{"id":2135,"date":"2009-10-21T11:16:21","date_gmt":"2009-10-21T09:16:21","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/evolution-et-creation\/"},"modified":"2024-01-30T11:35:14","modified_gmt":"2024-01-30T10:35:14","slug":"evolution-et-creation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/evolution-et-creation\/","title":{"rendered":"Evolution et Cr\u00e9ation"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">On a souvent l&rsquo;impression que ce d\u00e9bat est le lieu d&rsquo;une grande confusion. Ce qui est arriv\u00e9 aux programmes d&rsquo;enseignement scientifique dans les \u00e9coles italiennes est bien le signe d&rsquo;une telle d\u00e9sorientation, due \u00e0 une connaissance inad\u00e9quate du probl\u00e8me\u00a0: la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 invalid\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 par la suite r\u00e9introduite dans l&rsquo;enseignement. Autre fait significatif\u00a0: la conclusion rendue le mois dernier par le juge f\u00e9d\u00e9ral de Pennsylvanie, selon laquelle l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00ab\u00a0dessein intelligent\u00a0\u00bb (l&rsquo; <em>Intelligent Design,<\/em> version moderne d&rsquo;un cr\u00e9ationnisme scientifique fond\u00e9 sur l&rsquo;interpr\u00e9tation litt\u00e9rale de la Gen\u00e8se ) ne saurait constituer une alternative \u00e0 la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution dans l&rsquo;enseignement scientifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur cette question, le magist\u00e8re de l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;est exprim\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s claire et tr\u00e8s ouverte en de multiples occasions, notamment durant le pontificat de Jean-Paul II. R\u00e9cemment, en 2004, la Commission th\u00e9ologique internationale a publi\u00e9, avec l&rsquo;approbation du cardinal Ratzinger, un document intitul\u00e9 <em>Communion et service. La personne humaine cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&rsquo;image de Dieu.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine scientifique, la th\u00e8se de l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces constitue la cl\u00e9 interpr\u00e9tative de l&rsquo;histoire de la vie sur terre, l&rsquo;arri\u00e8re-plan culturel de la biologie moderne. On s&rsquo;accorde \u00e0 dire que la vie est apparue sur terre en milieu aquatique, il y a 3,5 \u00e0 4 milliards d&rsquo;ann\u00e9es, avec des \u00eatres unicellulaires, les procaryotes, d\u00e9pourvus d&rsquo;un vrai noyau. Ceux-ci n&rsquo;ont, pendant longtemps, connu aucun changement, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;apparaissent les premiers eucaryotes (unicellulaires pourvus d&rsquo;un noyau), il y a de cela deux milliards d&rsquo;ann\u00e9es, dans les eaux qui recouvraient la plan\u00e8te. L&rsquo;apparition des \u00eatres pluricellulaires est survenue beaucoup plus tard, il y a un milliard d&rsquo;ann\u00e9es. Le mouvement \u00e9volutif, \u00e0 cette p\u00e9riode, se d\u00e9veloppe encore lentement et n&rsquo;est pas g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. C&rsquo;est seulement \u00e0 l&rsquo;\u00e8re cambrienne, entre -540 et -520 millions d&rsquo;ann\u00e9es, que se d\u00e9velopperont, de mani\u00e8re quasiment exponentielle, les principales esp\u00e8ces vivantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a tout lieu de penser que, pendant longtemps, les conditions favorables \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des animaux et des v\u00e9g\u00e9taux qui vivent aujourd&rsquo;hui sur terre n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9unies. Mais la mani\u00e8re dont sont apparus successivement les poissons, les amphibiens, les reptiles, les mammif\u00e8res, les oiseaux, ainsi que la grande rapidit\u00e9 de leur \u00e9volution, constitue un probl\u00e8me qu&rsquo;il reste \u00e0 \u00e9clairer. C&rsquo;est dans les toutes derni\u00e8res minutes de l&rsquo;horloge \u00e9volutive que s&rsquo;est form\u00e9e la lign\u00e9e qui a abouti \u00e0 l&rsquo;homme\u00a0: il y a environ 6 millions d&rsquo;ann\u00e9es, la divergence est devenue manifeste entre la ligne \u00e9volutive qui a abouti aux grands singes et celle qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une multiplicit\u00e9 de formes, la ligne des hominid\u00e9s, dont s&rsquo;est d\u00e9marqu\u00e9e ensuite celle des hommes (vers -2 millions d&rsquo;ann\u00e9es). Avant m\u00eame que n&rsquo;apparaisse l&rsquo;homme \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, dont les manifestations les plus anciennes remontent \u00e0 -150000, d&rsquo;autres formes humaines ont exist\u00e9, celles de <em>l&rsquo;Homo habilis<\/em> puis de <em>l&rsquo;Homo erectus,<\/em> dont on fait d\u00e9river l&rsquo; <em>Homo sapiens.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pal\u00e9oanthropologie vise \u00e0 reconstituer les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de l&rsquo;\u00e9volution, en s&rsquo;aidant des techniques modernes de recherche sur l&rsquo;ADN utilis\u00e9es par la biologie mol\u00e9culaire pour rep\u00e9rer des ressemblances et des diff\u00e9rences sur le plan g\u00e9n\u00e9tique, et les ramener \u00e0 une ascendance commune. Sur la question des facteurs et des modalit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9volution, la discussion est des plus ouvertes. Darwin comme Wallace \u2014moins c\u00e9l\u00e8bre que son contemporain\u2014 ont eu l&rsquo;un et l&rsquo;autre une intuition f\u00e9conde en soulignant l&rsquo;importance de la s\u00e9lection naturelle qui s&rsquo;exerce sur de petites variations al\u00e9atoires survenant au sein d&rsquo;une esp\u00e8ce (variations qui r\u00e9sultent d&rsquo;erreurs de reproduction de l&rsquo;ADN, selon les hypoth\u00e8ses modernes)\u00a0; cette intuition constitue un mod\u00e8le interpr\u00e9tatif que beaucoup \u00e9tendent \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9volution. D&rsquo;autres chercheurs admettent sa pertinence pour la micro\u00e9volution, mais consid\u00e8rent que ce m\u00e9canisme, fond\u00e9 sur le caract\u00e8re fortuit des petites variations (ou mutations), n&rsquo;est pas ad\u00e9quat pour expliquer la formation, en un temps relativement bref, de structures assez complexes et des grandes directions \u00e9volutives des vert\u00e9br\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce propos, il convient de ne pas perdre de vue les possibilit\u00e9s de d\u00e9veloppement de la biologie \u00e9volutive dans l&rsquo;\u00e9tude des g\u00e8nes r\u00e9gulateurs, lesquels peuvent conna\u00eetre des changements morphologiques sensibles. Les exp\u00e9riences r\u00e9alis\u00e9es sur des g\u00e8nes r\u00e9gulateurs qui orientent le d\u00e9veloppement embryonnaire des crustac\u00e9s autorisent \u00e0 formuler l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle de nouveaux degr\u00e9s d&rsquo;organisation pourraient se former \u00e0 partir d&rsquo;une seule mutation g\u00e9n\u00e9tique. Les recherches men\u00e9es dans cette direction pourraient ouvrir de nouveaux horizons. Il reste encore \u00e0 voir si les causes de ces mutations sont enti\u00e8rement accidentelles ou si elles pourraient avoir ob\u00e9i \u00e0 quelque orientation pr\u00e9f\u00e9rentielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le processus \u00e9volutif, on devrait toujours accorder une attention particuli\u00e8re aux mutations environnementales. L&rsquo;environnement peut jouer tant\u00f4t un r\u00f4le de ralentisseur, comme cela a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 le cas durant les premiers milliards d&rsquo;ann\u00e9es de la vie sur terre, tant\u00f4t un r\u00f4le d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rateur, comme dans les 500 derniers millions d&rsquo;ann\u00e9es. Nous ne serions pas