{"id":2118,"date":"2010-03-12T11:00:23","date_gmt":"2010-03-12T10:00:23","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/suis-je-le-gardien-de-mon-frere\/"},"modified":"2024-01-31T21:52:50","modified_gmt":"2024-01-31T20:52:50","slug":"suis-je-le-gardien-de-mon-frere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/suis-je-le-gardien-de-mon-frere\/","title":{"rendered":"\u00ab Suis-je le gardien de mon fr\u00e8re ? \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse r\u00e9sonne comme un alibi ou une d\u00e9fense. Elle montre combien la relation de fraternit\u00e9 est structurante de notre humanit\u00e9. Ne devrions-nous par r\u00e9pondre toujours \u00ab positivement \u00bb et nous \u00ab garder les uns les autres \u00bb comme des fr\u00e8re ? Aucun d&rsquo;entre nous ne peut venir \u00e0 l&rsquo;existence, ni vivre, ni survivre sans l&rsquo;aide d&rsquo;autrui, sans rester dans une communion fraternelle de soins et d&rsquo;attentions. Nous ne sommes pas tout-puissants et nous d\u00e9pendons les uns des autres. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 est une \u00abforce \u00bb : elle est un signe qui nous est adress\u00e9 pour entrer en relation avec les autres, pour faire le bien, pour aimer toujours plus. Nous pressentons cette v\u00e9rit\u00e9 souvent plus profond\u00e9ment lorsque nous sommes face aux petits, aux malades, aux souffrants. Nous y sommes confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;origine et \u00e0 la fin de toute vie humaine.<\/p>\n<p>M\u00eame affaibli dans sa conscience ou dans sa volont\u00e9 de vivre, celui ou celle que nous c\u00f4toyons en clinique ou \u00e0 la maison, est toujours li\u00e9 \u00e0 nous par une \u00e9gale dignit\u00e9. La communion fraternelle est un fait puisque nous appartenons d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la m\u00eame humanit\u00e9. Elle est un appel \u00e9thique, surtout quand le malade se confie \u00e0 nous dans sa faiblesse et dans ses demandes d&rsquo;aide. Malgr\u00e9 les apparences que le corps humain prend \u00e0 cause de la maladie ou de la mort qui approche, celui qui fait appel \u00e0 nous, nous demande de \u00ab prendre soin \u00bb de lui parce qu&rsquo;ensemble nous sommes de la m\u00eame chair et, pour les croyants, nous sommes \u00ab enfants \u00bb du m\u00eame Dieu et P\u00e8re (<em>1 Jn<\/em> 3, 1). Celui qui souffre \u00e9tablit de mani\u00e8re au moins implicite un \u00ab contrat de confiance \u00bb entre lui et ceux auxquels il s&rsquo;adresse et se confie. Un malade est une personne qui, de mani\u00e8re intime et proche, s&rsquo;est abandonn\u00e9e et confi\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres personnes : ses proches, le personnel soignant, les m\u00e9decins, un pr\u00eatre. La relation de soins est toujours \u00e0 la fois m\u00e9dicale, familiale, fraternelle\u2026 Elle est toujours \u00e0 la fois morale et spirituelle.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s de la maladie et des traitements, les variations de la souffrance physique et morale, les d\u00e9cisions complexes et techniques, l&rsquo;approche de la mort ne peuvent jamais nous faire \u00ab oublier \u00bb qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un fr\u00e8re ou d&rsquo;une s\u0153ur en humanit\u00e9. La dignit\u00e9 de la personne n&rsquo;est pas une \u00ab id\u00e9e \u00bb ou une \u00ab caract\u00e9ristique \u00bb ext\u00e9rieure qui s&rsquo;efface selon notre bon vouloir, nos sentiments contradictoires ou bien m\u00eame selon des am\u00e9liorations de la technique biom\u00e9dicale ou des variations des lois de la soci\u00e9t\u00e9. Tout \u00eatre humain est une \u00ab histoire sacr\u00e9e \u00bb. L&rsquo;homme est et reste, de l&rsquo;origine \u00e0 la fin de sa vie, cr\u00e9\u00e9 \u00ab \u00e0 l&rsquo;image et \u00e0 la ressemblance de Dieu \u00bb (<em>Gn<\/em> 1, 27). Chacun de nous est \u00ab une merveille \u00bb aux yeux du Cr\u00e9ateur (<em>Ps<\/em> 139, 14) et demeure cette \u00ab merveille \u00bb unique et personnelle sur ce chemin vers la vie \u00e9ternelle et particuli\u00e8rement durant toutes les \u00e9tapes de cette \u00ab P\u00e2que \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Prendre soin \u00bb, c&rsquo;est garder jusqu&rsquo;au bout \u00e0 l&rsquo;esprit cette v\u00e9rit\u00e9 de la relation de personne \u00e0 personne. Il nous faut ainsi aiguiser notre regard sur autrui et entrer toujours plus dans une profondeur de myst\u00e8re qui nous d\u00e9passe. Le corps malade, souffrant, agonisant, est celui d&rsquo;un fr\u00e8re en humanit\u00e9. Ce corps est \u00ab habit\u00e9 \u00bb d&rsquo;un myst\u00e8re personnel qui unifie ce qui semble \u00ab se perdre \u00bb ou se d\u00e9t\u00e9riorer de mani\u00e8re irr\u00e9versible. L&rsquo;esprit s&rsquo;en va, le corps est d\u00e9chir\u00e9, l&rsquo;organisme ne semble plus r\u00e9sister et fonctionner comme avant, mais la personne garde sa grandeur et sa beaut\u00e9 pour ceux qui cherchent \u00e0 \u00ab voir et \u00e0 comprendre \u00bb ce qui se passe devant eux.