{"id":2087,"date":"2010-07-07T21:09:06","date_gmt":"2010-07-07T19:09:06","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/pardonner-cest-dabord-vouloir-et-puis-sentir\/"},"modified":"2024-02-22T11:09:56","modified_gmt":"2024-02-22T10:09:56","slug":"pardonner-cest-dabord-vouloir-et-puis-sentir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/pardonner-cest-dabord-vouloir-et-puis-sentir\/","title":{"rendered":"Pardonner c\u2019est d\u2019abord vouloir, et puis sentir"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">1996, l&rsquo;affaire Dutroux fait trembler la Belgique sur ses fondations. Le jour des fun\u00e9railles d&rsquo;une des fillettes assassin\u00e9es, j&rsquo;\u00e9tais par hasard \u00e0 l&rsquo;abbaye trappiste de Westmalle. Les \u00e9v\u00eaques avaient demand\u00e9 que partout dans le pays on sonne les cloches et qu&rsquo;on observe une minute de silence au moment du d\u00e9but des obs\u00e8ques, ce qui eut lieu \u00e0 l&rsquo;abbaye au milieu de la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique. Le p\u00e8re abb\u00e9 introduisit la minute de silence de fa\u00e7on tr\u00e8s sobre par les mots\u00a0: \u00ab\u00a0Prions maintenant pour le pardon et la gu\u00e9rison\u00a0\u00bb. Ces paroles m&rsquo;ont fort impressionn\u00e9, aussi parce qu&rsquo;un chr\u00e9tien exprimait l\u00e0 ce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque je n&rsquo;avais entendu nulle part ailleurs dans les m\u00e9dias. L&rsquo;abb\u00e9 ne faisait pas la distinction entre accorder le pardon ou le recevoir. Nous avons pri\u00e9 pour \u00ab\u00a0le pardon et la gu\u00e9rison\u00a0\u00bb. Pour les victimes de Dutroux \u2014 on avait aussi retrouv\u00e9 des fillettes en vie. Pour leurs familles. Mais nous avons \u00e9galement pri\u00e9 \u2014 du moins c&rsquo;est ainsi que je le comprenais \u2014 pour le pardon et la gu\u00e9rison, par le repentir, du coupable.<\/p>\n<p align=\"justify\">2010, l&rsquo;Eglise de Belgique tremble sur ses fondations. D\u00e8s le mois d&rsquo;avril, d&rsquo;aucuns disaient dans les m\u00e9dias que certains actes \u00e9taient \u00ab\u00a0impardonnables\u00a0\u00bb, m\u00eame pour les chr\u00e9tiens. Le th\u00e8me r\u00e9apparut lorsqu&rsquo;on apprit que le cardinal Danneels avait sugg\u00e9r\u00e9 de fa\u00e7on maladroite le pardon \u00e0 la victime. Le journal <em>De Standaard <\/em>publia un article de deux th\u00e9ologiens intitul\u00e9 <em>Le pardon n&rsquo;est pas bon march\u00e9 <\/em>, disant notamment\u00a0: \u00ab\u00a0Certaines formes d&rsquo;injustice sont trop \u00e9crasantes et d\u00e9vastatrices pour pouvoir, en tant qu&rsquo;homme et m\u00eame en tant que croyant, les pardonner. Les chr\u00e9tiens pensent qu&rsquo;en pareille circonstance, ils ne doivent pas s&rsquo;acharner \u00e0 vouloir pardonner. Ils peuvent confier le jugement ultime et le pardon \u00e0 Dieu\u00a0\u00bb. Certaines hom\u00e9lies allaient dans le m\u00eame sens.<\/p>\n<h3>Jusque septante fois sept fois<\/h3>\n<p align=\"justify\">Comme chr\u00e9tien je ne puis accepter ce point de vue, bien que je comprenne le plaidoyer pour le respect de la psychologie des victimes. D\u00e9j\u00e0 pour les premiers disciples du christianisme ce sujet n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9vident, mais J\u00e9sus dit pourtant clairement\u00a0: \u00ab\u00a0Non pas sept fois, vous dis-je, mais jusqu&rsquo;\u00e0 septante fois sept fois \u00bb ( <em>Mt <\/em>18, 22). Ici nous sommes au c\u0153ur de la foi biblique. Pardonner signifie en substance\u00a0: maintenir son amour malgr\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9. Le pardon est le moyen par lequel l&rsquo;amour acquiert chaque fois plus de consistance dans le temps. Ne pas pardonner signifie donc\u00a0: ne plus aimer, laisser tomber la personne. Cela va \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;alliance biblique. L&rsquo;amour n&rsquo;abdique jamais.