l\u00e0 aujourd&rsquo;hui si, environ vingt millions d&rsquo;ann\u00e9es auparavant, la formation du Rift africain ne s&rsquo;\u00e9tait produite, faisant appara\u00eetre des vall\u00e9es et des r\u00e9gions ouvertes qui ont rendu possible l&rsquo;\u00e9volution vers la bip\u00e9die et l&rsquo;humanit\u00e9. L&rsquo;histoire de la vie sugg\u00e8re que le d\u00e9veloppement des \u00eatres vivants a n\u00e9cessit\u00e9 une convergence de facteurs g\u00e9n\u00e9tiques et de conditions environnementales favorables dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements naturels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au point o\u00f9 nous en sommes, deux questions se posent\u00a0: y a-t-il place pour la cr\u00e9ation et pour un projet de Dieu\u00a0? L&rsquo;apparition de l&rsquo;homme r\u00e9sulte-t-elle d&rsquo;un d\u00e9veloppement n\u00e9cessaire des potentialit\u00e9s de la nature\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Jean-Paul II affirmait, dans un discours prononc\u00e9 lors d&rsquo;un symposium sur \u00ab\u00a0La foi chr\u00e9tienne et la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution\u00a0\u00bb (1985)\u00a0: \u00ab\u00a0Une foi dans la cr\u00e9ation correctement comprise et un enseignement sur l&rsquo;\u00e9volution correctement entendu ne sont pas incompatibles&#8230; L&rsquo;\u00e9volution suppose la cr\u00e9ation, et m\u00eame, plus encore, la cr\u00e9ation appara\u00eet, \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;\u00e9volution, comme un av\u00e8nement qui se d\u00e9roule dans le temps, comme une cr\u00e9ation continu\u00e9e\u00a0\u00bb. Le cat\u00e9chisme de l&rsquo;\u00c9glise catholique fait remarquer que \u00ab\u00a0la cr\u00e9ation n&rsquo;est pas sortie des mains du Cr\u00e9ateur enti\u00e8rement achev\u00e9e\u00a0\u00bb. Dieu a cr\u00e9\u00e9 un monde non pas parfait, mais \u00ab\u00a0en \u00e9tat de cheminement vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l&rsquo;apparition de certains \u00eatres, la disparition d&rsquo;autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions\u00a0\u00bb (\u00a7 310). Jean-Paul II, dans son message d&rsquo;octobre 1996 \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie pontificale des sciences, a reconnu \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution le caract\u00e8re de <em>th\u00e9orie scientifique,<\/em> en raison de sa coh\u00e9rence avec les perspectives et les d\u00e9couvertes de diff\u00e9rentes branches de la science. En m\u00eame temps, il soulignait qu&rsquo;il existe diff\u00e9rentes th\u00e9ories explicatives du processus \u00e9volutif, dont certaines, en raison de l&rsquo;id\u00e9ologie mat\u00e9rialiste qu&rsquo;elles sous-tendent, ne sont pas acceptables pour un croyant. Mais dans ce cas, ce n&rsquo;est pas la science qui est en jeu mais une id\u00e9ologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le document pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, <em>Communion et service, <\/em>tient pour incontestable le processus \u00e9volutif. Ce que la th\u00e9ologie, et tout raisonnement qui se veut correct, ont \u00e0 r\u00e9affirmer, c&rsquo;est le rapport de d\u00e9pendance radicale du monde par rapport \u00e0 Dieu, qui a cr\u00e9\u00e9 toute chose \u00e0 partir du n\u00e9ant \u2014 comment, cela ne nous est pas dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est ici que la discussion en cours \u00e0 propos d&rsquo;un projet divin peut prendre place. Comme chacun sait, les partisans de l&rsquo; <em>Intelligent design<\/em> ne nient pas l&rsquo;\u00e9volution, mais affirment que la formation de certaines structures complexes n&rsquo;a pas pu se produire au hasard mais a n\u00e9cessit\u00e9 des interventions particuli\u00e8res de Dieu dans le cours de l&rsquo;\u00e9volution et s&rsquo;ordonne \u00e0 un projet intelligent. \u00c0 part le fait que, dans tous les cas, les mutations des structures biologiques ne