{"id":2134,"date":"2009-10-26T11:15:31","date_gmt":"2009-10-26T10:15:31","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/confession-dun-cardinal\/"},"modified":"2024-01-30T11:38:31","modified_gmt":"2024-01-30T10:38:31","slug":"confession-dun-cardinal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/confession-dun-cardinal\/","title":{"rendered":"Confession d&rsquo;un Cardinal"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">\nPour r\u00e9diger ce livre, Olivier Le Gendre a cr\u00e9\u00e9 la figure d&rsquo;un cardinal de la curie romaine \u00e0 la retraite qui souhaite lui confier ses m\u00e9moires dans un long entretien. Celui-ci a lieu dans trois endroits diff\u00e9rents\u00a0: Rome, Avignon et une ville du sud-est asiatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le contenu de cette \u0153uvre peut \u00eatre divis\u00e9 en deux parties\u00a0: une longue \u00ab\u00a0pars destruens\u00a0\u00bb, o\u00f9 le cardinal fictif expose les erreurs pass\u00e9es et actuelles de l&rsquo;Eglise, et une seconde partie, o\u00f9 Le Gendre met dans la bouche de son cardinal les rem\u00e8des \u00e0 la tr\u00e8s grave crise que traverse l&rsquo;Eglise comme cons\u00e9quence de ses erreurs. Le livre ne manque donc pas d&rsquo;ambition.<\/p>\n<p>M\u00eame si on peut regretter certains r\u00e9p\u00e9titions et longueurs, cette \u0153uvre est bien \u00e9crite et se lit facilement. Elle pr\u00e9sente des faits plus ou moins anecdotiques des si\u00e8cles pass\u00e9s et de la p\u00e9riode contemporaine. Ils ne r\u00e9sistent pas tous \u00e0 la critique\u00a0 (1), ce qui jette une ombre sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l&rsquo;ouvrage. En outre, l&rsquo;interpr\u00e9tation que l&rsquo;auteur fait d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements est aussi sujette \u00e0 caution (2).<\/p>\n<p>Mais ces d\u00e9tails ne constituent pas l&rsquo;essence du livre. On sent qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits d&rsquo;abord pour rendre la lecture plus agr\u00e9able\u00a0; peut-\u00eatre servent-ils aussi \u00e0 d\u00e9montrer la connaissance qu&rsquo;a Le Gendre des rouages de la curie romaine. En tout cas, ils n&rsquo;ajoutent ni n&rsquo;enl\u00e8vent rien \u00e0 la th\u00e8se centrale du livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Celle-ci, en peu de mots, est la suivante\u00a0: l&rsquo;Eglise \u2014on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit\u2014 se trouve dans une tr\u00e8s grave situation de crise qui ne pourra qu&#8217;empirer dans les prochains d\u00e9cennies. Il faut chercher la cause de cette situation dans l&rsquo;\u00e9loignement de l&rsquo;Eglise du monde, dans son opposition \u00e0 la science et \u00e0 la d\u00e9mocratie, dans ses richesses et sa pr\u00e9tention de maintenir son pouvoir temporel. Le concile Vatican II a tent\u00e9 de changer cette situation et allait dans la bonne direction. Malheureusement, Paul VI, avec l&rsquo;encyclique \u00ab\u00a0Humanae vitae\u00a0\u00bb, a provoqu\u00e9 la catastrophe. Toujours d&rsquo;apr\u00e8s Le Gendre, cette catastrophe est erron\u00e9ment attribu\u00e9e, dans les milieux eccl\u00e9siastiques, \u00e0 une mauvaise application du Concile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si on ne peut nier qu&rsquo;\u00ab\u00a0Humanae vitae\u00a0\u00bb a fait beaucoup de vagues dans le monde catholique, il n&rsquo;en demeure pas moins que la plupart des observateurs voient dans l&rsquo;application des r\u00e9formes de l&rsquo;apr\u00e8s-concile un autre motif profond de