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si nous voulons \u00eatre \u00e0 l&rsquo;image de Dieu, cet amour nous est aussi demand\u00e9. Cela ne signifie pas que Roger Vangheluwe puisse un jour encore exercer son minist\u00e8re sacr\u00e9, ni comme pasteur, ni comme c\u00e9l\u00e9brant. Mais il ne perdra jamais l&rsquo;amour que Dieu lui a promis lorsque le Christ l&rsquo;a baptis\u00e9. Si, plein de repentir, il accepte cet amour, il peut continuer \u00e0 vivre comme chr\u00e9tien. M\u00eame lorsque l&rsquo;Eglise excommunie quelqu&rsquo;un \u2014 la solution la plus radicale \u2014, mais qu&rsquo;ensuite cette personne se repent et d\u00e9sire rejoindre \u00e0 nouveau l&rsquo;Eglise et tout ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente, il n&rsquo;existe en droit canon aucun moyen de l&#8217;emp\u00eacher. L&rsquo;Eglise ne peut donc jamais refuser le pardon.<\/p>\n<h3>Le pardon est avant tout un acte de volont\u00e9<\/h3>\n<p align=\"justify\">Tout comme aimer est un acte de volont\u00e9, persister dans l&rsquo;amour malgr\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9, ou pardonner, est aussi un acte de volont\u00e9. Le pardon ne trouve pas son origine dans notre affectivit\u00e9, mais bien dans notre volont\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;aimer malgr\u00e9 tout, donc aussi lorsque nos \u00e9motions ne peuvent pas encore suivre cette volont\u00e9 \u00e0 cause de la compr\u00e9hensible col\u00e8re contre le p\u00e9ch\u00e9. Cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec des excuses faciles\u00a0: au contraire, si on ne reconna\u00eet pas le mal, il n&rsquo;y a rien \u00e0 pardonner. Pardonner signifie\u00a0: voir le mal et (vouloir) aimer malgr\u00e9 tout. Pour le p\u00e9cheur aussi la seule condition dont d\u00e9pend le pardon \u2014 et m\u00eame la validit\u00e9 du sacrement de p\u00e9nitence \u2014 r\u00e9side dans le fait de reconna\u00eetre le mal et de s&rsquo;ouvrir \u00e0 nouveau \u00e0 l&rsquo;amour divin, ce qui suppose aussi la p\u00e9nitence et, quand c&rsquo;est possible, la r\u00e9paration du mal caus\u00e9. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;on appelle une contrition sinc\u00e8re.<\/p>\n<h3>Et nos sentiments\u00a0?<\/h3>\n<p align=\"justify\">Je peux comprendre qu&rsquo;il existe certaines situations qu&rsquo;un homme ne parviendra jamais \u00e0 assumer sur le plan affectif. Je ne sais pas si les enfants abus\u00e9s et leurs parents pourront un jour \u00ab\u00a0gu\u00e9rir\u00a0\u00bb, et l&rsquo;amour chr\u00e9tien ne signifie certainement pas qu&rsquo;ils doivent r\u00e9tablir un lien avec l&rsquo;auteur des faits. Je donne comme exemple une femme tromp\u00e9e par son mari et qui n&rsquo;a jamais pu assumer cela sur le plan affectif, m\u00eame si le conjoint se repent sinc\u00e8rement et qu&rsquo;elle d\u00e9sire continuer \u00e0 partager sa vie avec lui, dans une fid\u00e9lit\u00e9 pleine d&rsquo;amour au choix qu&rsquo;elle a fait de lui. L&rsquo;ombre de l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 laissera toujours sa cicatrice, mais elle pardonne par le simple fait qu&rsquo;elle veut pardonner. Elle ne peut pas en faire davantage mais son amour fid\u00e8le est vraiment authentique. Et je pense m\u00eame que cette attitude est plus lib\u00e9ratrice pour cette \u00e9pouse que d&rsquo;attendre de se sentir capable de lui pardonner (qu&rsquo;est-ce qui, en dehors de son libre vouloir, pourrait d&rsquo;ailleurs lui \u00f4ter sa \u00ab\u00a0douleur\u00a0\u00bb\u00a0?). En bref, je crois qu&rsquo;on doit oser s\u00e9parer le pardon de la psychologie, justement parce que je veux pleinement respecter cette psychologie, y compris les limites de ce qui est supportable sur le plan affectif. Lorsque je veux pardonner \u2014 et, de ce fait, lorsque je pardonne