{"id":2121,"date":"2010-02-22T11:03:10","date_gmt":"2010-02-22T10:03:10","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/laicite-et-laicites\/"},"modified":"2024-01-31T21:30:52","modified_gmt":"2024-01-31T20:30:52","slug":"laicite-et-laicites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/laicite-et-laicites\/","title":{"rendered":"La\u00efcit\u00e9 et la\u00efcit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"right\">\n<p align=\"justify\">Ces r\u00e9actions suscitent de nombreuses questions\u00a0: un \u00e9v\u00eaque peut-il se prononcer sur des d\u00e9cisions du parlement\u00a0? Un homme politique peut-il se revendiquer de la foi\u00a0? L&rsquo;Eglise peut-elle intervenir dans le d\u00e9bat public\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme le pape lui-m\u00eame fait r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;objet de critiques \u2014parce qu&rsquo;il propose l&rsquo;enseignement de l&rsquo;Eglise sur de grandes questions de soci\u00e9t\u00e9\u2014, nous reproduisons ici un de ses discours, qui tente de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions. Il a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 le 9 d\u00e9cembre 2006, devant les participants au Congr\u00e8s national d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;Union des juristes catholiques italiens, d\u00e9di\u00e9 au th\u00e8me de <em>\u00ab\u00a0La la\u00efcit\u00e9 et les la\u00efcit\u00e9s\u00a0\u00bb <\/em> <a title=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/fr.didoc.be\/index.php?option=com_multicategories&amp;view=article&amp;id=34:laicite-et-laicites&amp;catid=2:papers&amp;Itemid=63#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> :<\/p>\n<p><em>Chers fr\u00e8res et s\u0153urs, <\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>(\u2026) Le Congr\u00e8s affronte un th\u00e8me, celui de la la\u00efcit\u00e9, qui est d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat, car il souligne la fa\u00e7on dont la la\u00efcit\u00e9, dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, est comprise de diff\u00e9rentes mani\u00e8res\u00a0: il n&rsquo;existe pas une seule, mais plusieurs la\u00efcit\u00e9s, ou mieux, il existe de multiples fa\u00e7ons de comprendre et de vivre la la\u00efcit\u00e9, des fa\u00e7ons parfois oppos\u00e9es et m\u00eame contradictoires entre elles. Avoir consacr\u00e9 ces journ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la la\u00efcit\u00e9 et des diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de la comprendre et de la r\u00e9aliser vous a conduits dans le vif du d\u00e9bat en cours, un d\u00e9bat qui appara\u00eet toujours plus utile pour les sp\u00e9cialistes du droit. <\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Pour comprendre la signification authentique de la la\u00efcit\u00e9 et expliquer ses acceptions actuelles, il faut tenir compte du d\u00e9veloppement historique que ce concept a connu. La la\u00efcit\u00e9, n\u00e9e pour indiquer la condition du simple fid\u00e8le chr\u00e9tien, n&rsquo;appartenant ni au clerg\u00e9 ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat religieux, a rev\u00eatu au cours du Moyen Age la signification d&rsquo;opposition entre les pouvoirs civils et les hi\u00e9rarchies eccl\u00e9siastiques et, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, elle a assum\u00e9 celle d&rsquo;exclusion de la religion et de ses symboles de la vie publique, \u00e0 travers leur limitation au domaine du priv\u00e9 et de la conscience individuelle. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au terme de la\u00efcit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e une acception id\u00e9ologique contraire \u00e0 celle qu&rsquo;il avait \u00e0 l&rsquo;origine. <\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>En r\u00e9alit\u00e9, aujourd&rsquo;hui, la la\u00efcit\u00e9 est commun\u00e9ment comprise comme l&rsquo;exclusion de la religion des divers domaines de la soci\u00e9t\u00e9 et comme sa restriction au domaine de la conscience individuelle. La la\u00efcit\u00e9 s&rsquo;exprimerait dans la s\u00e9paration totale entre l&rsquo;Etat et l&rsquo;Eglise, cette derni\u00e8re n&rsquo;ayant aucun titre pour intervenir sur des th\u00e8mes relatifs \u00e0 la vie et au comportement des citoyens\u00a0; la la\u00efcit\u00e9 comprendrait m\u00eame l&rsquo;exclusion des symboles religieux des lieux publics destin\u00e9s au d\u00e9roulement des fonctions propres de la communaut\u00e9 