{"id":2020,"date":"2012-06-27T21:37:11","date_gmt":"2012-06-27T19:37:11","guid":{"rendered":"https:\/\/didoc.be\/dix-ans-deuthanasie-un-heureux-anniversaire\/"},"modified":"2024-02-08T17:33:32","modified_gmt":"2024-02-08T16:33:32","slug":"dix-ans-deuthanasie-un-heureux-anniversaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/didoc.be\/fr\/dix-ans-deuthanasie-un-heureux-anniversaire\/","title":{"rendered":"Dix ans d&rsquo;euthanasie: un heureux anniversaire?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">L\u2019euthanasie est-elle la mani\u00e8re appropri\u00e9e de rencontrer la souffrance des personnes en fin de vie\u00a0? Dix ans apr\u00e8s la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019euthanasie en Belgique, il nous semble important de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Partons d\u2019un constat\u00a0: des soins m\u00e9dicaux appropri\u00e9s, un accompagnement psychologique et une pr\u00e9sence aimante aux c\u00f4t\u00e9s du malade suppriment souvent la demande d\u2019euthanasie. Il arrive un moment o\u00f9 les traitements curatifs deviennent inutiles et sources de d\u00e9sagr\u00e9ments disproportionn\u00e9s par rapport aux b\u00e9n\u00e9fices escompt\u00e9s. Tout le monde s\u2019accorde aujourd\u2019hui pour dire qu\u2019ils doivent \u00eatre arr\u00eat\u00e9s pour ne pas tomber dans l\u2019acharnement. Par contre, il faut continuer et intensifier les soins d\u2019accompagnement et de confort, c\u2019est-\u00e0-dire les soins palliatifs. Ceux-ci favorisent une authentique mort dans la dignit\u00e9, tout en \u00e9vitant d\u2019abr\u00e9ger d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la vie. De tr\u00e8s nombreux professionnels de la sant\u00e9 et b\u00e9n\u00e9voles accompagnent la vie finissante avec une pers\u00e9v\u00e9rance qui force l\u2019admiration. Jour apr\u00e8s jour, rejetant toute forme d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique, ils mobilisent les ressources de plus en plus efficaces de la m\u00e9decine actuelle pour soulager et rendre supportable la douleur physique. Par leur \u00e9coute, leur professionnalisme et leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de c\u0153ur, ils apaisent le malade et le soutiennent jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle de vie. La pr\u00e9sence de la famille et des proches est elle aussi essentielle. En des moments particuli\u00e8rement intenses, nombreux sont ceux qui ont d\u00e9couvert qu\u2019au lieu de donner la mort, il est plus beau et gratifiant de donner de la qualit\u00e9 de vie jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sans aucun doute, toute demande d\u2019euthanasie doit \u00eatre \u00e9cout\u00e9e et re\u00e7ue avec compr\u00e9hension. Nous mesurons en effet l\u2019extr\u00eame gravit\u00e9 et le poids de ces situations angoissantes o\u00f9 le patient n\u2019en peut plus. Mais la soci\u00e9t\u00e9 doit-elle n\u00e9cessairement acc\u00e9der \u00e0 cette demande\u00a0? Une telle demande est souvent un appel \u00e0 l\u2019aide. A cet appel, et il faut le redire avec force, la seule r\u00e9ponse appropri\u00e9e est de soutenir le d\u00e9sir de vivre qui se manifeste dans toute expression d\u2019une demande de mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, une d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019euthanasie n\u2019est-elle pas in\u00e9luctable dans une soci\u00e9t\u00e9 la\u00efque et pluraliste comme la n\u00f4tre\u00a0? L\u2019euthanasie est souvent revendiqu\u00e9e comme l\u2019ultime libert\u00e9\u00a0: celle de pouvoir choisir l\u2019heure et la mani\u00e8re de sa mort. Toutefois, remarquait r\u00e9cemment Luc Ferry, elle fait peser sur le m\u00e9decin la charge de procurer cette mort. On se retrouve ainsi confront\u00e9 au paradoxe d\u2019une libert\u00e9 qui met en lumi\u00e8re l\u2019absence d\u2019autonomie de l\u2019individu par le besoin qu\u2019il a d\u2019autrui pour mourir. L\u2019euthanasie est donc loin d\u2019\u00eatre une affaire purement individuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ce qui distingue l\u2019euthanasie de la \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb du suicide qui, tout en