terrestres.<\/p>\n<h3>2. L\u2019articulation de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 et de l\u2019histoire du salut<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La parabole du bon grain et de l\u2019ivraie peut nous \u00e9clairer. Aux serviteurs qui proposent d\u2019arracher d\u2019embl\u00e9e l\u2019ivraie, sem\u00e9e par l\u2019ennemi, le ma\u00eetre de maison r\u00e9pond\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Laissez cro\u00eetre ensemble l\u2019un et l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs\u00a0: \u201cRamassez d\u2019abord l\u2019ivraie, et liez-la en bottes pour la br\u00fbler\u00a0; quant au froment, amassez-le dans mon grenier.\u201d\u00a0\u00bb<\/em> (<em>Mt <\/em>13, 30).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\">Cette parabole \u00e9voque les consid\u00e9rations suivantes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">nous sommes les v\u00e9ritables acteurs de notre vie et de l\u2019histoire (c\u2019est nous qui semons et r\u00e9coltons)\u00a0; notre libert\u00e9 et notre responsabilit\u00e9 personnelles sont effectives<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">la vie humaine et l\u2019histoire sont marqu\u00e9es par le progr\u00e8s et les crises, par la lutte du bien et du mal\u00a0; il est bon et l\u00e9gitime de mener une bataille pacifique pour le progr\u00e8s et le bien\u00a0; ce combat contribue \u00e0 notre propre ach\u00e8vement, dans le Christ<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">mais nous ne pouvons pr\u00e9tendre instaurer le paradis sur terre (comme dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie du \u00ab\u00a0mill\u00e9narisme\u00a0\u00bb)\u00a0: c\u2019est une illusion, car la fin de l\u2019histoire humaine ne se situe pas \u00ab\u00a0dans\u00a0\u00bb cette histoire. Jusqu\u2019\u00e0 la fin, il y aura de l\u2019ivraie<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">l\u2019histoire s\u2019achemine vers l\u2019\u00e9ternit\u00e9, o\u00f9 le ma\u00eetre fera la r\u00e9colte et s\u00e9parera le bon grain de l\u2019ivraie, image du jugement dernier o\u00f9 les bons seront r\u00e9compens\u00e9s et les m\u00e9chants punis. Nous sommes destin\u00e9s \u00e0 une pl\u00e9nitude de bonheur, mais dans le \u00ab\u00a0grenier\u00a0\u00bb du ma\u00eetre de maison, c\u2019est-\u00e0-dire le ciel\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tu nous as fait, Seigneur, pour toi, et notre c\u0153ur est inquiet jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il repose en toi\u00a0\u00bb<\/em> (St Augustin, <em>Confessions<\/em>, 1, 1).<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">En d\u2019autres mots, l\u2019histoire humaine et l\u2019histoire du salut s\u2019entrecroisent, mais sans se confondre.<\/p>\n<h3>3. Comment expliquer la r\u00e9alit\u00e9 du mal\u00a0?<\/h3>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La question pr\u00e9cise est la suivante\u00a0: comment concilier l\u2019affirmation d\u2019un Dieu qui est bon avec la r\u00e9alit\u00e9 des catastrophes naturelles, des maladies et de la mort, des injustices, etc.\u00a0?<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">La pens\u00e9e humaine, confront\u00e9e \u00e0 ce probl\u00e8me depuis toujours, a \u00e9labor\u00e9 diverses solutions. Le bouddhisme, par exemple, propose de se soustraire \u00e0 l\u2019\u00eatre, et donc, \u00e0 la souffrance. Certains philosophes, comme Spinoza, tentent de noyer le mal dans une conception universelle qui tend \u00e0 le rendre insignifiant. D\u2019autres nient l\u2019existence de Dieu ou le r\u00e9duisent \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 impersonnelle (la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9 ultime\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se nous r\u00e9v\u00e8le l\u2019existence d\u2019un Dieu cr\u00e9ateur qui vit <em>\u00ab\u00a0tout ce qu\u2019il avait fait, et voici cela \u00e9tait tr\u00e8s bon\u00a0\u00bb<\/em> (1, 31). C\u2019est l\u2019\u00eatre humain, tout entier contenu en Adam, comme en un germe, qui a fait mauvais usage de sa libert\u00e9, perturbant l\u2019ordre initial voulu par le Cr\u00e9ateur. Mais Dieu n\u2019abandonne pas sa cr\u00e9ature et promet d\u2019embl\u00e9e un Sauveur.