constitueraient pas une explication suffisante, puisque des changements environnementaux sont aussi survenus, en ayant recours \u00e0 des interventions suppl\u00e9tives ou correctives par rapport aux causes naturelles, on introduit dans les \u00e9v\u00e9nements de la nature une cause sup\u00e9rieure pour expliquer ce que nous ne connaissons pas encore, mais que nous pourrions conna\u00eetre. Mais en proc\u00e9dant ainsi, on ne fait pas de la science. On se place sur un autre plan que celui de la science. Si le mod\u00e8le propos\u00e9 par Darwin s&rsquo;av\u00e8re insuffisant, il faut en chercher un autre, mais il n&rsquo;est pas correct, du point de vue de la m\u00e9thode, de sortir du champ de la science en pr\u00e9tendant faire de la science. La d\u00e9cision du juge de Pennsylvanie appara\u00eet donc comme correcte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>L&rsquo;Intelligent design<\/em> n&rsquo;appartient pas \u00e0 la science et la pr\u00e9tention de l&rsquo;enseigner comme une th\u00e9orie scientifique, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;explication darwinienne, ne se justifie pas. On cr\u00e9e seulement une confusion entre le plan scientifique et celui de la philosophie ou de la religion. Cette notion n&rsquo;est pas non plus requise, m\u00eame dans une conception religieuse, pour pouvoir admettre un dessein g\u00e9n\u00e9ral par rapport \u00e0 l&rsquo;univers. Mieux vaut reconna\u00eetre que le probl\u00e8me, du point de vue de la science, reste ouvert. Si l&rsquo;on sort de l&rsquo;\u00e9conomie divine, qui se d\u00e9ploie \u00e0 travers les causes secondes (Dieu se retirant pour ainsi dire de son \u0153uvre de cr\u00e9ateur), on ne comprend pas pourquoi certaines catastrophes naturelles, certaines lign\u00e9es ou structures \u00e9volutives sans aucune signification, certaines mutations g\u00e9n\u00e9tiques nuisibles, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9es dans un projet intelligent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, si l&rsquo;on va au fond des choses, on ne peut manquer de reconna\u00eetre une certaine tendance, parmi les darwiniens, \u00e0 conf\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution un sens totalisant, passant de la th\u00e9orie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie, dans une vision qui pr\u00e9tend expliquer l&rsquo;ensemble du monde vivant, y compris les comportements humains, en termes de s\u00e9lection naturelle, et excluant toute autre perspective, de sorte que la notion d&rsquo;\u00e9volution rend superflue celle de cr\u00e9ation, comme si tout pouvait s&rsquo;\u00eatre autoform\u00e9 et \u00eatre reconduit au hasard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce qui est de la cr\u00e9ation, la Bible parle d&rsquo;une d\u00e9pendance radicale de tous les \u00eatres \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un dessein divin, mais elle ne dit pas comment cela s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9. L&rsquo;observation empirique saisit l&rsquo;harmonie de l&rsquo;univers qui se fonde sur les lois et les propri\u00e9t\u00e9s de la mati\u00e8re, et qui renvoie n\u00e9cessairement \u00e0 une cause sup\u00e9rieure, non pas en vertu d&rsquo;une d\u00e9monstration scientifique, mais d&rsquo;apr\u00e8s les bases d&rsquo;un raisonnement rigoureux. Le nier serait une affirmation id\u00e9ologique et non pas scientifique. La science en tant que telle, avec ses m\u00e9thodes propres, ne peut assur\u00e9ment pas d\u00e9montrer, mais ne peut pas non plus exclure qu&rsquo;un dessein sup\u00e9rieur se soit r\u00e9alis\u00e9, quelles qu&rsquo;en soient les causes, m\u00eame s&rsquo;il rev\u00eat l&rsquo;apparence du hasard et semble s&rsquo;inscrire dans la nature. \u00ab\u00a0M\u00eame le r\u00e9sultat d&rsquo;un processus naturel vraiment contingent peut entrer dans le plan providentiel de Dieu pour la cr\u00e9ation\u00bb, remarque le document d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 <em>Communion et service.