effectivement \u2014, il se peut que mon affectivit\u00e9 un jour suivra. Et m\u00eame si cela ne marche pas, je serai toujours consol\u00e9 de savoir que Dieu pardonne toujours, \u00e0 d&rsquo;autres et \u00e0 moi-m\u00eame. Port\u00e9 par le Seigneur, le chr\u00e9tien pourra donc toujours \u00ab\u00a0pardonner de tout son c\u0153ur\u00a0\u00bb ( <em>Mt <\/em>18, 25), m\u00eame lorsque ses sentiments ne suivent pas. Cet exercice, qui consiste \u00e0 ne pas r\u00e9duire le pardon \u00e0 la psychologie, soul\u00e8ve dans la situation actuelle un important d\u00e9fi, que les chr\u00e9tiens ne peuvent ignorer.<\/p>\n<h3>R\u00e9conciliation surhumaine<\/h3>\n<p align=\"justify\">Chaque sacrement t\u00e9moigne de l&rsquo;amour de Dieu avec d&rsquo;autant plus de force quand un simple geste humain ne peut rendre ce t\u00e9moignage. Le sacrement de la r\u00e9conciliation \u2014 o\u00f9 ce n&rsquo;est pas le pr\u00eatre humain mais le Christ lui-m\u00eame qui pardonne \u2014 refl\u00e8te aussi toute sa force quand Dieu peut pardonner l\u00e0 o\u00f9 cela para\u00eet humainement impossible. Encore une r\u00e9flexion concernant le pardon \u00ab\u00a0qui n&rsquo;intervient qu&rsquo;apr\u00e8s un long cheminement\u00a0\u00bb. Jadis l&rsquo;Eglise connaissait en effet un tel parcours, v\u00e9cu dans \u00ab\u00a0l&rsquo;ordre des p\u00e9nitents\u00a0\u00bb. A ma connaissance, cette r\u00e8gle visait \u00e0 donner au p\u00e9nitent le temps de se repentir vraiment et non pas \u00e0 imposer un condition pour obtenir le pardon. On peut comparer le cat\u00e9chum\u00e8ne mort avant le bapt\u00eame et consid\u00e9r\u00e9 comme baptis\u00e9 avec le p\u00e9nitent dont le trajet \u00e9tait parfois appel\u00e9 \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me cat\u00e9chum\u00e9nat\u00a0\u00bb et qui \u00e9tait en chemin vers un \u00ab\u00a0second bapt\u00eame par les larmes\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas non plus un hasard si un affinement ult\u00e9rieur du sacrement de r\u00e9conciliation d\u00e9pla\u00e7a la p\u00e9nitence apr\u00e8s le pardon, montrant ainsi plus clairement qu&rsquo;elle ne conditionne pas le pardon. Ce n&rsquo;est que le vrai repentir qui compte. Puissions-nous en vrais chr\u00e9tiens ne pas ajouter au contre-t\u00e9moignage qu&rsquo;est l&rsquo;abus sexuel et au deuxi\u00e8me contre-t\u00e9moignage qu&rsquo;est l&rsquo;occultation de ces abus, en ajouter un troisi\u00e8me en excluant le pardon, m\u00eame si cette tentation r\u00e9sulte d&rsquo;une juste col\u00e8re, celle de Dieu et la n\u00f4tre.<\/p>\n<p><em>Stijn Van den Bossche est th\u00e9ologien. Il a \u00e9crit ce texte pour Tertio (22-9-10) \u00e0 titre personnel. La traduction en fran\u00e7ais est de Baudouin Goeminne. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand il s\u2019agit d\u2019abus sexuels au sein de l\u2019Eglise, on prononce souvent le mot \u00ab pardon \u00bb, mais tous ne le comprennent pas de la m\u00eame fa\u00e7on. Le th\u00e9ologien Stijn Van den Bossche retourne \u00e0 la signification biblique du mot et consid\u00e8re que les chr\u00e9tiens doivent toujours pardonner, m\u00eame quand cela ne correspond pas \u00e0 leurs sentiments.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5412,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[65],"tags":[],"class_list":["post-2087","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-spiritualite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2087","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2087"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2087\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5412"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2087"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2087"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2087"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}