politique\u00a0: des bureaux, des \u00e9coles, des tribunaux, des h\u00f4pitaux, des prisons, etc. Sur la base de ces multiples fa\u00e7ons de concevoir la la\u00efcit\u00e9, on parle aujourd&rsquo;hui de pens\u00e9e la\u00efque, de morale la\u00efque, de science la\u00efque, de politique la\u00efque. En effet, \u00e0 la base de cette conception, il existe une vision areligieuse de la vie, de la pens\u00e9e et de la morale\u00a0: c&rsquo;est-\u00e0-dire une vision o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de place pour Dieu, pour un Myst\u00e8re qui transcende la pure raison, pour une loi morale de valeur absolue, en vigueur en tout temps et en toute situation. Ce n&rsquo;est que si l&rsquo;on se rend compte de cela que l&rsquo;on peut mesurer le poids des probl\u00e8mes contenus dans un terme comme la\u00efcit\u00e9, qui semble \u00eatre presque devenu l&#8217;embl\u00e8me caract\u00e9risant la postmodernit\u00e9, en particulier la d\u00e9mocratie moderne. <\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Il est alors du devoir de tous les croyants, en particulier les croyants dans le Christ, de contribuer \u00e0 \u00e9laborer un concept de la\u00efcit\u00e9 qui, d&rsquo;une part, reconnaisse \u00e0 Dieu et \u00e0 sa loi morale, au Christ et \u00e0 son Eglise la place qui leur revient dans la vie humaine, individuelle et sociale et, de l&rsquo;autre, qui affirme et respecte la \u00ab\u00a0l\u00e9gitime autonomie des r\u00e9alit\u00e9s terrestres\u00a0\u00bb, en entendant par cette expression, comme le r\u00e9p\u00e8te le Concile Vatican II, que \u00ab\u00a0les choses cr\u00e9\u00e9es et les soci\u00e9t\u00e9s elles-m\u00eames ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l&rsquo;homme doit peu \u00e0 peu apprendre \u00e0 conna\u00eetre, \u00e0 utiliser et \u00e0 organiser\u00a0\u00bb ( <\/em>Gaudium et spes <em>, n. 36). Cette autonomie est une \u00ab\u00a0exigence (&#8230;) pleinement l\u00e9gitime\u00a0: non seulement elle est revendiqu\u00e9e par les hommes de notre temps, mais elle correspond \u00e0 la volont\u00e9 du Cr\u00e9ateur. C&rsquo;est en vertu de la cr\u00e9ation m\u00eame que toutes choses sont \u00e9tablies selon leur consistance, leur v\u00e9rit\u00e9 et leur excellence propres, avec leur ordonnance et leurs lois sp\u00e9cifiques. L&rsquo;homme doit respecter tout cela et reconna\u00eetre les m\u00e9thodes particuli\u00e8res \u00e0 chacune des sciences et techniques\u00a0\u00bb ( <\/em>ibidem <em>). Si, au contraire, par l&rsquo;expression d&rsquo;\u00ab\u00a0autonomie des r\u00e9alit\u00e9s temporelles\u00a0\u00bb, on veut dire que les \u00ab\u00a0choses cr\u00e9\u00e9es ne d\u00e9pendent pas de Dieu et que l&rsquo;homme peut en disposer sans r\u00e9f\u00e9rence au Cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb, alors la fausset\u00e9 d&rsquo;une telle opinion ne peut \u00e9chapper \u00e0 quiconque croit en Dieu et \u00e0 sa pr\u00e9sence transcendante dans le monde cr\u00e9\u00e9 (cf. <\/em>ibidem <em>). <\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Cette affirmation conciliaire constitue la base doctrinale de la \u00ab\u00a0saine la\u00efcit\u00e9\u00a0\u00bb qui implique l&rsquo;autonomie effective des r\u00e9alit\u00e9s terrestres, non pas de l&rsquo;ordre moral, mais du domaine eccl\u00e9siastique. Ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;Eglise qui peut indiquer quelle organisation politique ou sociale il faut pr\u00e9f\u00e9rer, mais c&rsquo;est le peuple qui doit d\u00e9cider librement des fa\u00e7ons les meilleures et les plus adapt\u00e9es d&rsquo;organiser la vie politique. Toute intervention directe de l&rsquo;Eglise dans ce domaine serait une ing\u00e9rence indue. D&rsquo;autre part, la \u00ab\u00a0saine la\u00efcit\u00e9\u00a0\u00bb implique que l&rsquo;Etat ne consid\u00e8re pas la religion comme un simple sentiment individuel, qui pourrait \u00eatre limit\u00e9 au seul domaine priv\u00e9. Au contraire, la religion, \u00e9tant \u00e9galement organis\u00e9e en structures visibles, comme cela a lieu pour l&rsquo;Eglise, doit \u00eatre reconnue comme pr\u00e9sence communautaire publique. Cela comporte en outre qu&rsquo;\u00e0 chaque confession religieuse (\u00e0 condition qu&rsquo;elle ne soit pas oppos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ordre moral et qu&rsquo;elle ne soit pas dangereuse pour l&rsquo;ordre public), soit garanti le libre exercice des activit\u00e9s de culte \u2014spirituelles, culturelles, \u00e9ducatives