{"id":2067,"date":"2011-03-16T22:25:15","date_gmt":"2011-03-16T21:25:15","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/comment-jesus-est-devenu-dieu-2-2\/"},"modified":"2024-10-25T15:12:48","modified_gmt":"2024-10-25T13:12:48","slug":"comment-jesus-est-devenu-dieu-2-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/comment-jesus-est-devenu-dieu-2-2\/","title":{"rendered":"Comment J\u00e9sus est devenu Dieu (2\/2)"},"content":{"rendered":"<h3>L\u2019histoire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">(\u2026) le d\u00e9bat porte sur l\u2019histoire, car tel est le plan sur lequel F. Lenoir entend se situer. Deux th\u00e8ses de son livre m\u2019apparaissent injustifiables au plan de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re tient que les disciples de J\u00e9sus lui-m\u00eame et la toute premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration apostolique n\u2019ont pas cru en sa divinit\u00e9, celui-ci ne l\u2019ayant d\u2019ailleurs jamais revendiqu\u00e9e. Ils ont cru en sa r\u00e9surrection, mais une r\u00e9surrection n\u2019est pas en soi la preuve de la divinit\u00e9 de son b\u00e9n\u00e9ficiaire. La confession de la divinit\u00e9 ne se serait manifest\u00e9e qu\u2019au II<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle dans l\u2019\u00e9vangile de Jean. Mais cette th\u00e8se oublie d\u2019abord que si J\u00e9sus ne s\u2019est \u00e9videmment pas pr\u00e9sent\u00e9 comme le \u00ab\u00a0Fils de Dieu\u00a0\u00bb, ce qui \u00e9tait inconcevable dans la tradition juive, il a par ses paroles et son comportement revendiqu\u00e9 un lien unique et privil\u00e9gi\u00e9 ave le Dieu de l\u2019Ancien Testament, qu\u2019il appelle son propre P\u00e8re et m\u00eame Abba au moment de son agonie (<em>Mc<\/em> 14, 36). Il a manifest\u00e9 cette attitude filiale jusqu\u2019\u00e0 sa mort ignominieuse qui r\u00e9duisait \u00e0 rien sa pr\u00e9tention. Mais celle-ci a \u00e9t\u00e9 glorieusement confirm\u00e9e par sa r\u00e9surrection. Il y a donc un lien interne entre r\u00e9surrection et divinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autre part, on ne peut oublier le t\u00e9moignage des premi\u00e8res \u00e9p\u00eetres de Paul qui sont les plus anciens textes \u00e9crits du N.T., ant\u00e9rieurs aux \u00e9vangiles. Paul nous dit en <em>Ga<\/em> 4, 4\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu envoya son Fils, n\u00e9 de la femme, n\u00e9 sujet de la loi\u00a0\u00bb. La belle hymne <em>aux Philippiens<\/em> (2, 5-11) nous dit que le Christ \u00ab\u00a0de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l\u2019\u00e9galait \u00e0 Dieu\u00a0\u00bb, mais il s\u2019an\u00e9antit lui-m\u00eame, ob\u00e9issant jusqu\u2019\u00e0 la mort de la croix. \u00ab\u00a0C\u2019est pourquoi Dieu l\u2019a souverainement \u00e9lev\u00e9 et lui a conf\u00e9r\u00e9 le nom qui est au dessus de tout nom (\u2026.) afin que toute langue confesse que le Seigneur, c\u2019est J\u00e9sus Christ, \u00e0 la gloire de Dieu le P\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui qui \u00e9tait en situation <em>d\u2019\u00e9galit\u00e9 <\/em>avec Dieu a re\u00e7u au terme de son itin\u00e9raire le nom supr\u00eame de <em>Seigneur, <\/em>nom proprement divin. Or Paul, qui n\u2019a pas connu le J\u00e9sus d\u2019avant P\u00e2ques, est ici l\u2019\u00e9cho de la cat\u00e9ch\u00e8se la plus primitive. On comprend que l\u2019ex\u00e9g\u00e8te luth\u00e9rien Martin Hengel ait pu dire qu\u2019en moins de trente ans il s\u2019est pass\u00e9 plus de chose