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">Ce r\u00e9cit est un myst\u00e8re, comme la r\u00e9alit\u00e9 du mal, du reste. Il nous co\u00fbte de comprendre que nous partagions la culpabilit\u00e9 d\u2019Adam. Mais ce dernier n\u2019\u00e9tait que \u00ab\u00a0<em>la figure de celui qui devait venir\u00a0\u00bb<\/em> (<em>Rm<\/em> 5, 14). Si nous ne partageons pas sa culpabilit\u00e9, nous ne pourrions pas partager non plus les m\u00e9rites du nouvel Adam, le Christ\u00a0: <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Ainsi donc, comme par la faute d\u2019un seul la condamnation est venue sur tous les hommes, ainsi par la justice d\u2019un seul vient \u00e0 tous les hommes la justification qui donne la vie\u00a0\u00bb<\/em> (<em>Rm <\/em>5, 18).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans la douleur \u2014\u00a0en portant sur ses \u00e9paules la souffrance de toute l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u2014 que le Christ a sauv\u00e9 l\u2019humanit\u00e9. Et il l\u2019a sauv\u00e9e en r\u00e9v\u00e9lant un Amour d\u2019une telle force \u2014\u00a0force divine\u00a0\u2014 qu\u2019il a vaincu la mort, arch\u00e9type du mal. A la Pentec\u00f4te, le Christ nous a envoy\u00e9 son Esprit, qui nous fait participer de son triomphe sur le mal.<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">D\u00e9sormais, la souffrance \u2014\u00a0qui fait toujours partie int\u00e9grante de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u2014 poss\u00e8de un sens, une force de salut, un pouvoir de r\u00e9demption. Cette affirmation, qui d\u00e9fie l\u2019imagination humaine, se trouve au c\u0153ur du message que le Christ nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9\u00a0<em>: \u00ab\u00a0Les Juifs exigent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse\u00a0; nous, nous pr\u00eachons un Christ crucifi\u00e9, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, mais pour ceux qui sont appel\u00e9s, soit Juifs, soit Grecs, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui serait folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et ce qui serait faiblesse de Dieu est plus fort que la force des hommes\u00a0\u00bb<\/em> (<em>1 Co<\/em> 1, 22-25).<\/p>\n<p class=\"corpstextedidoc\" style=\"text-align: justify\">L\u00e0 o\u00f9 notre sagesse humaine ne voit que myst\u00e8re et contradiction, la foi chr\u00e9tienne offre une synth\u00e8se admirable entre le temps et l\u2019\u00e9ternit\u00e9, entre le d\u00e9but et la fin, entre la r\u00e9alit\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9 et l\u2019action de la gr\u00e2ce.<\/p>\n<p class=\"pied\"><em>St\u00e9phane Seminckx est pr\u00eatre, Docteur en M\u00e9decine et en Th\u00e9ologie.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><span class=\"intro\">\u00ab&nbsp;Le sens de l\u2019histoire&nbsp;\u00bb est le cinqui\u00e8me d\u2019une s\u00e9rie de dix articles. Dans ces textes, diff\u00e9rents auteurs tentent une r\u00e9flexion sur les id\u00e9es qui configurent le monde actuel de la philosophie, de la science et de la culture, sur les principes qui orientent aujourd\u2019hui notre mani\u00e8re de voir et d\u2019agir. Ils s\u2019interrogent aussi sur les atouts et les d\u00e9fis du message chr\u00e9tien dans une culture postmoderne.<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":7099,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[70,67,66],"tags":[422,423],"class_list":["post-2163","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-eglise","category-foi","category-societe","tag-histoire","tag-providence"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2163","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2163"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2163\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7101,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2163\/revisions\/7101"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7099"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2163"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2163"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2163"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}