<\/em> Ce qui nous para\u00eet, \u00e0 nous, accidentel, devait certainement \u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit de Dieu et voulu par lui. Le projet de Dieu sur la cr\u00e9ation peut se r\u00e9aliser \u00e0 travers les causes secondes, dans le cours naturel des \u00e9v\u00e9nements, sans que l&rsquo;on doive penser pour autant \u00e0 des interventions miraculeuses orientant le processus dans une direction ou dans une autre. \u00ab\u00a0Dieu ne fait pas les choses, mais il fait qu&rsquo;elles se fassent\u00a0\u00bb, observe Teilhard de Chardin. Et le cat\u00e9chisme de l&rsquo;\u00c9glise catholique affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu est la cause premi\u00e8re qui op\u00e8re dans et par les causes secondes\u00a0\u00bb (\u00a7 308).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;autre point d\u00e9licat porte sur l&rsquo;homme, qui ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un produit n\u00e9cessaire et naturel de l&rsquo;\u00e9volution. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment spirituel qui le caract\u00e9rise ne peut \u00e9merger des potentialit\u00e9s de la mati\u00e8re. C&rsquo;est le saut ontologique, la discontinuit\u00e9 que le magist\u00e8re a toujours r\u00e9affirm\u00e9e \u00e0 propos de l&rsquo;apparition de l&rsquo;homme. Celle-ci suppose une volont\u00e9 positive de Dieu. Maritain souligne que la transcendance qui caract\u00e9rise l&rsquo;homme en vertu de son \u00e2me advient \u00ab\u00a0gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intervention finale d&rsquo;un choix libre et gratuit op\u00e9r\u00e9 par Dieu cr\u00e9ateur, qui transcende toutes les possibilit\u00e9s de la nature mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb. Quand, o\u00f9 et comme Dieu l&rsquo;a voulu, l&rsquo;\u00e9tincelle de l&rsquo;intelligence s&rsquo;est donc allum\u00e9e dans deux ou plusieurs hominid\u00e9s. La nature a la capacit\u00e9 d&rsquo;accueillir l&rsquo;esprit, selon la volont\u00e9 de Dieu cr\u00e9ateur, mais elle ne peut pas le produire de soi-m\u00eame. Au fond, c&rsquo;est aussi ce qui arrive dans la formation de tout \u00eatre humain et c&rsquo;est ce qui fait la diff\u00e9rence entre l&rsquo;homme et l&rsquo;animal. Une telle affirmation se place en dehors de la science empirique et, en tant que telle, ne peut \u00eatre ni prouv\u00e9e ni r\u00e9fut\u00e9e avec les m\u00e9thodes de la science.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant au moment o\u00f9 l&rsquo;homme est apparu, nous ne sommes pas en mesure de l&rsquo;\u00e9tablir avec certitude. On peut cependant recueillir les signes de la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain, comme l&rsquo;a not\u00e9 Jean-Paul II dans le message pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9 de 1996. Ces signes, on peut les reconna\u00eetre jusque dans les produits de la technologie, dans l&rsquo;organisation du territoire, d\u00e8s lors qu&rsquo;ils r\u00e9v\u00e8lent une intentionnalit\u00e9 et une signification dans le contexte de la vie. En un mot, ce sont les manifestations de la culture qui permettent de d\u00e9celer de mani\u00e8re plus claire les traces de la pr\u00e9sence humaine. Ces manifestations se situent hors du champ de la biologie et expriment une transcendance (comme le reconnaissent Dobzhansky, Ayala et d&rsquo;autres scientifiques \u00e9volutionnistes), une discontinuit\u00e9 auxquelles on doit, sur le plan philosophique, reconna\u00eetre une nature ontologique. Il nous semble qu&rsquo;il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;attendre l&rsquo;<em>homo sapiens<\/em>, les s\u00e9pultures ou l&rsquo;art. Mais la d\u00e9termination du degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution \u00e0 partir duquel on peut reconna\u00eetre l&rsquo;homme (serait-ce il y a 150000 ans avec <em>l&rsquo;Homo sapiens<\/em>, ou m\u00eame il y a 2 millions d&rsquo;ann\u00e9es avec <em>l&rsquo;Homo habilis<\/em>?) donne mati\u00e8re \u00e0 discussion sur le plan scientifique plus que sur le plan philosophique et th\u00e9ologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En conclusion, selon une perspective qui va au-del\u00e0 de l&rsquo;horizon empirique, nous pouvons dire que nous ne sommes pas hommes par hasard ni par n\u00e9cessit\u00e9, mais que le cours de l&rsquo;existence humaine a un sens et une direction marqu\u00e9s par un dessein divin.