en christologie que dans les sept si\u00e8cles suivants. La mort ignominieuse d\u2019un \u00ab\u00a0criminel\u00a0\u00bb juif a fait place \u00e0 la confession de sa divinit\u00e9 et le place au plus haut. D\u2019autres textes pourraient \u00eatre cit\u00e9s, en particulier celui-ci o\u00f9 Paul c\u00e9l\u00e8bre le Fils comme \u00ab\u00a0le Christ qui est au dessus de tout, <em>Dieu<\/em> b\u00e9ni \u00e9ternellement\u00a0\u00bb (<em>Rm<\/em> 9, 5). Nous avons d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 de mani\u00e8re tr\u00e8s primitive l\u2019\u00e9quivalent de la th\u00e9ologie de l\u2019incarnation chez saint Jean.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde th\u00e8se concerne les IV<sup>\u00e8me<\/sup> et V<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles, l\u2019\u00e9poque des conciles trinitaires et christologiques qui ont traduit dans le langage sp\u00e9culatif grec les affirmations concernant la divinit\u00e9 du Christ et l\u2019incarnation du Verbe. Chacun sait qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9s par les empereurs dans le but de mettre fin \u00e0 de graves crises doctrinales qui devenaient des probl\u00e8mes politiques pour l\u2019empire. Ces empereurs auraient \u00ab\u00a0pes\u00e9\u00a0\u00bb sur les d\u00e9cisions conciliaires et contribu\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0emporter le morceau\u00a0\u00bb dans le sens fort de la divinit\u00e9 du Christ. Ici il importe de distinguer les choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les empereurs ont incontestablement pes\u00e9 pour que les \u00e9v\u00eaques retrouvent en concile une unanimit\u00e9, capable de pacifier les Eglises et de mettre un terme aux pol\u00e9miques. Mais leur but \u00e9tait avant tout <em>politique<\/em>. Il ne portait nullement sur le contenu <em>doctrinal <\/em>des d\u00e9cisions \u00e0 prendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La preuve en est donn\u00e9e par leurs revirements successifs, toujours en vue d\u2019avoir la paix. Constantin a convoqu\u00e9 le Concile de Nic\u00e9e\u00a0: il est persuad\u00e9 que la d\u00e9cision prise d\u2019ajouter le fameux <em>consubstantiel<\/em> au Credo va mettre un terme \u00e0 l\u2019arianisme. Mais trois ans plus tard il s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il n\u2019en est rien et que l\u2019opinion arienne semble devenir majoritaire dans l\u2019Eglise d\u2019Orient. Il passe alors \u00e0 l\u2019arianisme, Arius est r\u00e9habilit\u00e9 en 335 et l\u2019empereur sera baptis\u00e9 sur son lit de mort par un \u00e9v\u00eaque arien. Son fils Constance soutiendra aussi l\u2019arianisme en Orient, tandis que Constant restera nic\u00e9en en Occident o\u00f9 l\u2019arianisme est beaucoup moins implant\u00e9. Plus tard, l\u2019empereur Th\u00e9odose II sera du c\u00f4t\u00e9 de Nestorius au moment d\u2019Eph\u00e8se (431) pour se retourner plus tard du cot\u00e9 d\u2019Eutych\u00e8s. Marcien imposera aux P\u00e8res de Chalc\u00e9doine la r\u00e9daction d\u2019une d\u00e9finition christologique, toujours pour obtenir la paix, mais ceux\u2013ci la r\u00e9digeront en cherchant un \u00e9quilibre entre les \u00e9coles th\u00e9ologiques en pr\u00e9sence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudra un si\u00e8cle pour que Chalc\u00e9doine soit vraiment re\u00e7u et pas par tous. Ce si\u00e8cle verra une succession d\u2019\u00e9dits imp\u00e9riaux qui successivement condamnent Chalc\u00e9doine (475), ou l\u2019abandonnent (482) ou l\u2019\u00e9dictent \u00e0 nouveau (518). Le contenu de la foi et la lente d\u00e9cantation de ces dogmes, accomplie avec le temps, ne doivent rien sur le fond \u00e0 l\u2019opinion des empereurs. Il n\u2019est pas vrai de dire que sans eux il n\u2019y aurait pas de grande Eglise \u00e0 tenir aujourd\u2019hui la pleine divinit\u00e9 du Christ et le myst\u00e8re de la Trinit\u00e9.