crise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour \u00e9tayer sa th\u00e8se centrale, l&rsquo;auteur se sert beaucoup des id\u00e9es de Marcel Gauchet et de son livre \u00ab\u00a0Le d\u00e9senchantement du monde\u00a0\u00bb. Gauchet pense que le christianisme est la religion de la fin de la religion, car, pour lui, le christianisme est porteur d&rsquo;une s\u00e9rie de valeurs (libert\u00e9, progr\u00e8s, autonomie des r\u00e9alit\u00e9s temporelles \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du sacr\u00e9) qui, \u00e0 la faveur de leur diffusion, r\u00e9duisent le champ des motivations qui font adh\u00e9rer \u00e0 une religion. Mais le lecteur qui conna\u00eet \u00ab\u00a0le d\u00e9senchantement du monde\u00a0\u00bb ne peut \u00e9viter de rester un peu d\u00e9\u00e7u face \u00e0 l&rsquo;utilisation sommaire que Le Gendre fait de l&rsquo;\u0153uvre de Marcel Gauchet.<\/p>\n<p>En tout cas, on conviendra avec Le Gendre que l&rsquo;Eglise traverse actuellement une crise tr\u00e8s profonde et que, tout au long de l&rsquo;histoire, nous, ses filles et ses fils, avons commis des erreurs importantes dans la ligne de celles expos\u00e9es par le cardinal fictif. Des hommes d&rsquo;Eglise lucides l&rsquo;ont reconnu depuis des ann\u00e9es, notamment Jean Paul II (Le Gendre fait l&rsquo;\u00e9loge de la c\u00e9r\u00e9monie de demande de pardon qui a eu lieu lors du Jubil\u00e9 de l&rsquo;an 2000) et le pape actuel (3).<\/p>\n<p>Y a-t-il donc quelque chose de nouveau dans la th\u00e8se de notre cardinal fictif et dans l&rsquo;expos\u00e9 historique des erreurs qui sont \u00e0 l&rsquo;origine de la crise de l&rsquo;Eglise\u00a0? Il est difficile de r\u00e9pondre par l&rsquo;affirmative. A propos des erreurs de l&rsquo;institution, on aurait souhait\u00e9 un peu plus de vision historique\u00a0: certaines d\u00e9cisions qui nous semblent aujourd&rsquo;hui erron\u00e9es, n&rsquo;apparaissaient pas de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Il faut aussi rappeler que l&rsquo;histoire de l&rsquo;Eglise est bien loin de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une succession d&rsquo;erreurs. Le Gendre en conviendrait sans doute, mais il n&rsquo;arrive pas \u00e0 l&rsquo;exprimer et se limite \u00e0 quelques lignes qui rappellent l&rsquo;existence de saints c\u00e9l\u00e8bres comme saint Fran\u00e7ois, M\u00e8re Teresa et deux ou trois autres. On suppose, par ailleurs, que l&rsquo;auteur fait bien la distinction entre l&rsquo;Eglise et les chr\u00e9tiens qui la composent, mais ce qui va sans dire eut \u00e9t\u00e9 mieux en le disant. En d\u00e9finitive, Le Gendre nous pr\u00e9sente un tableau excessivement sombre et peu \u00e9quilibr\u00e9 qui indisposera plus d&rsquo;un esprit critique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D&rsquo;une fa\u00e7on ordonn\u00e9e et agr\u00e9able le cardinal nous am\u00e8ne, petit \u00e0 petit, au terrain qu&rsquo;il consid\u00e8re le plus important et novateur\u00a0: la \u00ab\u00a0pars construens\u00a0\u00bb. Comment sortir de la crise\u00a0? Pour regagner la confiance du monde \u2014nous dira le cardinal\u2014, l&rsquo;Eglise n&rsquo;a pas d&rsquo;autre voie que celle de se faire l&rsquo;interpr\u00e8te de la tendresse de Dieu. On suppose que, sur ce point, l&rsquo;accord parmi les chr\u00e9tiens est universel. Le Gendre n&rsquo;est pas de cet avis. Il pense qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure actuelle, Beno\u00eet XVI a pour priorit\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9. Les nouveaux mouvements aussi. Il ajoute que le pape, gr\u00e2ce \u00e0 ses qualit\u00e9s de c\u0153ur et d&rsquo;intelligence, changera d&rsquo;opinion, devenant pasteur plut\u00f4t que th\u00e9ologien. Il accorde moins de chances \u00e0 certains mouvements et \u00e0 l&rsquo;Opus Dei, qui sont condamn\u00e9s sans appel et sans possibilit\u00e9 de salut (on comprend mal comment un chantre de la tendresse de Dieu peut devenir si dur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ses fr\u00e8res dans la foi). Il pense, par contre, que d&rsquo;autres personnes se joindront \u00e0 lui et au petit noyau de ceux qui voient d\u00e9j\u00e0 clair dans les changements \u00e0 op\u00e9rer dans l&rsquo;Eglise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et que faut-il faire, en pratique, pour prodiguer au monde la tendresse de Dieu, l&rsquo;amour du Cr\u00e9ateur \u00e0 notre \u00e9gard\u00a0? Le Gendre avance un principe qu&rsquo;il consid\u00e8re fort novateur\u00a0: avant de pr\u00eacher, montrer l&rsquo;exemple. Encore une fois, notre accord avec Le Gendre est total, sauf quand il veut na\u00efvement nous faire croire que ce principe, par sa nouveaut\u00e9, constitue \u00ab\u00a0une bombe\u00a0\u00bb (p. 352). Un peu plus tard (pp. 355, 360, 366), il essaie de concr\u00e9tiser comment mettre en pratique cette id\u00e9e g\u00e9n\u00e9reuse. Ici, le lecteur restera un peu sur sa faim, puisque notre cardinal nous dit peu de choses\u00a0: s&rsquo;occuper des enfants martyris\u00e9s ou malades de sida, accompagner les vieillards en fin de vie, prier en silence dans des endroits \u00e9loign\u00e9s de Dieu, transmettre la foi en famille. Il ne fait aucun doute qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;activit\u00e9s formidables. Mais l&rsquo;agriculteur, le m\u00e9decin, le banquier, l&rsquo;ouvrier, l&rsquo;enseignant et tous ceux dont la vie professionnelle les emp\u00eache de s&rsquo;occuper des laiss\u00e9s-pour-compte, que feront-ils pour bien vivre le christianisme\u00a0? Le Gendre ne se pose m\u00eame pas cette question. S&rsquo;il n&rsquo;avait pas n\u00e9glig\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude de la contribution de millions de chr\u00e9tiens pendant 2000 ans pour rendre l&rsquo;humanit\u00e9 plus accueillante, et s&rsquo;il n&rsquo;avait pas m\u00e9connu ou m\u00e9pris\u00e9 les id\u00e9es et les r\u00e9alisations des tr\u00e8s nombreux chr\u00e9tiens actuels (par exemple ces nouveaux mouvements et d&rsquo;autres institutions que le Saint Esprit a suscit\u00e9s dans les derniers d\u00e9cennies et que ce livre a disqualifi\u00e9 d&rsquo;un revers de la main), peut-\u00eatre il aurait pu offrir \u00e0 ses lecteurs quelque chose de plus qu&rsquo;un sentimentalisme peu efficace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A tout cela, il faudrait encore ajouter une autre observation de fond. Le concept d&rsquo;Eglise qui sous-tend les pages de ce livre est trop sociologique et tr\u00e8s peu th\u00e9ologique. Cela am\u00e8ne son auteur \u00e0 des conclusions erron\u00e9es. En voici quelques-unes\u00a0: derri\u00e8re ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0renforcer artificiellement les expressions du sacr\u00e9\u00a0\u00bb, il ne voit qu&rsquo;une tentative humaine de r\u00e9cup\u00e9rer un pouvoir perdu. Il ne lui vient pas \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il s&rsquo;agit de rendre un culte plus digne \u00e0 Dieu et de faciliter la pi\u00e9t\u00e9 du peuple chr\u00e9tien. Le concept de Tradition est superficiel et m\u00eame banal (p. 122). A la p. 385, il semble vouloir proposer une Eglise sans pr\u00eatres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9sum\u00e9\u00a0: un livre plein de bonnes intentions, bien r\u00e9dig\u00e9, parfois \u00e9rudit et inform\u00e9. Mais, en m\u00eame temps, pr\u00e9somptueux dans sa na\u00efvet\u00e9, trop l\u00e9ger d&rsquo;un point de vue th\u00e9ologique, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 d&rsquo;un point de vue historique et m\u00e9ritant quelques corrections sur le fond.