<\/p>\n<p style=\"font-size: smaller\" align=\"justify\"><em>Traduit par Kim-Loan Tran Van Chau et revu par l&rsquo;auteur.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"pied\" style=\"font-size: xx-small\" align=\"justify\"><em>Fiorenzo Facchini a occup\u00e9 de 1978 \u00e0 sa retraite (2004) la chaire d&rsquo;anthropologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Bologne et a dirig\u00e9 le laboratoire de recherche qui y est li\u00e9\u00a0; il a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement professeur de pal\u00e9ontologie humaine dans le d\u00e9partement d&rsquo;arch\u00e9ologie de la m\u00eame universit\u00e9. Auteur de plusieurs ouvrages, en particulier sur l&rsquo;\u00e9volution, traduits dans de nombreuses langues, la r\u00e9putation mondiale de Fiorenzo Facchini lui est initialement venue de ses travaux sur la croissance, les polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques et la pal\u00e9oanthropologie. Il a \u00e9tudi\u00e9 aussi l&rsquo;adaptation humaine aux hautes altitudes (exp\u00e9ditions au Kazakhstan en 1993 et au Kirghizistan en 1994). Il est pr\u00eatre du dioc\u00e8se de Bologne et protonotaire apostolique surnum\u00e9raire. Il a pendant longtemps \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de la pastorale du monde scolaire et universitaire \u00e0 Bologne. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-size: xx-small\" align=\"justify\"><em><span class=\"pied\">Cet article est paru en italien dans l&rsquo; <\/span><em class=\"pied\">Osservatore Romano <\/em><span class=\"pied\">du 16-17 janvier 2006. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en fran\u00e7ais par la revue <\/span><em class=\"pied\">Communio <\/em><span class=\"pied\">(n\u00b0 XXXI, 3 de mai-juin 2006, pp. 111-118), qui nous a autoris\u00e9 \u00e0 reproduire cette traduction ici, ce pourquoi nous la remercions.<\/span> <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat provoqu\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, depuis plusieurs dizaines d&rsquo;ann\u00e9es, autour des notions d&rsquo;\u00e9volution et de cr\u00e9ation, a gagn\u00e9 l&rsquo;Europe depuis quelque temps et soul\u00e8ve des passions dans le monde culturel. Ce d\u00e9bat est malheureusement orient\u00e9 par des positions aussi bien politiques qu&rsquo;id\u00e9ologiques, ce qui ne favorise pas une discussion sereine. Certaines affirmations des \u00abcr\u00e9ationnistes\u00bb am\u00e9ricains ont suscit\u00e9, dans les milieux scientifiques, des r\u00e9actions de d\u00e9fense du n\u00e9odarwinisme empreintes d\u2019un certain dogmatisme, et ont fait ressurgir des positions scientifiques typiques de la pens\u00e9e positiviste du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4625,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[67],"tags":[],"class_list":["post-2135","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-foi"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2135","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2135"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2135\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4625"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2135"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2135"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2135"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}