<\/p>\n<h3>La foi<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 pour l\u2019histoire. Quant \u00e0 la foi, la th\u00e8se de F. Lenoir constituerait une \u00ab\u00a0r\u00e9vision d\u00e9chirante\u00a0\u00bb. Elle voudrait dire qu\u2019en J\u00e9sus de Nazareth, Dieu ne nous a pas envoy\u00e9 son Fils, mais qu\u2019il s\u2019est donn\u00e9 un fils adoptif. Le propre du christianisme n\u2019est pas d\u2019affirmer que Dieu existe \u2014\u00a0bien de religions le font comme lui\u00a0\u2014, mais de nous annoncer la bonne et incroyable nouvelle que l\u2019homme existe pour Dieu, qu\u2019il a du prix \u00e0 ses yeux, que Dieu l\u2019aime \u00e0 en mourir. J\u00e9sus ne serait plus \u00ab\u00a0l\u2019unique M\u00e9diateur entre Dieu et les hommes\u00a0\u00bb (<em>2 Tm<\/em> 2, 5), il ne serait qu\u2019un interm\u00e9diaire. La foi a toujours cru qu\u2019avec l\u2019incarnation du Verbe et le don de l\u2019Esprit l\u2019Eglise \u00e9tait \u00e9tablie en communion avec Dieu lui-m\u00eame. Si J\u00e9sus n\u2019est pas Fils de Dieu par origine, nous ne sommes pas sauv\u00e9s, comme le disait Paul aux Corinthiens pour la r\u00e9surrection (<em>1 Co<\/em> 15, 17-19), nous sommes toujours dans nos p\u00e9ch\u00e9s et notre foi est vaine. C\u2019est ainsi qu\u2019Athanase reprochait \u00e0 Arius de lui avoir \u00ab\u00a0vol\u00e9 son Sauveur\u00a0\u00bb. Dans le message chr\u00e9tien, r\u00e9surrection de J\u00e9sus et divinit\u00e9 du Christ sont indissociables.<\/p>\n<p><em>Bernard Sesbo\u00fc\u00e9 est un th\u00e9ologien j\u00e9suite, professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie du Centre-S\u00e8vres de Paris. Il est l\u2019auteur de \u00ab Christ, Seigneur et fils de Dieu \u00bb, livre r\u00e9ponse \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric Lenoir (2010). Ce texte est un extrait d\u2019un article publi\u00e9 dans la revue Pastoralia (n\u00b0 2\/2011, pp 50-51), du dioc\u00e8se de Malines-Bruxelles. Nous remercions Carlo Signore pour la retranscription.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le th\u00e9ologien fran\u00e7ais Bernard Sesbo\u00fc\u00e9, sj, revient sur le livre de Fr\u00e9d\u00e9ric Lenoir.Nous avions d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9 un article \u00e0 cet ouvrage pr\u00e9c\u00e9demment (cf. <a href=\"https:\/\/didoc.be\/fr\/comment-jesus-est-devenu-dieu-1-2\/\">Comment J\u00e9sus est devenu Dieu<\/a>)<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6152,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[69],"tags":[],"class_list":["post-2067","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recension-livre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2067","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2067"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2067\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6152"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2067"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2067"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/didoc.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2067"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}