<\/p>\n<p class=\"pied\">Emmanuel Cabello est pr\u00eatre, Docteur en Sciences de l&rsquo;Education et en Th\u00e9ologie<\/p>\n<p class=\"pied\">(1) Epinglons-en deux\u00a0: le cardinal Ratzinger aurait fait comprendre dans son livre \u00ab\u00a0Le sel de la Terre \u00a0\u00bb que la contraception ne serait pas un p\u00e9ch\u00e9 pour les couples avec plusieurs enfants\u00a0; l&rsquo;Opus Dei aurait subventionn\u00e9 le syndicat polonais Solidarnosc. Dans le premier cas, on cherchera vainement une telle affirmation dans ce livre\u00a0; dans le second, il s&rsquo;agit d&rsquo;une rumeur qui a eu cours pendant un temps, qui a toujours \u00e9t\u00e9 ni\u00e9e par les autorit\u00e9s de l&rsquo;Opus Dei et \u00e0 laquelle n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 apport\u00e9 le moindre commencement de preuve.<\/p>\n<p class=\"pied\">(2) Par exemple, la motivation que l&rsquo;auteur attribue aux cardinaux pour voter J. Ratzinger dans le conclave. D&rsquo;apr\u00e8s lui, elle r\u00e9siderait dans leur panique lors de fun\u00e9railles de Jean Paul II face au spectacle de la pr\u00e9sence massive des puissants de ce monde, signe de l&rsquo;ampleur du trou \u00e0 combler pour remplacer le grand pape polonais. Cela les amena \u00e0 conclure que seul un homme du niveau de J. Ratzinger pouvait leur donner confiance. Explication bien simpliste parce que le nom du cardinal allemand circulait comme un \u00ab\u00a0papabile\u00a0\u00bb bien cot\u00e9 depuis des mois, et parce que les cardinaux r\u00e9fl\u00e9chissaient \u00e0 cette \u00e9lection depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"pied\">(3)Il suffit de lire certains passages de son encyclique \u00ab\u00a0Spe salvi\u00a0\u00bb. Et parmi de nombreux \u00e9crits pr\u00e9c\u00e9dents, nous pouvons signaler une importante conf\u00e9rence prononc\u00e9e le 4-VI-70 \u00e0 Munich sous le titre \u00ab\u00a0Pourquoi suis-je encore dans l&rsquo;Eglise\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2007, Olivier Le Gendre a publi\u00e9 aux \u00e9ditions JC Latt\u00e8s un livre \u2014\u00abConfession d&rsquo;un cardinal\u00bb\u2014 qui a fait et fait encore beaucoup parler de lui. A travers une conversation fictive entre un journaliste et un cardinal \u00e0 la retraite, l&rsquo;auteur se livre \u00e0 un essai d&rsquo;analyse de la situation de l&rsquo;Eglise catholique et propose des orientations pour sortir de la crise qu&rsquo;elle traverse.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4629,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[67,69],"tags":[],"class_list":["post-2134","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-foi","category-recension-livre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2134","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2134"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2134\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4629"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2134"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2134"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2134"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}