<\/p>\n<p>Tout \u00eatre humain est en alliance avec le Seigneur, qu&rsquo;il le connaisse bien ou qu&rsquo;il ne le connaisse pas encore. Dieu prend soin de chacun de nous car il est notre Cr\u00e9ateur et notre Sauveur. Il nous a \u00e9tablis en \u00ab alliance \u00bb avec Lui d\u00e8s notre conception. Il nous attend dans sa maison pour vivre \u00e9ternellement en son amour. Ce grand d\u00e9sir de Dieu est une Bonne Nouvelle accueillie par les chr\u00e9tiens et dont ils t\u00e9moignent devant tous les hommes. Dire \u00ab oui \u00bb \u00e0 Dieu, c&rsquo;est finalement exprimer le d\u00e9sir de Le rejoindre. Tous les actes de nos vies nous acheminent vers cette rencontre. La mort est aussi un acte o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre humain peut s&rsquo;unir \u00e0 Celui qui l&rsquo;attend. Les circonstances de la mort peuvent varier. Nous n&rsquo;en sommes pas les ma\u00eetres. Personne, \u00e0 part le Christ, n&rsquo;a vraiment fait l&rsquo;exp\u00e9rience de la mort pour nous en parler. Mais nous percevons combien la mort est un \u00ab passage \u00bb. N&rsquo;est-elle pas un carrefour o\u00f9 nous pouvons chercher et trouver l&rsquo;essentiel de notre vie : une pr\u00e9sence ? Comment poser un acte d&rsquo;abandon \u00e0 ce moment ? Comment accompagner celui ou celle qui nous quitte \u00e0 un moment pr\u00e9cis de son histoire et de la n\u00f4tre ? On le voit : \u00ab prendre soin \u00bb d&rsquo;autrui acquiert un sens d\u00e9cisif et incontournable lorsque la mort survient. Nous sommes tous, de pr\u00e8s ou de loin, appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre le \u00ab gardien d&rsquo;un myst\u00e8re \u00bb : d&rsquo;un acte d&rsquo;abandon et de confiance dans les bras de Dieu. Tous les soins et les traitements m\u00e9dicaux qui accompagnent ce passage doivent \u00eatre marqu\u00e9s de cette tonalit\u00e9 et de ce respect affectueux.<\/p>\n<p>Etre le gardien de son fr\u00e8re, c&rsquo;est rester \u00ab \u00e9veill\u00e9 \u00bb quand l&rsquo;obscurit\u00e9 est tomb\u00e9e sur le corps, sur l&rsquo;esprit, parfois dans le c\u0153ur. Le veilleur est celui qui attend l&rsquo;aurore, les premiers rayons du soleil levant (<em>Lc<\/em> 1, 78) qui vient \u00ab visiter la terre \u00bb. Le veilleur attend dans la foi. Il prie dans la nuit mais il attend le jour. Souvent, nous sommes appel\u00e9s \u00e0 rester debout pour accompagner celui qui s&rsquo;en va vers Dieu. Si nous restons \u00e9veill\u00e9s, c&rsquo;est pour souligner et parfois prot\u00e9ger une valeur : le visage personnel de celui qui souffre ou qui meurt. Face aux nombreuses contestations qui entourent les fronti\u00e8res de la mort et les actes \u00e0 poser (euthanasie, suicide assist\u00e9, mort digne), il convient d&rsquo;\u00eatre vigilants et d&rsquo;indiquer les enjeux personnels de tous les gestes et les paroles qui accompagnent celui qui part vers Dieu. Bien s\u00fbr, on surveille les machines, la disposition du corps du malade, les m\u00e9dicaments \u00e0 prendre. Mais il nous faut veiller aussi sur son histoire, ses relations, les sentiments qu&rsquo;il d\u00e9veloppe. Nous pensons particuli\u00e8rement aux angoisses, aux peurs, aux combats spirituels qui rythment les paliers d&rsquo;une maladie ou des derniers moments. Prendre soin, c&rsquo;est garder et prot\u00e9ger ce qu&rsquo;il y a de grand et de meilleur dans la personne malade. Parfois, nous ne le voyons plus tr\u00e8s bien avec nos yeux de chair. Parfois, elle-m\u00eame ne le per\u00e7oit plus et demande une d\u00e9livrance qui n&rsquo;est pas juste. Ainsi \u00ab garder son fr\u00e8re \u00bb, c&rsquo;est le garder de tout geste qui ne le respecte pas en profondeur. L&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;appartient qu&rsquo;\u00e0 Dieu. Nous ne pouvons pas en prendre possession. Nous ne pouvons pas prendre \u00e0 tort ou anticiper l&rsquo;heure de sa mort. Il nous faut marcher avec lui en tenant le cierge pascal allum\u00e9 : le t\u00e9moignage que le Christ a vaincu toute mort et qu&rsquo;Il prend soin de celui qui vient \u00e0 Lui.<\/p>\n<p><em>Alain Mattheeuws s.j. est Professeur de Th\u00e9ologie morale et sacramentaire \u00e0 la Facult\u00e9 de Th\u00e9ologie de la Compagnie de J\u00e9sus (IET, Bruxelles). Cet article est aussi paru dans la revue Sanctifier n. 2, avril-mai-juin 2010, pp. 10-12.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab O\u00f9 est ton fr\u00e8re ? \u00bb, dit le Seigneur \u00e0 Ca\u00efn qui vient de tuer Abel. \u00ab Je ne sais, dit-il. Suis-je le gardien de mon fr\u00e8re ? \u00bb (Gn 4, 9).<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4725,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[71,56],"tags":[],"class_list":["post-2118","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bioethique","category-papers-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2118"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2118\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4725"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}