et caritatives\u2014 de la communaut\u00e9 des croyants. A la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations, l&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 toute forme d&rsquo;importance politique et culturelle accord\u00e9e \u00e0 la religion, et \u00e0 la pr\u00e9sence, en particulier, de tout symbole religieux dans les institutions publiques, n&rsquo;est certainement pas une expression de la la\u00efcit\u00e9, mais de sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence en la\u00efcisme. De m\u00eame que nier \u00e0 la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne et \u00e0 ceux qui la repr\u00e9sentent de fa\u00e7on l\u00e9gitime, le droit de se prononcer sur les probl\u00e8mes moraux qui interpellent aujourd&rsquo;hui la conscience de tous les \u00eatres humains, en particulier des l\u00e9gislateurs et des juristes, n&rsquo;est pas non plus le signe d&rsquo;une saine la\u00efcit\u00e9. En effet, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une ing\u00e9rence indue de l&rsquo;Eglise dans l&rsquo;activit\u00e9 l\u00e9gislative, propre et exclusive de l&rsquo;Etat, mais de l&rsquo;affirmation et de la d\u00e9fense des grandes valeurs qui donnent un sens \u00e0 la vie des personnes et qui en pr\u00e9servent la dignit\u00e9. Ces valeurs, avant d&rsquo;\u00eatre chr\u00e9tiennes, sont humaines, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle ne laissent pas indiff\u00e9rente et silencieuse l&rsquo;Eglise, qui a le devoir de proclamer avec fermet\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 sur l&rsquo;homme et sur son destin. <\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Chers juristes, nous vivons une p\u00e9riode historique exaltante en raison des progr\u00e8s que l&rsquo;humanit\u00e9 a accomplis dans de nombreux domaines du droit, de la culture, de la communication, de la science et de la technologie. Dans le m\u00eame temps, toutefois, il existe de la part de certains la tentative d&rsquo;exclure Dieu de tous les domaines de la vie, en le pr\u00e9sentant comme antagoniste de l&rsquo;homme. C&rsquo;est \u00e0 nous, chr\u00e9tiens, qu&rsquo;il revient de montrer qu&rsquo;au contraire, Dieu est amour et qu&rsquo;il veut le bien et le bonheur de tous les hommes. Il est de notre devoir de faire comprendre que la loi morale qu&rsquo;Il nous a donn\u00e9e, et qui se manifeste \u00e0 nous \u00e0 travers la voix de la conscience, a pour but non pas de nous opprimer, mais de nous lib\u00e9rer du mal et de nous rendre heureux. Il s&rsquo;agit de montrer que sans Dieu, l&rsquo;homme est perdu et que l&rsquo;exclusion de la religion de la vie sociale, en particulier la marginalisation du christianisme, mine les bases m\u00eames de la coexistence humaine. Avant d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;ordre social et politique, ces bases sont en effet d&rsquo;ordre moral. (\u2026) <\/em><\/p>\n<p><a title=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/fr.didoc.be\/index.php?option=com_multicategories&amp;view=article&amp;id=34:laicite-et-laicites&amp;catid=2:papers&amp;Itemid=63#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <a href=\"http:\/\/www.vatican.va\/holy_father\/benedict_xvi\/speeches\/2006\/december\/documents\/hf_ben_xvi_spe_20061209_giuristi-cattolici_fr.html\">http:\/\/www.vatican.va\/holy_father\/benedict_xvi\/speeches\/2006\/december\/documents\/hf_ben_xvi_spe_20061209_giuristi-cattolici_fr.html<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9cemment, dans notre pays, certaines personnalit\u00e9s politiques se sont inqui\u00e9t\u00e9es de l&rsquo;impact de la nomination de Mgr L\u00e9onard sur le \u00ab compromis belge \u00bb ainsi que des d\u00e9clarations de Jean-Michel Javaux, co-pr\u00e9sident d&rsquo;Ecolo, en rapport avec sa foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4711,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[70],"tags":[],"class_list":["post-2121","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-eglise"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2121","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2121"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2121\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4711"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2121"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2121"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2121"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}