interpellant la soci\u00e9t\u00e9, ne re\u00e7oit pas son aval et n\u2019engage pas le corps m\u00e9dical. L\u2019autorisation l\u00e9gale de l\u2019euthanasie a quant \u00e0 elle un impact sur le tissu social et sur notre conception soci\u00e9tale de la m\u00e9decine. Elle transgresse un interdit fondateur et affecte en cela m\u00eame les bases de notre d\u00e9mocratie, en d\u00e9limitant une classe de citoyens \u00e0 qui on peut donner la mort avec l\u2019aval de la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e8s lors qu\u2019elle rev\u00eat une ind\u00e9niable dimension sociopolitique, l\u2019euthanasie peut \u00eatre l\u00e9gitimement r\u00e9cus\u00e9e au nom d\u2019int\u00e9r\u00eats publics sup\u00e9rieurs\u00a0: la sauvegarde des fondements de la d\u00e9mocratie et la protection de la sp\u00e9cificit\u00e9 de la m\u00e9decine, connue depuis toujours comme l\u2019\u00ab\u00a0art de gu\u00e9rir\u00a0\u00bb, et non comme l\u2019art de faire mourir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre propos est largement attest\u00e9 par les faits\u00a0: l\u2019euthanasie d\u00e9grade la confiance au sein des familles et entre les g\u00e9n\u00e9rations\u00a0; elle instille de la m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9decins\u00a0; elle fragilise les personnes les plus vuln\u00e9rables qui, sous l\u2019effet de diverses pressions, conscientes ou inconscientes, peuvent se croire moralement oblig\u00e9es d\u2019exprimer une demande d\u2019euthanasie. En d\u00e9p\u00e9nalisant l\u2019euthanasie, la Belgique a ouvert une bo\u00eete de Pandore. Les d\u00e9rives envisag\u00e9es il y a dix ans sont aujourd\u2019hui devenues une r\u00e9alit\u00e9. La Commission f\u00e9d\u00e9rale de contr\u00f4le \u00e9met elle-m\u00eame des doutes sur sa capacit\u00e9 \u00e0 remplir sa mission, celle-ci \u00e9tant li\u00e9e au respect de l\u2019obligation de d\u00e9clarer les euthanasies pratiqu\u00e9es. Peut-on raisonnablement imaginer qu\u2019un m\u00e9decin se d\u00e9nonce lui-m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas respect\u00e9 les conditions l\u00e9gales\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A la lecture des rapports de la commission, on constate que les conditions, qui se voulaient strictes au d\u00e9part, font l\u2019objet d\u2019appr\u00e9ciations tr\u00e8s \u00e9largies. Sont ainsi avalis\u00e9s des cas de suicide assist\u00e9 de m\u00eame que des euthanasies justifi\u00e9es par une souffrance psychique qui ne r\u00e9sulte pas d\u2019une pathologie grave et incurable, alors que ces situations sont exclues du champ d\u2019application de la loi. Estimant en outre que le caract\u00e8re insupportable de la souffrance est d\u2019ordre subjectif, la commission h\u00e9site \u00e0 v\u00e9rifier que cette condition l\u00e9gale essentielle est bien remplie. Ne peut-on s\u2019\u00e9tonner que la commission n\u2019ait jamais transmis de dossier au parquet en dix ans\u00a0? Peut-on affirmer, sans parti pris id\u00e9ologique, que la loi est respect\u00e9e et que la pratique de l\u2019euthanasie est sous contr\u00f4le\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A fortiori, les nombreuses propositions d\u2019assouplissement ou d\u2019\u00e9largissement de la loi actuelle, en particulier aux mineurs d\u2019\u00e2ge et aux d\u00e9ments, suscitent notre plus vive inqui\u00e9tude. Comme il \u00e9tait pr\u00e9visible, une fois l\u2019interdit lev\u00e9, nous marchons \u00e0 grands pas vers une banalisation du geste euthanasique. Force est de constater que, paradoxalement, plus une soci\u00e9t\u00e9 refuse de voir la mort et d\u2019en entendre parler, plus elle se trouve encline \u00e0 la provoquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dix ans apr\u00e8s la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019euthanasie en Belgique, l\u2019exp\u00e9rience atteste qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 faisant droit \u00e0 l\u2019euthanasie brise les liens de solidarit\u00e9, de confiance et d\u2019authentique compassion qui fondent le \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb, et en d\u00e9finitive se d\u00e9truit elle-m\u00eame. Aussi en appelons-nous \u00e0 une \u00e9valuation objective et courageuse de la loi, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 son assouplissement ou son extension.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans \u00ab\u00a0La Libre Belgique\u00a0\u00bb du 13-6-12. Il a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 par les personnalit\u00e9s suivantes\u00a0: Dr B. ARS, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9dicale belge St-Luc\u00a0; Prof. J.-M. AUWERS (UCL)\u00a0; Dr Ph. BALLAUX, Dienst Hartchirurgie, Gent\u00a0; Dr B. BEUSELINCK, oncologue, UZ Leuven\u00a0; Prof. O. BONNEWIJN (IET, Bruxelles)\u00a0; V. BONTEMPS, pr\u00e9sidente de l\u2019Arche, Bruxelles\u00a0; J-M. CHARLIER, coordinateur de l\u2019ASBL Emmanuel Adoption\u00a0; Prof. L.-L. CHRISTIANS (UCL)\u00a0; Dr G. de BETHUNE, p\u00e9diatre, membre du Conseil national de l\u2019Ordre des m\u00e9decins\u00a0; Dr I. DE BOCK, m\u00e9decin en soins palliatifs, Bruxelles\u00a0; Prof. em. H. DE DIJN (KULeuven)\u00a0; Prof. em. A. de HEMPTINNE, Faculteit Geneeskunde, UGent\u00a0; Prof. J.-P. DELVILLE (UCL)\u00a0; Dr C. DENEYER, Bruxelles\u00a0; Prof. P.-A. DEPROOST (UCL)\u00a0; Dr A. de RADIGU\u00c8S, p\u00e9diatre, Bruxelles \u00a0; Dr P. DESCHEPPER, Belgische Artsenvereniging St-Lucas\u00a0; Prof. em. L. de THIBAULT de BOESINGHE, oncologue, UGent\u00a0; Dr J.C. DEVOGHEL, directeur hre., Centre douleur CHU, Li\u00e8ge\u00a0; Prof. T. DEVOS, h\u00e9matologue, UZ Leuven\u00a0; Prof. Chr. de VISSCHER (UCL)\u00a0; Dr X. De WAGTER, cardiologue, Gent\u00a0; Prof. Ph. de WOOT (UCL)\u00a0; Prof. \u00e9m. X. DIJON (FUNDP)\u00a0; Dr C. DOPCHIE, oncologue, Tournai\u00a0; Dr Th. FOBE, Bruxelles\u00a0; Dr P. FORGET, anesth\u00e9siste-r\u00e9animateur, UCL) \u00a0; Dr M. FRINGS, m\u00e9decin sp\u00e9cialis\u00e9e en soins palliatifs\u00a0; Prof. M. GHINS (UCL)\u00a0; W. HANCE, pasteur \u00e0 La Louvi\u00e8re\u00a0; Dr C. HENDRICKX, Charleroi \u00a0; Prof. J.-M. HENNAUX (IET, Bruxelles) \u00a0; Prof. X. HERMAND (FUNDP) \u00a0; Dr Ph. HERMANNS, Gent\u00a0; Prof. L. ISEBAERT (UCL)\u00a0; Dr Ch. JANNE d\u2019OTH\u00c9E, p\u00e9diatre, Bruxelles\u00a0; M. Mustafa KASTIT, imam et th\u00e9ologien\u00a0; Prof. D. LAMBERT (FUNDP)\u00a0; Prof. Baudouin LE CHARLIER (UCL)\u00a0; Prof. Ch. LEFEBVRE, (UCL)\u00a0; Dr Th. LETH\u00c9, Bruxelles\u00a0; Prof. I. LINDEN (FUNDP)\u00a0; Dr P. LOVENS, Bruxelles\u00a0; Dr J.-B. LINSMAUX, Psychiatre\u00a0; Prof. D. LUCIANI (UCL)\u00a0; Prof. S. LUTTS (UCL)\u00a0; M. Yacob MAHI, professeur de religion islamique\u00a0; Prof. A. MATTHEEUWS (IET, Bruxelles)\u00a0; Prof. J. MENTEN, radioth\u00e9rapie-soins palliatifs, UZ Leuven\u00a0; Prof. F. MIES (FNRS-FUNDP)\u00a0; Prof. E. MONTERO (FUNDP)\u00a0; X. MULLER, philosophe\u00a0; Prof. D. MANICOURT, Cliniques univ. St-Luc, Bruxelles\u00a0; J. PAUTUT, pasteur \u00e0 Mons\u00a0; Prof. A. PERSU, Cliniques univ. St-Luc (UCL)\u00a0; Dr Th. PHLIPS, cardiologue, UZ Leuven\u00a0; Dr K. PEDERSEN, neurologue (Erasme)\u00a0; Prof. H. REYCHLER, Cliniques univ. St-Luc (UCL)\u00a0; Prof. L. RIZZERIO (FUNDP)\u00a0; Prof. \u00e9m. H. SIMONART (UCL)\u00a0; Dr. A. SEGHERS, gyn\u00e9cologue\u00a0; D\u00e9sir\u00e9e SEGHERS, juriste\u00a0; Prof. B. STEVENS (UCL)\u00a0; R. STOCKMAN, docteur en sant\u00e9 publique, Generale Overste van de Broeders van Liefde\u00a0; Dr. M. STOENOIU, chef de clinique adjoint, Cliniques univ. St-Luc, Bruxelles\u00a0; J.-Cl. THIENPONT, pasteur de l\u2019Eglise protestante d\u2019Ixelles\u00a0; Dr M. THOMEER, pneumologue, Genk\u00a0; Prof. R. TROISI, Ghent University Hospital Medical School\u00a0; Prof. \u00e9m. L. VAN BUNNEN (UCL)\u00a0; Dr P. VAN EYKEN, anatomopathologiste, Genk\u00a0; Prof. \u00e9m. D. van STEENBERGHE (KULeuven)\u00a0; Dr P. VUYLSTEKE, Oncologue, Namur\u00a0; H. WOUTERS, orthop\u00e9dagogue, membre du directoire de l\u2019European Association for Mental Health in Intellectual Disability.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 13 juin 2012, <em>La Libre<\/em><em> Belgique<\/em> a publi\u00e9 une prise de position d\u2019une septantaine de personnalit\u00e9s du monde professionnel sur l\u2019euthanasie. 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